Le Journal des Alternatives

Le Journal des Alternatives est un mensuel d’information internationale, nationale et culturelle publié par l’organisation. Il s’intéresse, depuis plus de 15 ans, aux grands enjeux qui bouleversent la planète et s’adresse à toutes les personnes qui ont soif d’information et entendent réfléchir sur le monde qui se fait.


Paradis fiscaux : la filière canadienne d’Alain Deneault

Compte-rendu de l’essai

vendredi 2 mai 2014, par Simon Paré-Poupart

Suivant la lignée de ces précédents essais, Alain Deneault nous revient avec sa dernière parution : Paradis fiscaux : la filière canadienne, Barbade, Caïmans, Bahamas, Nouvelle-Écosse, Ontario… L’auteur nous détaille alors comment le Canada a contribué à créer des paradis fiscaux dans les Caraïbes. L’ouvrage ne se veut pas un traité de finance mais plutôt une analyse critique de la construction historique et financière de ces paradis.

Compte-rendu

Le point de départ de l’essai est mis sur l’importance qu’a joué le Consortium international des journalistes d’enquête (CIJE) dans la découverte d’informations bancaires. Le CIJE a mis à jour les noms de 100 000 titulaires de comptes bancaires qui ont logé des fonds dans les paradis fiscaux. L’ouvrage nous apprend également qu’en 2012, « les Canadiens ont investi plus de 155 milliards de dollars dans les sept premiers paradis fiscaux où ils sont présents ».

La définition d’un paradis fiscal

Plutôt que de paradis fiscal, Alain Deneault préfère parler de législations de complaisance puisque c’est via le droit que se sont constitués et structurés les différents paradis fiscaux. Pour l’auteur, ces endroits seraient l’achèvement d’un libéralisme économique libertaire où« les banquiers ont transformé les États en un phantasme financier ». Ces États, ce sont en grande partie ceux des Caraïbes où, à partir des années 1950, ce processus de transformation s’est enclenché. Ces États faibles économiquement, administrativement peu structurés et encore dépendants de leurs liens coloniaux rendent la chose possible et deviennent facilement corruptibles. Les banquiers s’y retrouvent en position de conseiller des politiciens locaux, ce qui leur permet d’ériger des États où l’impôt n’existera pratiquement plus. Dans un univers économique mondialisé, le paradis fiscal sert aux différentes juridictions à contourner les règles et normes environnementales pour investir là où il y aura le moins de contraintes possibles.

Une évolution dans le temps

Tel qu’expliqué dans le premier chapitre, le Canada, en tant que dominion britannique, était lui-même un paradis fiscal pour les États-Unis et la Grande-Bretagne, à la fin du 19e siècle, une période où l’expertise bancaire se développe et où se crée de grandes banques. À l’époque, explique l’auteur, « le mot canadien renvoie surtout au lieu d’enregistrement de leurs opérations. » Dès le début du 20e siècle, ces banques développent un réseau offshore avec les Caraïbes, formant un triangle : Amérique du Nord, Grande-Bretagne et Caraïbes.

L’auteur nous transporte ensuite vers une île des Caraïbes, les Bahamas, qui se distinguent dans les années 1960. L’île se spécialise dans le blanchiment d’argent et l’accueil des personnes richissimes qui veulent éviter l’impôt et le droit de succession. De plus, les banques utilisent les Îles Caïmans pour diminuer les contraintes qu’elles se voient imposer normalement. Par exemple, il n’y a pas de « publication de comptes, de tenue d’un registre des actionnaires et de contrainte en ce qui regarde la composition et la répartition des fonds. » Tout placement dans cette île devient introuvable.

Dans les années 1970, c’est la Jamaïque qui est mise de l’avant. On y retrouve deux grandes zones franches industrielles. Ces zones sont caractérisées par l’allègement fiscal aux grandes entreprises et par une diminution du salaire et droits des salariés afin de former une économie d’exportation.

