Le Journal des Alternatives

Le Journal des Alternatives est un mensuel d’information internationale, nationale et culturelle publié par l’organisation. Il s’intéresse, depuis plus de 15 ans, aux grands enjeux qui bouleversent la planète et s’adresse à toutes les personnes qui ont soif d’information et entendent réfléchir sur le monde qui se fait.


Déclaration du réseau NoVox au Conseil International du Forum Social Mondial de Montréal

mardi 6 septembre 2016

Le réseau No-Vox interpelle le Conseil International du Forum Social Mondial et
dénonce :

Le réseau No-Vox demande :

Nos propositions :


Liberté pour Julian Assange !

mercredi 31 août 2016, par Ignacio Ramonet

Cela fait plus de quatre ans, depuis le 19 juin 2012, que Julian Assange, cyberactiviste australien, champion de la lutte pour une information libre, est privé de liberté, réfugié dans les locaux de l’ambassade d’Equateur à Londres. Ce petit pays latino-américain a eu le courage d’accorder l’asile diplomatique au fondateur de WikiLeaks persécuté et harcelé par les autorités des Etats-Unis et de deux de leurs alliés (Royaume-Uni, Suède).

La justice suédoise exigeait que Julian Assange aille témoigner personnellement à Stockholm. On sait qu’une plainte (une seule ; la seconde accusation est devenue caduque avec le temps) y a été déposée contre lui pour viol. Cependant, il est important de préciser qu’aucune charge judiciaire ne pèse contre Assange. La justice suédoise souhaite seulement procéder à un « interrogatoire d’investigation ». Il ne s’agit donc pas d’une inculpation après présentation de charges. La Suède a d’ailleurs admis devant la Cour suprême du Royaume-Uni que Julian Assange avait quitté ce pays scandinave avec l’autorisation du ministère public. Récemment d’ailleurs, Quito a annoncé avoir signé un accord avec Stockholm pour permettre effectivement à la justice suédoise d’entendre Julian Assange dans les locaux de l’ambassade d’Equateur à Londres.

Le fondateur de WikiLeaks refusait en effet de se rendre en Suède, à moins que la justice de ce pays lui garantisse qu’il ne serait pas extradé vers les Etats-Unis, où il risquait d’être traduit devant un tribunal qui pourrait, selon ses avocats, l’accuser « d’espionnage » et, en vertu d’une loi de 1917, le condamner à la peine capitale.

En réalité, le seul crime de Julian Assange est d’avoir fondé WikiLeaks. Cela a suscité partout des débats passionnés pour déterminer si cette plateforme faisait avancer la liberté de la presse, si elle était bonne ou mauvaise pour la démocratie, s’il fallait la censurer ou pas. Ce qui est certain c’est que le rôle joué par WikiLeaks dans la diffusion d’un demi-million de rapports secrets relatifs aux abus commis par des militaires en Afghanistan et en Irak, et des quelque 250 000 rapports envoyés par les ambassades des Etats-Unis au Département d’Etat constitue « un fait qui fera date dans l’histoire du journalisme ».

WikiLeaks a été créée en 2006 par un groupe d’internautes anonymes, dont Julian Assange était le porte-parole, qui s’est donné pour mission de recevoir et de diffuser les filtrations d’informations (leaks) en garantissant l’anonymat des sources.

Rappelons les trois raisons qui, selon Julian Assange, sont à l’origine de la création de cette plateforme. « La première, c’est la mort de la société civile à l’échelle mondiale. La circulation rapide des flux financiers que les transferts électroniques de fonds rendent bien plus rapides que la sanction politique ou morale ont détruit la société civile partout dans le monde. […] Un nombre important de gens sait que la société civile est donc morte, qu’elle n’existe vraiment plus, et ils en profitent pour accumuler richesse et pouvoir. La deuxième raison […], c’est l’existence d’un énorme Etat sécuritaire occulte, qui se développe partout dans le monde, principalement aux Etats-Unis […]. La troisième, c’est que les médias internationaux sont un désastre […], l’environnement des médias internationaux est si mauvais et déformateur que nous serions en bien meilleure situation s’il n’existait aucun média. Aucun. »

