Le Journal des Alternatives

Le Journal des Alternatives est un mensuel d’information internationale, nationale et culturelle publié par l’organisation. Il s’intéresse, depuis plus de 15 ans, aux grands enjeux qui bouleversent la planète et s’adresse à toutes les personnes qui ont soif d’information et entendent réfléchir sur le monde qui se fait.


Les conservateurs au pouvoir : Huit ans d’attaques contre les acteurs et institutions démocratiques

lundi 1er décembre 2014

Le gouvernement conservateur a tout mis en oeuvre pour façonner les institutions politiques afin que le conservatisme soit l’horizon politique de l’ensemble du Canada et que les institutions, acteurs politiques canadiens, soient au service de ses décisions politiques.

En 2015 se tiendront les prochaines élections fédérales ; or, depuis son élection en janvier 2006, le gouvernement Harper s’est radicalement éloigné de la démocratie parlementaire. Il a tout mis en place pour façonner les institutions politiques afin que le conservatisme soit l’horizon politique de l’ensemble du Canada et que les institutions politiques canadiennes soient au service de ses décisions politiques. Comme le signale Denis Saint-Martin, professeur de sciences politiques à l’Université de Montréal, pour Stephen Harper, « celui qui contrôle le Parlement a le mandat de faire ce qu’il veut. Les institutions qui balisent son pouvoir sont antidémocratiques ». À plusieurs reprises, le premier ministre a procédé à l’étranger à des annonces majeures en ce qui concerne les politiques canadiennes comme si le Parlement était secondaire ou une nuisance.

Au fil des années, le gouvernement canadien s’est doté de « chiens de garde parlementaires », c’est-à-dire des organismes chargés d’évaluer le bien-fondé des politiques publiques ou encore d’en vérifier la mise en oeuvre. Pour le gouvernement Harper, ces organismes sont des nuisances dont il a régulièrement contesté la pertinence ou encore l’intégrité d’instances. Ainsi, le directeur général des élections du Canada, le directeur parlementaire du budget ou encore le statisticien en chef du Canada ont subi les foudres du gouvernement. De la même manière, le gouvernement a mis en doute la crédibilité de la juge en chef de la Cour suprême, Beverly McLachlin, qui refusait de soutenir le mode de nomination d’un juge québécois à cette Cour.

En s’appuyant sur la clause de confidentialité prévue à la Loi sur l’accès à l’information le gouvernement a qualifié de « secrets ministériels » plusieurs décisions ministérielles et ainsi dissimulé l’information nécessaire à la compréhension de ses politiques. En invoquant des « raisons de sécurité » le gouvernement a imposé ses politiques sans les soumettre à la Chambre des Communes. Ces astuces ont privé notamment le Vérificateur général ou le Directeur parlementaire du budget de l’accès aux données gouvernementales.

Le gouvernement Harper a utilisé d’autres techniques pour imposer ses prérogatives. Pensons au recours au bâillon pour clore les travaux parlementaires, au refus de prendre en compte les résultats des travaux de comités et au recours à l’introduction de changements majeurs à plusieurs lois dans des projets de loi mammouths visant la mise en oeuvre des orientations budgétaires. En agissant ainsi, le gouvernement a comprimé le programme législatif et réduit la possibilité pour l’opposition de proposer des amendements. Une autre tactique déployée, c’est le refus de répondre à l’opposition lors de la période quotidienne de questions ou encore le resserrement des budgets de recherche dans les ministères afin de s’assurer que les études correspondent davantage à l’ordre du jour gouvernemental.

Dans un tel contexte, il devient nécessaire de contester plusieurs projets de loi devant les tribunaux pour préserver les institutions démocratiques, notamment ceux portant sur la citoyenneté, la prostitution, la protection de la vie privée ou encore la réforme de la Loi électorale.

Plusieurs acteurs démocratiques ont aussi subi la censure ou le contrôle – médias, groupes de femmes, syndicats, Premières Nations, groupes environnementaux, chercheuses et chercheurs, immigrantes et immigrants ainsi que réfugiées et réfugiés, groupes communautaires, coopération internationale, etc. – trahissant la volonté du gouvernement de centraliser le pouvoir de décision. Avant les élections, Pas de démocratie sans voix souhaite alerter à nouveau la population quant à ces attaques de plus en plus profondes contre la démocratie et le respect des droits humains. La solidarité entre secteurs et de peuples à peuples, à travers le Québec et le Canada, et l’action collective sont de mise !