Dans les années 1980, la Barbade recueille quant à elle une grande part des capitaux investis à l’étranger par les entreprises et riches actionnaires canadiens À raison, non seulement l’île peut servir de pavillon de complaisance en affranchissant les bateaux qui s’y inscrivent de toute réglementation, mais elle sert en plus de circuit pour faire transiter les capitaux et entreprises vers les autres paradis fiscaux.

Toujours dans les années 1980, Alain Deneault évoque le désir du Canada de faire des Îles Turques-et-Caïques une 11e province. Pour motivation principale, il y a le désir de pouvoir mettre facilement sur pied des entreprises exonérées, c’est-à-dire des sociétés n’ayant plus d’exigences administratives et d’obligation de taxation. De plus, « les titulaires d’actifs n’ont pas à révéler leur identité », apprend-on dans l’essai. Créer une compagnie dans un endroit pareil devient intéressant puisqu’avec une telle base législative, le gouvernement n’est plus en mesure de distinguer l’argent licite de celle illicite.

La compétition pour moins de fonds

Ainsi, la mondialisation exerce une pression accrue vers la compétitivité puisque les compagnies peuvent magasiner la législation leur étant le plus favorable. Au niveau de la politique interne, cela force les États à revoir à la baisse leurs propres législations (diminution des salaires, des avantages fiscaux, des normes environnementales), qui peuvent prendre la forme de subvention par exemple.

Résultat : moins de fonds publics. Conséquemment, l’essai nous démontre que les paradis fiscaux gangrènent les social-démocraties d’Occident. Ne trouvant jamais les fonds nécessaires, ces États augmentent la charge fiscale portée sur la classe moyenne et diminue leurs acquis sociaux. Le système se libéralise donc graduellement, c’est du moins ce que croit Alain Deneault, qui définit cela comme l’austérité.


Voir en ligne : À lire également dans la dernière édition du journal : Entrevue avec Alain Deneault


C’est ce à quoi s’acharne Alain Deneault depuis des années, à commencer par son livre Paul Martin & Compagnies (2005) et Offshore Paradis fiscaux et souveraineté criminelle (2010), en plus de son implication comme chercheur au C’est ce à quoi s’acharne Alain Deneault depuis des années, à commencer par son livre Paul Martin & Compagnies (2005) et Offshore Paradis fiscaux et souveraineté criminelle (2010), en plus de son implication comme chercheur au Réseau Justice Fiscale (RJF)

Paradis fiscaux : la filière canadienne, Barbade, Caïmans, Bahamas, Nouvelle-Écosse, Ontario…, Alain Deneault, Éditions Écosociété, 391 pages.

Crédit photo : Écosociété


Zapatistas, une lutte au quotidien

Photo Reportage

jeudi 1er mai 2014, par Adrienne Surprenant

Depuis 30 ans, les Zapatistes sont des autochtones qui luttent pour le respect de leurs terres et de leurs coutumes dans le sud du Mexique, au Chiapas. Ils et elles vivent depuis en situation de guerre de basse intensité.

En 1994, ils et elles se sont rebellé-es et leur prise d’armes a été reconnue à l’international. La force de leur lutte repose sur leur manière de s’organiser et de survivre de manière autonome, tout en respectant l’environnement. Cette série de photos présente des pans de leur quotidien de cultivateurs et cultivatrices assidu-e-s, en préservant leur anonymat. Comme les Zapatistes définissent leur lutte comme étant celle de tous et toutes, les illustrations de leur quotidien n’identifient pas les membres de la famille, dans un souci d’allier l’esthétique à leur philosophie.

Leur façon de lutter pour leur autonomie, en étant proche de leurs terres et loin du capitalisme, peut aussi se référer à la lutte des paysans mexicains en 1910. Leur résistance est issue d’un désir de vivre de manière respectueuse de l’ensemble de la nature. L’intérêt actuel de leur lutte est de proposer une alternative à un mode de vie centré sur la consommation. Tous les jours, et dans toutes leurs actions, ils et elles luttent en cultivant, en prenant soin les un.e.s des autres, hors d’un système qui est, pour elles et eux, issu de la colonisation.