Assange a une vision radicalement critique du journalisme. Dans un entretien, il a même affirmé que, « considérant l’état d’impuissance du journalisme, je me sentirais offensé si l’on m’appelait journaliste. […] L’abus le plus flagrant a eu lieu pendant la guerre [d’Irak et d’Afghanistan] racontée par les journalistes. Des journalistes qui ont participé à la création de conflits par leur manque de questionnement, leur manque d’intégrité et leur attitude lâche face à la communication gouvernementale. »

La philosophie de WikiLeaks s’appui sur un principe fondamental : les secrets existent pour être dévoilés. Toute information occulte a vocation à être révélée et mise à la disposition des citoyens. Les démocraties ne doivent rien cacher et les dirigeants politiques non plus. Si l’action publique de ces derniers n’était pas incompatible avec leur conduite publique ou privée, les démocraties ne devraient nullement craindre la diffusion « d’informations filtrées ». Mais pourquoi les journalistes, en démocratie, devraient se taire quand un responsable politique affirme une chose en public et dit ou fait le contraire en privé ?

WikiLeaks offre aux internautes la possibilité de diffuser des enregistrements, des vidéos ou des textes confidentiels, en vérifiant son authenticité mais sans chercher à savoir comment ils ont été obtenus. WikiLeaks vit grâce aux donations des internautes et des fondations, et n’accepte aucune aide publique. De nombreuses instances internationales ont reconnu l’utilité de son travail. En 2008, WikiLeaks a reçu l’« Index on Censorship Award » attribué par l’hebdomadaire britannique The Economist, et en 2009, Amnesty International lui a octroyé le prix du meilleur « nouveau média » pour avoir publié, en novembre 2008, un document censuré relatif à un cas de malversation des fonds effectué par l’entourage de l’ancien président du Kenya, Daniel Arap Moi.

Depuis sa création, WikiLeaks a été en permanence un festin de secrets, une véritable usine à scoops. Il a diffusé plus de révélations que l’ensemble des journaux les plus prestigieux depuis des décennies… Parmi les grands scandales révélés on peut souligner : les documents dénonçant les techniques utilisées par la banque suisse Julius Baer pour faciliter l’évasion fiscale ; le manuel de procédure pénale de l’armée américaine à Guantanamo ; la liste des noms, les professions et les coordonnées des membres du Parti National Britannique (BNP, d’extrême droite) où l’on trouvait des membres de la police ; la liste détaillée des courriers électroniques échangés avec l’extérieur par les victimes des attentats du World Trade Center le 11 septembre 2001 ; les documents prouvant le caractère frauduleux du dépôt de bilan de la banque islandaise The New Kaupthing ; les protocoles secrets de l’Eglise de Scientologie ; l’historique des courriers personnels envoyés par Sarah Palin, candidate républicaine à la vice-présidence des Etats-Unis, a John Mc Cain, depuis son ordinateur professionnel pendant la campagne électorale (ce qui est interdit par la législation américaine) ; les rapports secrets du procès de l’assassin Marc Dutroux, y compris le listing avec les numéros de téléphone, les numéros de comptes bancaires et les adresses de toutes les personnes impliquées dans cette fameuse affaire de pédophilie ; sans oublier les récents emails polémiques d’Hillary Clinton.

Comme Edward Snowden et Chelsea Manning, Julian Assange fait partie d’un nouveau groupe de dissidents politiques qui se battent pour une nouvelle forme d’émancipation et qui sont persécutés et harcelés non pas par des régimes autoritaires mais par des Etats qui prétendent être des « démocraties exemplaires »…

En février dernier, le Groupe de travail sur les détentions arbitraires des Nations unies, qui dépend du Comité des droits de l’Homme, a déclaré que Julian Assange était en état de « détention arbitraire » en raison de l’attitude du Royaume-Uni et de la Suède. Des experts internationaux ont également signalé que les autorités britanniques et suédoises devraient « mettre fin à sa détention » et « respecter son droit à obtenir une juste compensation ». D’après ce jury international, Julian Assange a été soumis à différentes formes de privation de liberté : « détention initiale à la prison de Wandsworth de Londres », régime d’isolement, « suivi de détention domiciliaire et ensuite de confinement à l’ambassade de l’Equateur ». Même si cette décision du Groupe d’experts internationaux des Nations unies n’est pas contraignante, elle suppose une grande victoire morale pour Julian Assange. Elle lui donne raison dans sa longue lutte contre les décisions arbitraires des autorités suédoises et britanniques.