Voir en ligne : Téléchargez les bulletin de PDSV


Les membres du comité de coordination de la coalition PDSV :

Alternatives, Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI), Centrale des syndicats du Québec (CSQ), Centre international de solidarité ouvrière (CISO), Centre Justice et Foi (CJF), Coalition culture, Confédération des syndicats nationaux (CSN), Conseil québécois des gais et lesbiennes (CQGL), Fédération des travailleuses et des travailleurs du Québec (FTQ), Ligue des droits et libertés, Réseau québécois de l’action communautaire autonome (RQ-ACA).


Le Canada complice des crimes commis en Ukraine

lundi 1er décembre 2014, par Oscar Fortin

Que se passe-t-il vraiment en Ukraine ? Pourquoi ce pays dont on n’entendait jamais parler est devenu subitement le centre des grands débats, le prétexte des sanctions contre la Russie et le foyer d’une guerre civile qui a déjà fait plus de 4000 morts et de 9000 blessés ? Le Président, légitimement élu, a été chassé du pouvoir par une révolution couleur menée par des groupes nazis, largement soutenus financièrement et militairement par Washington et les pays de l’OTAN.

On se souviendra de cette conversation téléphonique entre l’ambassadeur des États-Unis en Ukraine et l’assistante du secrétaire d’État en poste à Washington. Une conversation qui a fait scandale à l’époque puisqu’elle mettait au vu et au su de tous l’interventionnisme étasunien en Ukraine pour y placer ses marionnettes à la tête de l’État. L’idée sous-jacente est de faire de l’Ukraine une base militaire stratégique à la porte de la frontière russe.

Le Canada, comme un bon petit caniche tenu en laisse par Washington, fait partie de l’opération et y apporte, en dépit de la crise financière, sa contribution monétaire et militaire. Qu’il y ait des massacres auprès des populations d’origine et de culture russe dans le sud-est de l’Ukraine, ça ne le dérange pas.

Il y a quelques temps, l’ONU se disait préoccupée des attaques contre les russophones de l’est de l’Ukraine.

« L’ONU est vivement préoccupée par les informations provenant de l’est de l’Ukraine sur les persécutions ethniques, a communiqué le porte-parole des Nations Unies Stéphane Dujarric pour commenter l’information d’après laquelle des attaques se multipliaient contre la population russophone à Marioupol et dans d’autres villes contrôlées par les militaires ukrainiens. »

C’est dans ce contexte que le président Poutine a déclaré, le 18 novembre dernier, que la Russie ne laisserait pas Kiev (le gouvernement central mis en place par Washington et l’OTAN) exterminer ses adversaires politiques dans le sud-est de l’Ukraine. Il a signalé que les autorités ukrainiennes refusaient le dialogue politique avec les opposants du sud-est.

« Un coup d’État s’est produit à Kiev. Une bonne partie de la population l’a soutenu. Mais une autre, dans le sud-est, ne l’a pas appuyé, en disant : « Nous ne vous reconnaissons pas ». Et au lieu de commencer le dialogue pour expliquer aux citoyens que les autorités centrales à Kiev n’envisageaient rien de mauvais, mais au contraire allaient proposer diverses variantes de coexistence, de développement de l’État commun, qu’elles étaient prêtes à octroyer des droits, au lieu de cela elles ont commencé à les arrêter la nuit. Après ces arrestations, les gens dans le Sud-est ont pris les armes. Et au lieu de s’arrêter là (les autorités doivent faire preuve de plus de sagesse) et entamer un dialogue, elles ont envoyé l’armée, l’aviation, les blindés, les systèmes de lance-roquettes multiples. Et tout s’est retrouvé dans l’impasse. »

Depuis le printemps dernier, ces combats se poursuivent, laissant derrière eux des centaines de morts et de blessés.

Humant Rights Watch a confirmé que les localités du Donbass étaient pilonnées pendant le cessez-le-feu depuis les territoires contrôlés par les structures fortes ukrainiennes. Les ombudsmans ont présenté le rapport approprié le 12 novembre 2014 à Genève.

Ils ont présenté les faits, les dépositions des témoins et les conclusions des experts à Genève. Ils se montrent prêts à les soumettre à l’examen de l’ONU et de toutes les autres institutions internationales concernées. Or, personne ne s’y intéresse. Selon l’expert du département pour les armements d’HRW Mark Khizney, personne ne lui a demandé ces données. Ce n’est pas le premier rapport dévoilant les crimes de guerre de Kiev contre les civils, souligne le vice-président du Comité international du Conseil de la Fédération auprès du Parlement européen Andrei Klimov.