Anonymes
Le sous-commandant Marcos, Zapatiste, déclarait le 5 mai 1996 : “Le Zapatisme n’appartient à personne, et pour cela, il est à tout le monde” . L’anonymat des Zapatistes tête couverte d’un passe-montagne illustre bien cette facette de leur pensée.
Loi pour les femmes
Les Zapatistes allient coutumes et avancées idéologiques en créant une loi pour les femmes, qui énonce leurs droits, dont celui de ne pas être confinées aux tâches ménagères, et donc de pouvoir prendre une charge politique, ou travailler aux champs.
Enfants
À chaque nouvelle naissance, dans une famille Zapatiste, la terre parentale se divise un peu plus. Dans certaines régions du Chiapas, cela crée un état d’incertitude alimentaire, car les terrains cultivables par nombre d’habitants voient leur nombre se raréfier.
Autonomie alimentaire
Les hauteurs du Chiapas sont des terres froides pour le Mexique. S’y cultive pourtant le maïs, et les haricots nécessaires à l’alimentation. Les Zapatistes cultivent sans engrais chimiques, ni insecticides.
Futur
Les enfants de la famille font l’école primaire, de 7 à 12 ans, mais ne souhaitent pas aller au secondaire, ni se marier tout de suite, car cela impliquerait s’éloigner de leur famille.
Nourrir
La mère va nourrir les poulets de grains de maïs, comme tous les matins. Ils font grandir leur volaille, mais n’en mangent presque jamais, car la viande est précieuse pour ces cultivateurs.
Foyer
Malgré la loi pour les femmes, celles-ci se retrouvent encore souvent chargées du souper. La mère est aidée de ses filles lors de la préparation des repas.
Oventik
Les communautés Zapatistes dans la région du Chiapas se divisent en 5 caracoles, ce qui signifie escargot. Chacune d’entre elle est formée d’un village central, où se trouvent les services de santé et d’éducation secondaire, ainsi que le centre de réunion du gou- vernement autonome. Autour, sont dispersés villages et bases d’appuis (familles) Zapatistes. Sur la photo, une murale de la caracole d’Oventik.
Ombre
Bien que leur soulèvement date de 1994, les Zapatistes demeurent dans une situation politique difficile, subissant la répression de la part du gouvernement, ainsi que de la part de certains de leurs voisins, qui appuient les partis politiques officiels.
Caracole
De la fenêtre de l’école secondaire, à Oventik, des jeunes jouent au football. Situé au coeur des montagnes, le village est constamment couvert d’une brume épaisse.

Projet Accompagnement Québec-Guatemala

Guatemala : Après le génocide ?

jeudi 1er mai 2014, par Sébastien Lavoie

Le Guatemala a connu trente-six ans de conflit armé dont quatre ans de génocide entre 1979 et 1983 et les échos des massacres se font entendre jusqu’au Québec. Le Projet Accompagnement Québec-Guatemala (PAQG) diffuse ici la parole des victimes et aide la société civile guatémaltèque à émerger. Portrait d’un organisme qui tente de perpétuer le souvenir d’un conflit oublié et qui prend aujourd’hui de nouvelles formes.

Blanca Quíroa López, comme beaucoup d’autres, a vu son fils s’évaporer dans la dictature guatémaltèque il y a maintenant plus de trente ans. « C’est très difficile pour nous, les familles, parce que nos êtres aimés ne sont ni parmi les morts, ni parmi les vivants. Nos blessures ne se referment pas parce que nous n’avons jamais revu leurs dépouilles » racontait-elle lors d’une conférence organisée par le PAQG à la fin mars.
Blanca Quíroa López est une des représentantes de L’association des Familles des personnes détenues-disparues du Guatemala (FAMDEGUA), un regroupement guatémaltèque destiné à donner une voix aux victimes du génocide et à retrouver les dépouilles des victimes. C’est entre autres pour porter au Québec la parole des victimes des exactions commises pendant le génocide qu’existe depuis 1994 le PAQG.