Sur ce point, le président équatorien Rafael Correa a déclaré que son gouvernement accorde asile et protection au fondateur de WikiLeaks parce qu’« Assange n’a aucune garantie de respect de ses droits humains et de ses droits en matière de justice ». Le ministre équatorien des affaires étrangères, Guillaume Long, a déclaré pour sa part que l’Equateur « reste légitimement préoccupé par les droits humains d’Assange » et que Quito considère qu’ils existe une sorte de « persécution politique » contre lui qui justifie que l’Equateur lui accorde l’asile.

Pour réclamer la liberté de Julian Assange, ses amis à travers le monde ont organisé, entre le 19 et le 24 juin dernier, dans diverses capitales (Athènes, Belgrade, Berlin, Bruxelles, Buenos Aires, Madrid, Milan, Montevideo, Naples, New York, Quito, Paris, Sarajevo) une série de réunions et conférences auxquelles ont participé d’importantes personnalités (Noam Chomsky, Edgar Morin, Slavo Zizek, Arundhati Roy, Ken Loach, Yanis Varoufakis, Baltasar Garzón, Amy Goodman, Ignacio Escolar, Emir Sader, Eva Golinger, Evgeny Morozov, etc.).

A Quito (Equateur), le Symposium était organisé par le Centre international d’études supérieures pour l’Amérique latine (Ciespal) et Julian Assange y a fait lui même une intervention en visioconférence. Le professeur Francisco Sierra, directeur du Ciespal, a déclaré : « Nous pensons que le problème de Julian Assange est en réalité celui de la liberté d’information. Si la liberté d‘informer, de se déplacer et de se réunir n’existe pas, il n’y a pas de droits humains. Pourtant, le premier droit est celui de communiquer. Le cas Assange est une atteinte inacceptable au droit de communication. »

Les participants ont lancé un vaste mouvement d’opinion à l’échelle mondiale pour proposer la candidature de Julian Assange au Prix Nobel de la Paix.

Tous ces événements solidaires se sont fixés deux objectifs. En premier lieu : revendiquer les droits que l’on refuse à Julian Assange, tels que la présomption d’innocence et la liberté de mouvement. Et en second lieu : rappeler ce que représente WikiLeaks : le défi de préserver la liberté d’information et de communication dans un monde sous surveillance permanente.


Voir en ligne : Tiré de Mémoire des luttes


Déclaration de la délégation de La Via Campesina au Forum social mondial de 2016

mercredi 31 août 2016

« Non seulement croyons-nous qu’un autre monde est nécessaire, les membres de La Vía Campesina construisent déjà un monde meilleur. »
Carlos Marentes, co-coordinateur de la région Amérique du Nord de LVC

Nous, représentants et représentantes d’organisations membres de La Via Campesina (LVC), région Amérique du Nord (Union paysanne du Québec, National Farmers Union du Canada, National Family Farm Coalition, Rural Coalition et Border Agricultural Workers Project des États-Unis), accompagnés de membres de LVC d’Europe, de la Palestine et du Brésil, avons participé au Forum social mondial à Montréal, Québec, du 9 au 14 août 2016.

Nous avons été chaleureusement reçus par l’Union paysanne et nous avons réaffirmé notre appui à leur lutte pour mettre fin au monopole syndical qui exerce son emprise sur l’agriculture au Québec, en ajoutant notre voix à la revendication « Pas de souveraineté alimentaire sans souveraineté paysanne ! »

Lors de notre conférence de presse du 11 août, Maxime Laplante a déclaré : « La situation du Québec est extrêmement particulière, car il n’y a qu’une seule organisation au Québec qui a le droit de représenter les agriculteurs ici, de négocier avec le gouvernement ou d’intervenir dans la gestion des plans de mise en marché, le marketing, etc. Cette organisation, c’est l’Union des producteurs agricoles (UPA). C’est la seule organisation qui jouit du droit légal de représenter les agriculteurs. »

La coordinatrice de La Via Campesina Amérique du Nord et vice-présidente de la National Family Farm Coalition Dena Hoff a déclaré : « Toute la région de La Via Campesina est derrière l’Union paysanne et appuie sa lutte pour être reconnue par le gouvernement du Québec en tant que voix des paysans qui luttent pour la souveraineté alimentaire. »