Des fausses communes ont été découvertes dans l’est de l’Ukraine, lesquelles attestent de l’extermination de civils sans arme.

« Les corps découverts confirment que les victimes étaient torturées : on coupait les membres aux personnes arrêtées, marquait au fer rouge leurs corps de signes différents, dont les symboles nazis. Ces faits exigent l’ouverture d’une enquête internationale. Pourquoi l’Occident, qui aime invoquer les droits de l’homme se fait si silencieux sur ces crimes commis en Ukraine ?

Que fait le Canada devant tous ces faits et crimes ?

RIANOVOSTI nous apprend que le Canada accorde une aide militaire non létale de 8M EUR (soit 11 millions de dollars canadiens) au gouvernement de Kiev. L’article précise que le Canada a déjà octroyé 55 millions de dollars d’aide à Kiev en envoyant notamment 32 tonnes d’équipements militaires. Kiev a également reçu en crédit canadien 200 millions de dollars pour le financement du budget ukrainien, le 30 septembre dernier. Tout ceci sans parler de nos CF-18 qui se déploient dans la région sous le couvert de l’OTAN.

Le Canada, par sa participation à cette guerre interne en Ukraine ne se fait-il pas complice des crimes commis contre l’humanité par ceux-là mêmes qu’il arme et appuie financièrement ? Est-ce vraiment ce que veulent les Canadiens et les Canadiennes ? Le Canada serait-il devenu un délinquant international par ses politiques interventionnistes et ses contributions militaires et financières à des groupes et gouvernements d’inspiration nazis ? Son vote contre la proposition russe réclamant la non glorification du nazisme nous donne peut-être un début de réponse.


Voir en ligne : Publié sur Mondialisation.ca


Un penchant atavique pour la vengeance : les démolitions punitives de maisons palestiniennes

lundi 1er décembre 2014, par Jeff Halper

Israël ne peut prétendre qu’il est une démocratie, aussi longtemps qu’il utilise un système juridique dualiste, Israéliens et Palestiniens vivant sous des systèmes légaux séparés, les seconds n’ayant pas la moindre protection juridique.

Israël ne peut prétendre qu’il est une démocratie, aussi longtemps qu’il utilise un système juridique dualiste, Israéliens et Palestiniens vivant sous des systèmes légaux séparés, les seconds n’ayant pas la moindre protection juridique.

Israël adore se présenter comme une démocratie occidentale libérale, en fait, la seule démocratie au Moyen-Orient. Et pourtant ce qui définit la démocratie, c’est bien la règle du droit, qui est refusée en permanence aux millions de Palestiniens vivant sous contrôle israélien ces 47 dernières années.

La politique israélienne de démolitions de maisons – quelque 48.000 maisons palestiniennes détruites depuis le début de l’occupation en 1967 – représente la distorsion cynique du droit à des fins politiques. L’administration « civile » israélienne, terme qu’il donne fallacieusement à sa gestion militaire dans les territoires Occupés pour donner l’impression d’une administration normale, correcte, apolitique, envoie systématiquement des ordres de démolition qui constituent en soi des violations de la 4ème Convention de Genève – et même si les Palestiniens peuvent en appeler à des cours israéliennes, ils ne réussissent jamais à les faire retirer.

Quand il s’agit des démolitions punitives, cependant, Israël abandonne tout prétexte légal, et nous pouvons voir l’occupation dans toute sa clarté : une répression pure et dure sans la moindre mesure politique visant à mettre fin au conflit, la démolition de maisons de personnes suspectées de délits et de leurs parents innocents se réduisant à une simple vengeance atavique.

Entre 2001 et 2005, selon les chiffres de B’tselem, 664 maisons palestiniennes ont été détruites dans les Territoires occupés en guise de punition. Quelque 4.182 personnes innocentes ont été déplacées, beaucoup étant des voisins de la famille d’un "criminel", souvent sur la seule base du soupçon.

C’est en août dernier que trois blocs d’appartements ont été démolis à Hébron appartenant à la famille et à des voisins de suspects du meurtre de trois jeunes colons ; de même le gouvernement israélien a menacé de démolir la maison de Muatnaz Hijazi, soupçonné d’avoir tiré sur le dirigeant colon Yehuda Glick (mais sans le tuer) le mois dernier, ainsi que les maisons de quatre suspects impliqués dans des attaques récentes.