Sa coordonnatrice générale, Laurence Guénette, affirme que la parole agit comme un baume sur les victimes. Celles-ci sont heureuses de pouvoir partager leurs expériences avec des étrangers solidaires qui vont chez eux afin de les écouter et de partager leurs histoires. Créer des liens de solidarité, c’est une partie du mandat du PAQG.

L’origine d’une mission politique

À ses débuts, le PAQG avait pour vocation de raccompagner les populations déplacées par les crimes de la dictature, crimes qui se sont échelonnés du début des années soixante jusqu’au milieu des années 90 et qui ont touché principalement des autochtones. Le bilan officiel fait état de 200 000 morts ainsi que d’un million et demi de déplacés, dont le tiers vers des pays limitrophes, principalement le Mexique. Dans sa genèse, les bénévoles du PAQG se rendaient au Mexique et raccompagnaient les réfugiés jusque dans leurs villages. 25 000 personnes ont ainsi pu revenir à leurs terres. La présence des bénévoles de l’organisme servait de bouclier aux populations locales encore craintives vis-à-vis des autorités de leur pays.

Aujourd’hui, l’époque des retours est révolue et la mission de l’organisme s’est modifiée. Le besoin d’accompagnement est toujours présent et il est encore une fois suscité par les membres d’une société civile parfois craintive de faire valoir ses droits face à un pouvoir toujours menaçant. Désormais la mission du PAQG consiste à « mener des actions de soutien à l’attention des défenseurs guatémaltèques des droits civils, politiques, sociaux, culturels et économiques, victimes d’exactions. Leurs bénévoles accompagnent ces militants dans leur lutte en faveur de la justice et observent la situation des droits de la personne dans le pays », peut-on lire sur le site internet.

Les membres du PAQG se déplacent à la stricte invitation des Guatémaltèques. Laurence Guénette clarifie ainsi le mandat de l’organisme : « On n’amène aucune ressource financière. C’est purement et simplement un accompagnement politique que l’on fait en tant que militants-e-s des droits humains et du respect des droits de la personne. On ne s’en va pas là leur dire comment mener leur lutte. On n’intervient jamais directement. On est là pour diffuser leurs actions à l’international. On ne fait pas de l’aide humanitaire, ni du développement. »

La genèse du génocide

Les ennuis des Guatémaltèques ont commencé avec l’implantation d’une réforme agraire en 1944. Celle-ci avait entre autres pour but de nationaliser des terres appartenant à la United Fruit Company qui comptait parmi ses actionnaires les frères Dulles, Allan et John Foster, respectivement chef de la CIA et secrétaire d’État. S’en est suivi, à partir de 1954, une série de coups d’État et d’actes de résistance, le tout sous un couvert idéologique qui cachait un conflit ethnique. Le Guatemala a ainsi été le premier terrain d’essai de la guerre froide en Amérique latine et ce génocide s’est fait à l’abri des caméras de télévision.

Dans les balbutiements du conflit, l’État ciblait ses victimes. Elles étaient d’abord des chefs syndicalistes et des leaders étudiants. Le conflit a culminé sous Efrain Rios Montt, qui a autorisé la création de patrouilles d’autodéfense civiles (PAC), des miliciens recrutés de force par l’armée (l’alternative au recrutement forcé était la mort) afin de combattre la guérilla. C’est à cette époque qu’a été instituée une politique de « terre brûlée » qui a conduit à l’éradication de quelque 440 villages. Et l’armée guatémaltèque, les patrouilles d’autodéfense ainsi que d’autres forces de sécurité étatiques comme la police, ne se contentaient pas de raser les villages. Elles tuaient le bétail et mélangeaient du sel à la terre afin que rien ne puisse plus jamais être cultivé.

Outre les 200 000 morts, le conflit a mené à la disparition forcée de 45 000 personnes. En 1996, des accords de paix ont été signés, mettant fin au conflit, et le génocide a été reconnu par l’ONU dans les années subséquentes avec la parution d’un rapport de la Commission pour l’éclaircissement historique (CEH).