La délégation de LVC a participé avec enthousiasme à la manifestation d’ouverture, à un grand nombre d’ateliers, de panels et d’assemblées qui portaient notamment sur la souveraineté alimentaire, le droit à l’alimentation, les sociétés post-extractives, l’agroécologie et la réforme agraire populaire, et l’avenir du FSM, conjointement avec ses alliés y compris le groupe ETC, Grain, l’espace Climat, l’Indigenous Environmental Network (IEN), Global Justice Now, USC Canada, SUCO, Why Hunger, Grassroots Global Justice Alliance, Coalition mondiale des forêts, Focus on the Global South, Développement et Paix, Inter-Pares, Vigilance OGM Québec et plusieurs autres.

Comme l’a dit Dena Hoff : « La lutte pour la souveraineté alimentaire sera gagnée avec un million d’initiatives de lutte de la base. »

Au moment où les crises s’approfondissent dans le monde, notamment la souffrance massive des migrants qui fuient la guerre, la pauvreté et la faim croissantes, les événements météorologiques extrêmes, l’accaparement des terres et des ressources par les transnationales, l’expansion et la consolidation de l’agrobusiness et des monocultures des plantations de fourrage et de biocarburants partout sur la planète, La Via Campesina, nous déclarons notre engagement ferme dans la lutte acharnée pour la souveraineté alimentaire, une réforme agraire populaire, la souveraineté semencière et de la biodiversité, la démocratisation du système alimentaire et une solide défense des droits humains.

Nous contestons l’utilisation du concept « d’agroécologie » et des mots à la mode liés au climat en dehors du contexte de la souveraineté alimentaire pour justifier une expansion de l’écoblanchiment ou recueillir des fonds pour une ONG. Nous insistons que l’agroécologie signifie une validation de l’agriculture à petite et moyenne échelle, de la recherche et de l’innovation paysanne et elle signifie l’intégration de pratiques traditionnelles et le contrôle de nos semences par les collectivités paysannes et rurales.

La souveraineté alimentaire est le droit des agriculteurs et des mangeurs de contrôler la production, la transformation et la distribution de leurs aliments avec des aliments culturellement appropriés et une rémunération équitable et une dignité pour les producteurs d’aliments. Nous affirmons que l’agriculture, la pêche, l’élevage, la chasse et la cueillette à petite échelle sont essentiels dans la lutte pour combattre les changements climatiques et continuer d’alimenter l’humanité. Nous voulons un accès à la terre pour tous et toutes, notamment les jeunes qui veulent nourrir leurs communautés. Nous voulons mettre fin à l’invasion des semences transgéniques dans nos territoires et nous exigeons que soit respecté le droit des agriculteurs de continuer de produire, de conserver et de partager leurs propres semences. Nous disons « Non » à l’agrobusiness et « Oui » aux gens de la terre et à la culture paysanne.

LVC a aussi publiquement critiqué le gouvernement du Canada étant donné que de nombreux dirigeantes et dirigeants de mouvement sociaux importants n’ont pu participer au FSM parce que plusieurs centaines de visas ont été refusés, y compris les visas de deux des dirigeants de notre délégation.

Nous avons aussi profité de l’occasion offerte par le FSM de 2016 pour exprimer notre solidarité avec tous les mouvements qui luttent aujourd’hui contre la violence, la dépossession, l’exclusion et les attaques contre les droits démocratiques des peuples. Nous avons tout particulièrement exprimé notre solidarité avec la lutte du peuple palestinien contre l’oppression et l’exploitation aux mains du colonialisme sioniste, la lutte de nos camarades du Mouvement des sans terre contre le récent coup d’État au Brésil, la courageuse lutte des Premières Nations contre les menaces contre l’intégrité de leurs terres que constituent l’exploitation des sables bitumineux, les oléoducs et les autres actions destructrices du capital, et la lutte contre la violence croissante contre les Noirs et c’est pourquoi nous appuyons pleinement le mouvement Black Lives Matter.

GLOBALISONS LA LUTTE, GLOBALISONS L’ESPOIR !