« Toutes les lois sont des lois »

L’idée des démolitions punitives est simple et directe : comme tout le monde, les Palestiniens ont le culte de leur maison et comme ils vivent dans des familles élargies, la perte d’une habitation joue un rôle dissuasif pour d’autres qui pourraient envisager des attaques, sachant que leur maison familiale serait détruite. En fait cette politique de démolitions punitives est issue des réglementations d’urgences britanniques de 1945, que Menahem Begin lui-même qualifiait de réglementations « nazies », oeuvrant sans répit mais en fin de compte sans succès pour les faire annuler, pendant ses années à la Knesset.

Dans les années 50, quand le Premier Ministre Moshe Sharett argua que « toutes les lois sont des lois », Begin répliqua : « FAUX ! Il y a des lois tyranniques, il y a des lois non éthiques, il y a des lois nazies .. La loi que vous avez utilisée [les ordonnances d’urgence britanniques] est nazie, tyrannique et non éthique. Une loi non éthique est aussi une loi illégale ... L’existence de telles régulations pose des questions sur les droits fondamentaux de chaque citoyen israélien ».

Néanmoins ces ordonnances furent incorporées à Israël. Les décisions de la Knesset de les révoquer furent empêchées parce qu’elles se révélaient utiles tant au Gouvernement Militaire établi pour gérer le secteur arabe de la société israélienne de 1948 à 1966 que dans les Territoires Occupés à partir de 1967. Comme le fait remarquer B’tselem, « les ordonnances ont servi d’autorité à Israël pour détruire et sceller des centaines de maisons, déporter des habitants, détenir administrativement des milliers de personnes et imposer des bouclages et des couvre-feux de villes et de villages ». En effet, des centaines d’habitations ont été démolies par cette politique en Territoires occupés, et beaucoup alors que Begin lui-même était au pouvoir.

Paradoxalement, l’armée israélienne elle-même a conclu que loin de produire un effet dissuasif, la politique de démolitions punitives a en fait jeté de l’huile sur un contexte déjà bien combustible. Comble de l’ironie, la commission militaire qui est parvenue à cette conclusion était convoquée par le Ministre de la Défense Moshe Yaalon, alors chef d’état major, celui-là même qui supervise maintenant la remise en œuvre de cette politique vouée à l’échec. Car c’est Yaalon lui-même qui mit fin aux démolitions punitives en 2005.

Le retour des démolitions punitives, qui officiellement n’ont aucun impact positif, ni politique ni sécuritaire, est donc un exercice de pure violence atavique, de vengeance confuse contre des suspects qui n’ont même pas été mis en examen ni condamnés (Hijazi a été tué quelques heures après, près de sa maison, sous le prétexte qu’il résistait à son arrestation) et contre des parents et voisins innocents – dans le cadre d’une vaste politique de répression sans lien aucun avec un processus politique qui pourrait résoudre le conflit.

Dès mardi après-midi la police israélienne s’attaquait aux maisons des deux gens abattus lors de l’attaque meurtrière dans une synagogue de Jérusalem Ouest, située dans le quartier ethniquement nettoyé de l’ancien village palestinien Deir Yassin. (al Qassam website)

Non seulement ces démolitions politiques violent le principe de base de processus du droit, la maison en question n’appartenant qu’à un seul suspect, mais cibler et punir les membres parfaitement innocents de la famille d’un suspect à travers la destruction de leur maison constitue une peine collective, en violation de l’article 33 de la Convention de Genève (IV) relative à la Protection des personnes civiles en temps de guerre. Aux termes de cet article : « Aucune personne protégée ne peut être punie pour une infraction qu’elle n’a pas commise personnellement » et les peines collectives ou les mesures de représailles sont qualifiées de crimes de guerre.

Inutile de le dire les démolitions de maisons ne sont appliquées que lorsque l’attaquant est un Palestinien et la victime, un juif ; ni l’armée israélienne ni la violence des colons envers les Palestiniens ne sont punissables, et certainement pas via la démolition de maisons d’Israéliens juifs.

La Quatrième Convention de Genève foulée aux pieds par Israël

En réponse à des appels contre les démolitions punitives, la Cour Suprême d’Israël a toujours soutenu cette politique. En fait, elle s’est toujours abstenue formellement de prendre les décisions incombant à son autorité dans les cas impliquant la sécurité et l’armée israélienne. Dans le cas Abou Dahim en 2002 la Cour a statué : "Notre position est de ne pas intervenir dans le changement de politique du défendeur [l’armée israélienne]". Cette abstention de l’autorité judiciaire ne reflète pas seulement une piètre facette du système juridique israélien, mais elle dénie à la population de Jérusalem Est, de Cisjordanie et de Gaza, personnes défendues par la Quatrième Convention de Genève, toute réelle protection, que ce soit sous le système du droit international ou du droit israélien.