Un affrontement qui se transforme

Cependant, les traces du génocide restent très présentes dans l’esprit de la population. « Le problème, au Guatemala, c’est qu’on n’a encore rien réglé, ou si peu », commentait Mateo Pablo, un survivant du génocide réfugié à Montréal, lors de la conférence organisée à l’UQAM.

Selon l’organisme, la culture d’impunité qui règne toujours dans le pays fait qu’environ 98% des crimes graves ne sont jamais punis par la loi et ne font même pas l’objet d’enquête. L’impunité règne aussi pour les anciens dirigeants génocidaires, notamment pour le chef Rios Montt, président en 1982 et 1983, condamné à 80 ans de prison pour génocide et crimes contre l’humanité. Il a vu ensuite sa sentence cassée par les tribunaux, et il n’a passé jusqu’à maintenant que deux nuits en prison.

Depuis quelques années, le PAQG mène une campagne de désinvestissement auprès de leurs actionnaires canadiens des entreprises minières canadiennes Goldcorp et Tahoe Resources. Ces compagnies investissent massivement au Guatemala où des mines sont ouvertes et opérées sans égard au respect de l’environnement et aux droits des populations locales.

Sur le terrain, la société civile se mobilise afin de bloquer certains projets de ces minières, mais leur parole est muselée par l’armée, responsable des génocides, qui garde les installations minières. Chaque année compte son lot d’assassinats de militants. Et les violences sont en hausse. Selon le PAQG, les attaques contre le défenseurs n’ont cessé d’augmenter depuis 2000 ; elles représentaient, en 2013, 657 cas.

Quand on demande à Laurence Guénette de quoi le Guatemala a besoin, elle hésite à parler à la place des citoyens, mais elle croit tout de même ceci : « Que cesse la répression brutale des mouvements de défense des droits. Que cesse l’impunité. Les Guatémaltèques ont besoin d’avoir la liberté d’organiser leur vie politique et économique comme ils l’entendent. De s’organiser en faveur de leur bien-être et non de leur persécution et de l’exploitation économique. Mais les populations guatémaltèques le savent. C’est pour ça qu’on les accompagne. »


Voir en ligne : Projet Accompagnement Québec-Guatemala


Crédit photo : CC. Flickr. Suriza. 2008. (Description tirée de la source : A man lifts a poster demanding justice for genocide. In the poster are photographs of Germán Chupina, Benedicto Lucas García, Efraín Ríos Montt, Oscar Humberto Mejía Victores, Romeo Lucas García, Angel Anibal Guevara, Pedro García Arredondo y Donaldo Alvarez Ruíz.)


Entrevue avec Alain Deneault

jeudi 1er mai 2014, par Simon Paré-Poupart

Alain Deneault est cet auteur engagé qui participe à la vie intellectuelle du Québec depuis des années. Il a écrit de nombreux essais, notamment Paul Martin & Compagnies et Noir Canada : Pillage, corruption et criminalité en Afrique. Au sujet de ce dernier, l’auteur a été poursuivi par la minière canadienne Barrick Gold. Il nous revient cette année avec Paradis fiscaux : la filière canadienne. Le Journal des Alternatives a rencontré l’auteur afin de discuter de l’écriture de l’essai et d’en apprendre davantage sur les conclusions que l’on peut en tirer.

Q : Quelle est votre démarche, votre méthodologie ainsi que votre motivation dans l’élaboration d’un tel livre ?
R : J’ai une approche interdisciplinaire inspirée de Georg Simmel, penseur allemand. Selon cet auteur, toute recherche en sciences sociales est intrinsèquement interdisciplinaire, c’est-à-dire que l’objet de la recherche recoupe l’histoire, la psychologie, la sociologie, l’économie et la philosophie. Plus spécifiquement, j’ai abordé ces disciplines selon les croisements entre le Canada et ses paradis fiscaux des Caraïbes. J’ai donc approfondi l’histoire de cette relation en plus de développer sur sa politique fiscale et sur son droit. Comme point d’ancrage, mon intérêt s’est confirmé après un état d’étonnement. Au fil de mes lectures, j’ai réalisé que le Canada était au centre du développement d’une législation caribéenne transformant ces pays en paradis fiscaux. Pourtant, le pays se conçoit officiellement comme un modèle de démocratie. Un discours qui contraste avec la réalité impérialiste néocoloniale qui amène le pays à être complaisant avec les territoires britanniques caribéens. Pour mettre en lumière cette contradiction, j’ai dû éplucher des rapports annuels de banque, des décisions de justice aux États-Unis et des propositions autobiographiques d’acteurs ayant influencés la transformation de ces paradis fiscaux.