Préparé à Montréal, Québec, le 14 août 2016


Accords de paix en Colombie

Finir la guerre, construire la paix en Colombie

mercredi 31 août 2016, par Clara RODRIGUEZ

Le 24 août 2016, un accord de paix a été conclu entre le gouvernement colombien, dirigé par le président Juan Manuel Santos, et la plus ancienne guérilla de Colombie et d’Amérique latine, les Forces révolutionnaires de Colombie (FARC). Cet accord est d’une importance majeure parce que la guerre de 52 ans entre le gouvernement et la guérilla a créé des victimes au sein des deux armées ainsi que dans les populations rurales où la guérilla a séjourné. Les populations ont souffert du harcèlement des militaires et paramilitaires qui ont laissé d’innombrables victimes, orphelins, veuves, causant les déplacements forcés et les perte des terres et des cultures. Comme toute guerre laisse la désolation, cet accord de paix, bien que considéré imparfait dans quelques secteurs de la société colombienne, est préférable à une guerre parfaite. Il est nécessaire que les Colombiens, autant les victimes directes qu’indirectes de cette guerre, comprennent que l’importance de cet accord réside dans le fait qu’en état de guerre les seuls bénéficiaires sont l’armée et ceux qui, au coeur du chaos, réussissent à faire des affaires. La présence de la guérilla dans différentes régions du pays a justifié la naissance de groupes paramilitaires financés par les grands propriétaires des terres et du bétail pour se protéger contre les abus de la guérilla. Le budget national de la Colombie depuis l’existence même de la guérilla a acheminé d’énormes sommes d’argent pour la défense nationale au détriment de l’éducation et de la santé. Sur le plan du contrôle policier et militaire de la population face aux revendications sociales des syndicats, amérindiens, paysans, etc., les gouvernements colombiens antérieurs ont établi le Statut de la Sécurité nationale sous prétexte de la guerre pour faire des arrestations arbitraires, faire des perquisitions dans les maisons et même faire disparaitre des opposants politiques. Ce sont quelques exemples de ce que la présence d’une guérilla dans le pays peut générer comme choix budgétaires et pour la direction du pays.

Des essais antérieurs ont été effectués par différents gouvernements pour arriver à un accord de paix avec les FARC sans atteindre un consensus des parties impliquées dans cette guerre. Le succès de cet accord de paix avec le gouvernement Santos réside en ce qu’on a nommé un groupe de négociateurs civils et militaires efficaces et bien renseignés qui ont négocié avec les représentants de la guérilla pendant deux ans à La Havane en faisant face à tous les hauts et bas d’une négociation sur des sujets que les deux parties ont considérés vitaux pour mettre fin à cette guerre.

Cet accord est un succès politique et historique que les Colombiens devront appuyer le 2 octobre prochain quand le président Juan Manuel Santos soumettra l’accord via un référendum à la population colombienne. Déjà, des médias colombiens et les réseaux sociaux sont en train de diffuser le document final de l’accord afin que tous les Colombiens soient informés et votent en connaissance de cause.

Il y a des secteurs de la société colombienne qui se sont opposés au processus de paix depuis le début des négociations, menés alors par l’ex-président Alvaro Urive Vélez. Ils font circuler des opinions controversées pour miner la crédibilité des accords et diffusent par différents moyens des rumeurs qui produisent des craintes dans la population quant à la participation des guérilleros à la vie politique du pays. Ces peurs représentent bien tous ceux qui trouvent que l’intervention militaire est le seul moyen de faire face à l’opposition politique ou à un acte de rébellion. S’il y a quelque chose que nous devons proposer en Colombie, comme société, c’est qu’il faut affronter la pauvreté et les inégalités sociales en donnant l’espace à la participation sociale et politique des secteurs marginalisés pendant des décennies. Le renforcement des institutions démocratiques peut réussir avec la participation des personnes qui proviennent de différents secteurs représentatifs de la société et capables d’apporter connaissances, imagination et créativité. C’est là que réside le succès d’une société démocratique.

Si cet accord est signé et est approuvé par la société colombienne, c’est la fin de la guerre et le début de la consolidation des bases d’un processus de paix démocratique. Ceci implique plusieurs défis, d’une part économique, parce qu’on a besoin d’investissements sociaux de l’État pour donner habitation, santé, éducation, emploi, et justice dans les régions où les guérilleros vont s’établir. Pour l’instant, ces régions rurales ont vécu une absence de services de l’État et d’appui agricole et sont les régions où la guérilla a opéré militairement pendant la guerre.