Cela touche bien sûr encore une autre question fondamentale relative à l’ordre du droit dans les Territoires Occupés (dont Jérusalem Est, indépendamment de l’annexion unilatérale et illégale par Israël) : le refus israélien d’appliquer la Quatrième Convention de Genève. C’est précisément le fait qu’Israël impose ses réglementations de planification, ses lois et ses procédures militaires comme les démolitions dans les Territoires Occupés qui constitue en soi un acte illégal flagrant en droit international.

En déconnectant lois et justice, et en permettant au gouvernement de violer en toute impunité le droit international, le système juridique israélien est devenu un instrument d’oppression.

Un expert en droit international qui a choisi de garder l’anonymat décrivait en toute franchise cette manipulation cynique du droit pour le magazine Jerusalem Post Up Front (15 avril 2005, p. 34) :

« Le droit international est la langue du monde, c’est en quelque sorte l’étalon qui nous permet de nous mesurer nous-mêmes aujourd’hui. C’est la lingua franca des organisations internationales. Donc il faut que vous jouiez le jeu si vous voulez être membre de la communauté mondiale. Et le jeu fonctionne comme ceci : tant que vous assurez que vous vous situez dans le droit international et que vous avez des arguments raisonnables pour défendre que ce que vous faites reste dans le contexte du droit international, tout va bien pour vous. C’est ainsi que ça marche. C’est une vision très cynique de la marche du monde. Donc, même si vous êtes ... inventif, ou même si vous êtes ... un peu radical, tant que vous pouvez fournir des explications dans ce contexte, la plupart des pays ne diront pas que vous êtes un criminel de guerre ».

Lundi dernier Benjamin Netanyahou a ordonné la démolition de maison de "terroristes" palestiniens : le conflit risque de dégénérer en cycles de vengeances purement ataviques.

Cette approche du droit, que reflètent les décisions récentes de la Cour Suprême relatives à la reconduite de la politique de démolitions punitives, dresse l’un contre l’autre droit international et défense des droits de l’homme contre le système juridique israélien. Israël ne peut se prétendre démocratique aussi longtemps qu’il utilise un système juridique duel - puisque Israéliens et Palestiniens vivent sous des systèmes légaux séparé, les seconds n’ayant pas la moindre protection juridique.

Entre-temps Yaalon a décidé de reconduire la politique de démolitions punitives – mais uniquement à l’encontre des Palestiniens. Le gouvernement israélien n’irait jamais démolir les maisons de terroristes juifs ; ceux des assassins du jeune Mohamme Abou Khdeir (16 ans) en juillet dernier n’ont jamais été menacés. Par contre les autorités du Commandement du Front intérieur se sont immédiatement rendus dans les maisons des 4 accusés des attaques de ces derniers jours, prenant des mesures et des photos pour préparer la démolition.

Peu importe leur crime, les maisons des suspects ne devraient pas être démolies : en effet, le droit international et même le droit intérieur israélien l’interdisent. En l’absence de tout « processus de paix », le conflit risque de dégénérer en pure vengeance ancestrale. C’est ce que laisse présager le retour des démolitions punitives.

Jeff Halper

Jeff Halper est le fondateur et le directeur du Comité Israélien contre les Démolitions de Maisons (ICAHD). Il peut être joint à jeff@icahd.org.

Traduction : Info-Palestine.eu - Marie Meert

20 novembre 2014


Voir en ligne : Publié sur Info-Palestine


Ebola : le FMI et la Banque mondiale, pompiers pyromanes

lundi 1er décembre 2014, par Renaud Vivien

Les pays les plus touchés par les ravages du virus Ebola font face à des crises sanitaires majeures. Celles-ci sont la conséquence directe des mesures structurelles orchestrées depuis plus de trente ans par le FMI et la Banque mondiale. L’annulation des dettes des pays du Sud doit être une priorité.

Le club des pays les plus riches du monde, le G20, s’est engagé à « éradiquer l’épidémie d’Ebola et à couvrir ses conséquences économiques et humanitaires à moyen terme ». Plus de 5.600 personnes en sont déjà mortes en Afrique de l’Ouest.

Comment les gouvernements du G20 comptent-ils « éradiquer » Ebola ? Quelle somme vont-ils réellement débloquer ? Rien de concret n’est indiqué sauf qu’ils « saluent l’initiative du FMI de débloquer 300 millions de dollars supplémentaires pour endiguer Ebola (…) à travers des prêts préférentiels, réductions de dette et des dons » pour les trois pays les plus touchés : la Guinée, le Liberia et la Sierra Leone.

Ce plan du FMI vise en réalité moins les intérêts des populations que ceux des créanciers et ce, pour trois raisons.

Premièrement, l’« aide » promise de 300 millions de dollars ne restera pas longtemps dans ces pays puisqu’une partie retournera directement dans la poche des créanciers via le remboursement du service de la dette. Rien que pour 2014 et 2015, ces trois pays doivent rembourser 230 millions de dollars à leurs bailleurs de fonds (dont les pays du G20 et le FMI). Autrement dit, les créanciers donnent d’une main ce qu’ils reprennent de l’autre.

Deuxièmement, comme l’indique le communiqué du G20, l’« aide » du FMI est composée en partie de prêts qui vont automatiquement alourdir le poids de la dette de ces trois pays. Les dépenses sociales continueront à être sacrifiées vu que la priorité des gouvernements, au Sud comme au Nord, est le remboursement de la dette, quel que soit son caractère illégitime.

Ce n’est certainement pas l’allégement de la dette annoncé par le FMI qui va remettre en cause cette logique. En effet, les réductions de dettes, lorsqu’elles sont décidées par les créanciers, visent à éviter les défauts de paiement. En effaçant une partie de cette dette, leur objectif est de la rendre « soutenable » donc remboursable même si cette dette est odieuse, illégale ou illégitime.

De plus, cette définition de la « soutenabilité » repose sur des critères économiques qui ne prennent absolument pas en compte les besoins fondamentaux des populations. Pour preuve : les Philippines auraient une dette « soutenable » selon l’appréciation rendue par le FMI et la Banque mondiale après le typhon de novembre 2013 qui a pourtant entraîné 10.000 décès et 4 millions de personnes déplacées. Malgré ce désastre humanitaire, le pays est donc sommé de rembourser sa dette car celle-ci resterait « soutenable ». Résultat : depuis ce typhon, les Philippines ont reçu 850 millions de dollars d’« aide » (essentiellement des prêts) alors que dans le même temps le pays a payé 6 milliards de dollars à ses créanciers. Le service annuel de cette dette odieuse largement héritée de la dictature de Marcos est plus élevé que les budgets de la Santé et de l’Education.

Troisièmement, les pays touchés par Ebola et les autres catastrophes humanitaires comme celles que connaissent les Philippines ou encore Haïti (suite au séisme de 2010) restent soumis aux politiques d’ajustement structurel (appelées dans les pays du Nord « mesures d’austérité ou de rigueur ») dictées par leurs créanciers. À titre d’exemple, le dernier rapport du FMI sur la Guinée publié le 21 novembre souligne que « les réformes structurelles demeurent une priorité du gouvernement et une condition sine qua non pour une plus forte croissance, la réduction de la pauvreté, et pour que la Guinée bénéficie de ses ressources naturelles (…) Les mesures structurelles clés visent à renforcer la gestion des finances publiques, reformer la fonction publique, améliorer le climat d’affaire. »

Ces mesures structurelles orchestrées depuis plus de trente ans par le FMI et la Banque mondiale sont pourtant largement responsables de la crise humanitaire dans ces pays.

Tirer des leçons des échecs passés

Dans les pays touchés par Ebola, la dégradation des systèmes de santé est la conséquence directe des plans d’ajustement structurel qui se sont traduits par des coupes drastiques dans les budgets sociaux, le gel des salaires et les licenciements dans la fonction publique dans le but de rembourser la dette. Si les services de santé et d’assainissement (infrastructures d’égouts, de traitement des eaux, etc.) de ces pays n’avaient pas été entièrement démantelés par ces politiques, le risque épidémique aurait été bien plus faible ou plus facilement contrôlable.

Visiblement, les gouvernements des pays les puis puissants qui se réunissent en club (G20, Club de Paris) ou au sein des institutions qu’ils dominent (FMI, Banque mondiale) ne veulent pas tirer les leçons des échecs passés et prendre leurs responsabilités en stoppant ces politiques anti-sociales et en annulant totalement les dettes des pays du Sud.