Enfin, il y a aussi l’enjeu de la justice. Il faudra condamner et imposer des sanctions pour les délits commis pendant ces 52 ans de guerre. Il y a eu des otages, assassinats, massacres de populations, disparitions provoquées tant par la guérilla, les militaires et paramilitaires ; ces derniers financés par les grands propriétaires terriens qui ont profité de la guerre pour s’approprier d’autres terres. Étant donné que le sujet de la justice est délicat et pose beaucoup de questions au sein de la population colombienne, l’accord de paix conclu à La Havane prévoit la création d’un tribunal spécial pour la paix et des commissions de vérité qui auront pour mandat de réaliser les processus judiciaires et d’établir des sanctions selon les codes pénals colombien et international sans omettre que ces délits ont été commis dans un contexte de guerre.

Nous, les Colombiens, sommes dans un moment historique sans précédent et nous pouvons manquer le train si nous répondons de manière négative à cet accord de paix qui se présente comme une alternative pour en finir avec une guerre qui a eu un coût humain, social et économique très élevé.


Clara Rodríguez est une journaliste indépendante colombienne


Palestine

L’ONU dénonce la colonisation israélienne

mercredi 31 août 2016

La publication fin juin du rapport du Quartette sur le Proche-Orient condamne la « poussée » des colonies israéliennes.
Tribune de Genève, mardi 30 août 2016

L’ONU dénonce une « poussée » de la colonisation israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem-Est depuis la publication fin juin du rapport du Quartette sur le Proche-Orient qui condamnait cette politique.

« Les recommandations (du Quartette) continuent d’être bafouées, y compris par une poussée des annonces par Israël liées à la colonisation et la poursuite des démolitions » d’habitations palestiniennes, a déclaré devant le Conseil de sécurité l’envoyé spécial de l’ONU au Proche-Orient, Nickolay Mladenov.

M. Mladenov a recensé ainsi des projets de construction de plus de 1700 logements annoncés par le gouvernement israélien depuis le 1er juillet, dont plus de 1000 à Jérusalem-Est, partie palestinienne de la ville occupée par Israël.

La colonisation : un obstacle à la paix

« Comment la construction de 1700 logements pourrait-elle rapprocher les deux parties d’une paix négociée, préserver une solution à deux Etats, donner de l’espoir à la population palestinienne et améliorer la sécurité d’Israël », s’est-il interrogé.

Israël prépare aussi une possible saisie de terres en Cisjordanie, pour relocaliser les habitants de la colonie sauvage d’Amona et la rendre légale aux yeux de la législation israélienne, une initiative qui « établirait un précédent » selon M. Mladenov.

Des colonies illégales

« Tous ces projets créeraient essentiellement de nouvelles colonies illégales et je demande à Israël de les stopper et de revenir sur ces décisions », a-t-il déclaré.

« Soyons clairs », a-t-il ajouté : « aucune acrobatie juridique ne peut changer le fait que ces postes avancés — qu’ils soient »légalisés« selon la loi israélienne ou non (...) — demeurent illégaux au regard des lois internationales ».

M. Mladenov a dénoncé aussi des destructions de logements habités par des Bédouins dans le sud de la Cisjordanie (« Zone C »), notamment à Susiya, qui « incitent de plus en plus ces communautés à partir ».

« La démolition de cette communauté (à Susiya) créerait un précédent dangereux et renforcerait l’idée qu’Israël vise une annexion de facto de la Zone C », explique M. Mladenov.

Un rapport bafoué

Dans un rapport publié fin juin, le Quartette sur le Proche-Orient (Union Européenne, Russie, Etats-Unis et Nations unies) a exhorté Israël et les Palestiniens à renoncer respectivement à la colonisation et à la violence, qui minent selon lui les chances de paix et d’une solution à deux Etats.

La publication de ce rapport était censée relancer le processus de paix, au point mort depuis plus de deux ans, mais Israël et les Palestiniens en ont aussitôt critiqué les conclusions.