Ces dettes ont déjà été intégralement remboursées. Contrairement à ce qu’on pourrait croire, les pays dits « en développement » sont les véritables créanciers puisque le transfert net sur leur dette extérieure est largement négatif. Cela signifie qu’ils ont payé à leurs créanciers plus qu’ils n’ont reçu. Selon le dernier rapport du CADTM « Les chiffres de la dette », ils ont payé à leurs créanciers 251 milliards de dollars de trop sur la période 1985-2012 !

Annuler leur dette ne relèverait donc pas de la générosité mais constituerait un acte de justice qui ne pénaliserait pas les populations des pays du Nord. Concernant la Belgique, le montant total de ses créances envers les pays du Sud ne s’élève qu’à 2 milliards d’euros. C’est cinq fois moins que ce qui a été injecté dans Dexia depuis 2008.

L’État pourrait compenser cette annulation en réduisant radicalement certaines de ses dépenses illégitimes, à commencer par le paiement du service de la dette qui représente 20 % du budget annuel de l’État fédéral. La Belgique pourrait également conditionner sa contribution financière apportée à la Banque mondiale au respect des droits humains. La Banque mondiale est, en effet, la principale bénéficiaire de l’« aide au développement » alors même que le représentant de la Belgique à la Banque mondiale ne rend aucun compte devant le Parlement, tout comme le représentant au FMI.


Voir en ligne : Publié sur CADTM


Trois mois après, rien n’a changé à Gaza

lundi 1er décembre 2014, par Ziad Medhouk

Trois mois après la fin de la nouvelle agression israélienne contre la bande de Gaza en juillet-août 2014, agression qui a fait plus de 2200 morts et 11000 blessés, civils et enfants en majorité, sans oublier la destruction massive de l’infrastructure civile, des maisons, des écoles, des universités, voire des usines et des bâtiments, la situation reste très grave à tous les niveaux, surtout sur le plan humanitaire, pour plus de 1,8 millions de Gazaouis toujours enfermés, malgré, partout dans le monde, la mobilisation internationale contre les crimes israéliens et malgré les promesses internationales de reconstruction rapide

La vie reprend lentement dans les rues de Gaza, qui témoignent de la barbarie de l’armée israélienne pendant les 50 jours de la dernière offensive militaire contre la population civile. Partout à Gaza, on trouve les ruines des maisons, des immeubles, des mosquées, des écoles, des stades, des usines, ou des bâtiments détruits et visés par les bombardements israéliens.

Les habitants de Gaza essayent de montrer leur capacité à dépasser cette période difficile à travers une vie plus ou moins normale, mais sur leurs visages on voit la tristesse, voire l’inquiétude d’une population qui vit toujours sous blocus et qui est toujours enfermée dans une prison à ciel ouvert. Les écoles, les universités, les commerces, les institutions et les marchés reprennent leurs activités, mais avec les souvenirs et les images de la dernière attaque israélienne. C’est très difficile pour ces gens d’oublier leurs morts, leurs blessés, leurs maisons et leurs écoles détruites. Les images des bombes, missiles et chars israéliens reviennent toujours dans la mémoire.

Actuellement, parmi les 100.000 personnes qui ont perdu tous leurs biens, plus de 70.000 vivent loin de leurs maisons, résident dans 18 écoles de l’UNRWA et plusieurs centres d’accueil provisoires, en attendant l’entrée des matériaux de reconstruction. 10.000 personnes ont loué des appartements et plus de 20.000 ont décidé de vivre au milieu même de leurs ruines : soit, ils en ont réparé quelques pièces , soit ils habitent dans des tentes, à proximité, dans des conditions très difficiles, notamment à l’approche de l’hiver.

Trois mois, après, rien ne semble différent pour les Palestiniens de Gaza, toujours à la recherche d’une solution politique et pas seulement humanitaire, suite à leur résistance remarquable contre les armes de l’aviation, de la marine et la force terrestre israéliennes. Le blocus dure depuis plus de sept ans, les passages et les frontières avec l’extérieur sont souvent fermés par ordre militaire israélien et les produits alimentaires et autres qui entrent à Gaza sont rares. Les autorités israéliennes ouvrent le seul passage commercial qui relie la bande de Gaza à l’extérieur deux ou trois fois par semaine pour permettre l’entrée de 200 camions et quelques convois humanitaires. Parmi ces camions, 5 à 6 seulement contiennent des matériaux de construction, souvent destinés aux projets internationaux. Ce passage se ferme sous n’importe quel prétexte, par décision israélienne, sans prendre en considération les besoins énormes de la population civile.

Chaque foyer à Gaza a droit à seulement 6 heures d’électricité par jour, car la seule centrale électrique, qui a été détruite en juillet dernier, ne fonctionne pas, par manque de fioul et de carburant, avec en particulier des conséquences dramatiques sur les hôpitaux et les centres médicaux.

L’armée israélienne viole presque tous les jours l’accord du cessez le feu, et ne respecte pas la trêve. Souvent, les chars israéliens mènent des incursions dans la bande de Gaza, les soldats contrôlent toujours les zones tampons sur les zones frontalières et tirent sur les paysans. La marine israélienne empêche l’extension de la zone de pêche et tire sur les pêcheurs palestiniens et leurs bateaux. Malgré la retenue des factions de Gaza, l’armée d’occupation israélienne poursuit ses provocations, pas seulement dans la bande de Gaza, mais encore en Cisjordanie, où des dizaines de palestiniens ont été tués ou blessés par balle, notamment à Jérusalem.

Les Palestiniens de Gaza craignent la reprise des attaques israéliennes à n’importe quel moment et sous n’importe quel prétexte, car la communauté internationale officielle qui a gardé un silence complice durant l’offensive israélienne en été dernier, n’exerce pas de pressions sur le gouvernement israélien afin qu’il lève le blocus imposé à la population depuis plus de 7 ans. Sans oublier qu’Israël reste toujours impuni, malgré les trois attaques sanglantes des cinq dernières années.

Les habitants de Gaza, épuisés à la fin de cette nouvelle agression, ont peur pour leurs enfants et leur avenir. Ils espèrent le début rapide des projets de reconstruction, notamment après les promesses internationales tenues lors de la conférence internationale sur la reconstruction de la bande de Gaza au Caire, en octobre dernier.

S’ajoute à tout cela, la tension entre les différents partis et mouvements palestiniens qui pourraient amorcer le début de la reconstruction de la bande de Gaza. Malgré la création du gouvernement d’union nationale dans les territoires, en mai dernier, et malgré la solidarité interne et les signes d’union lors de la dernière offensive israélienne, les points de divergence prédominent actuellement entre ces partis et pourraient toucher la réconciliation palestinienne et retarder les projets de reconstruction.

Le seul signe d’espoir pour les Palestiniens de Gaza, comme pour tous les Palestiniens de Palestine et de l’extérieur, c’est l’éducation. Malgré la destruction de plus de 32 établissements et tandis que plus de 120 écoles et cinq universités ont été bombardées, les élèves, les étudiants et leurs professeurs continuent de participer à la vie scolaire, en dépit de toutes les pertes et de toutes les conséquences économiques, sociales et psychologiques. Plusieurs cours se font sous les ruines des écoles touchées par les bombardements israéliens, ou dans des tentes. Les élèves qui viennent en classe rendent hommage à leurs amis morts et blessés lors de cette offensive israélienne, mais ils continuent à lire et à écrire l’espoir, l’amour et l’avenir. Ils montrent leur capacité à construire cet avenir avant de reconstruire leurs écoles et leurs classes.

A l’université, les jeunes étudiants continuent à venir étudier, même dans des classes touchées et visées par les bombardements israéliens. L’éducation est un élément sacré en Palestine. Les familles encouragent leurs enfants à avoir des diplômes supérieurs. Même si, avec le chômage et les difficultés économiques, il est difficile de trouver un travail à la fin des études. L’éducation fait partie de la résistance par la non violence, une résistance populaire, qui montre la capacité de notre peuple à défier la situation actuelle et à affronter toutes les mesures de l’occupation qui essaient de priver les Palestiniens de leurs droits fondamentaux.

Les habitants de Gaza espéraient que leur sacrifice pendant la dernière agression israélienne, leur patience exemplaire, leur volonté remarquable, leur résistance acharnée contre la barbarie de l’armée israélienne, ainsi que, et surtout, la mobilisation internationale et les manifestations populaires, partout dans le monde ,changeraient quelque chose pour eux : levée du blocus, ouverture des passages et des frontières qui relient la bande de Gaza à l’extérieur, jugement des criminels israéliens. Malheureusement, rien n’a changé, ils sont toujours enfermés, ils vivent sous un blocus aveugle qui continue de faire de nombreuses victimes.

Pour les Palestiniens de Gaza confiants et déterminés, il ne reste qu’une alternative : résister sur leur terre, rester à côté des ruines de leurs maisons détruites, avec leur seule arme, le courage, et surtout espérer un changement radical, une solution politique qui leur permettrait de vivre libres à Gaza, de vivre libres en Palestine.


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