Voir en ligne : Publié dans France-Palestine


Avis de tempête au Fonds monétaire international

mercredi 31 août 2016, par Paul Jorion

« Restructurer » sa dette, c’est déclarer à ses créanciers : « Mille pardons ! je vous dois autant mais il ne me reste que beaucoup moins, je peux vous offrir ce que j’ai en caisse mais je ne peux guère faire mieux ! » ; s’ils acceptent, la dette est dite « restructurée ».

En 2010, le Fonds monétaire international (FMI) s’est rendu complice d’un mensonge : il a affirmé, en compagnie de la Banque centrale européenne et de la Commission européenne, que la dette souveraine de la Grèce était soutenable et, sur la foi de ce mirage, a prêté à celle-ci plus de vingt fois ce qu’autorisaient les quotas, plutôt que d’encourager les Grecs à restructurer leur dette et les aider à prendre un nouveau départ sur une base financière assainie.

Ce qui a conduit le FMI à ce mensonge, c’est la conviction qu’il n’y avait d’autre choix que d’y souscrire : que le risque systémique, le risque d’effondrement du système financier dans son ensemble, était trop élevé.

Aux yeux du Bureau indépendant d’évaluation du FMI, dans un rapport publié ce 8 juillet, intitulé The IMF and the crises in Greece, Ireland and Portugal, il s’agit pour l’institution d’une infraction impardonnable à ses principes fondamentaux.

Pour ce qui touche à la Grèce seule, le FMI avait déjà reconnu la faute commise en 2010 dans son Rapport par nation N° 13/156 de juin 2013 et le rapport le plus récent, celui du Bureau d’évaluation, n’apporte aucun élément nouveau, à cette différence près que le rapport régional officiel de 2013 attribuait les errements du FMI aux pressions qu’aurait exercé sur lui la Commission européenne, accusée d’amateurisme, d’incompétence et d’avoir identifié ses intérêts à ceux seuls des deux poids lourds de la zone euro : l’Allemagne et la France, alors que le rapport du Bureau d’évaluation de juillet attribue la responsabilité de la lourde faute à des dissensions internes au sein des instances dirigeantes du FMI, une différence qui n’est pas mince !

Au moment de la parution du rapport de 2013 incriminant la Commission européenne, Olli Rehn, à l’époque Commissaire européen aux affaires économiques et monétaires avait déclaré : « Je n’ai pas le souvenir que Dominique Strauss-Kahn ait appelé de ses vœux en début de période une restructuration de la dette grecque, je me souviens distinctement par contre que Christine Lagarde y était opposée ».

L’époque qu’évoquait Olli Rehn, c’était l’année 2010 : Strauss-Kahn était alors à la tête du FMI, tandis que Lagarde était Ministre française de l’économie, des finances et de l’emploi. En 2013, tout comme encore aujourd’hui dans un second mandat, c’était Lagarde elle-même qui était à la tête du FMI.

Or le rapport le plus récent, celui du Bureau d’évaluation du FMI, entérine à demi-mot les accusations de l’ancien commissaire européen : les infractions de l’institution à ses propres principes ont été commises sous ses deux plus récents directeurs généraux : Strauss-Kahn et Lagarde.

Quelles conséquences ont eu les infractions commises ? Que les sommes dégagées par le FMI pour soulager en principe la Grèce ont permis en réalité de sauver les banques allemandes et françaises créancières de la Grèce pour des sommes d’un montant considérable puisque, selon la Banque des règlements internationaux, le bilan des banques allemandes était grevé au 1er octobre 2010 de dette publique grecque à hauteur de 19,2 milliards d’euros et celui des banques françaises à hauteur de 14,4 milliards et, secteur commercial et public confondus, de 50,6 milliards d’euros pour l’Allemagne, et de 67 milliards pour la France, un montant total représentant 58,1% de la dette souveraine grecque à l’époque. La Grèce une fois « sauvée », sa dette s’est retrouvée essentiellement détenue par la Banque centrale européenne, autrement dit par le contribuable de la zone euro, le citoyen grec n’ayant bénéficié en rien non plus d’une opération qui n’aura été qu’au bénéfice exclusif des banques.

Ce sont M. Strauss-Kahn et Mme Lagarde qui ont rendu ces hold-ups possibles, laisse entendre le rapport du 8 juillet du Bureau indépendant d’évaluation du FMI. La guerre fait désormais rage au sommet de cette illustre institution.


Voir en ligne : Tiré du blog de Paul Jorion