Q : Depuis quand s’intéresse-t-on à ce phénomène au Canada ?
R : L’histoire commence avec Paul Martin lorsqu’il occupait le rôle de ministre des finances (1993-2002) au niveau fédéral. À l’époque, il n’a jamais été questionné sur sa flotte contrôlée par une fiducie sans droit de regard aux Bermudes. Il a fallu attendre son ascension comme premier ministre pour que des auteurs, dont moi-même, produisent des documents sur cette liaison douteuse entre le pouvoir politique et des investissements offshore. En quelque sorte, c’est son cas qui a amené la problématique des paradis fiscaux dans la sphère publique au Canada. Tout de même, cette situation nous renseigne que nous réfléchissons en termes d’individus et non de classes. Si nous réfléchissions en termes de classes, nous devrions sans cesse être aux aguets.

Q : Dans votre essai, vous critiquez le rôle interventionniste des États du Nord dans l’octroi de subventions aux entreprises. Pourquoi ?
R : Ce qui me gêne, ce n’est pas le financement des entreprises, quoique je trouve embêtant que les dirigeants d’entreprise se plaignent du rôle de l’État lorsqu’elles ont à payer des impôts mais demandent en même temps des subventions. Ce qui me dérange c’est surtout que les États du Nord subventionnent leurs entreprises et attaquent les États du Sud qui tentent de faire de même. Tel est le cas de la Jamaïque qui a tenté d’augmenter les redevances minières des entreprises extractives pour financer le bien commun, mais qui a dû se rétracter vu la pression des États-Unis et d’Alcan. Les entreprises veulent obtenir des subventions du Nord pour exploiter les ressources dans les pays du Sud auxquels l’on refuse la même chose, dans une logique néocoloniale. Cela mena à la création de zones franches dans le pays, donc à une économie précaire et une économie de pauvres.

Q : Selon vous, la mondialisation financière réduit le contrôle que l’État peut avoir sur sa nation. Pour cause, le judiciaire et le politique forme une unité au service de l’économie. Est-ce le message que vous tentez de faire passer dans votre essai ?
R : Oui, on peut le voir ainsi. La mondialisation est une œuvre politique, notamment à travers les accords de libre-échange et par le soutien au développement des paradis fiscaux. C’est ce qui a permis la concentration de capitaux hors-la-loi, c’est-à-dire hors de tout cadre étatique traditionnel. Nous avons aujourd’hui des acteurs qui disposent d’une force de mobilisation du capital financier comme jamais auparavant. Ces acteurs peuvent l’investir où ils veulent et dans les conditions qu’ils désirent. Ceci est possible puisque les chefs d’États ne sont plus des souverains qui encadrent l’économie sur leur territoire, mais plutôt des courtiers qui vendent des avantages juridictionnels à des acteurs dans le but de les attirer. Ces acteurs peuvent se promener entre ces aires juridictionnelles ce qui crée une compétition entre les États.

Conséquemment se développe l’offshorisation des problèmes. C’est-à-dire que l’impôt pour les entreprises dans les pays du Nord baisse depuis des décennies dans le but de maintenir le capital sur le territoire. En plus, une grande partie de ce capital préfère fuir par les paradis fiscaux. Ainsi, il y a des pertes à tous égards. Au final, le cadre législatif et les acquis sociaux que nous nous étions donnés, au Nord, entre en compétition avec les cadres d’autres États moins avancés sur le plan social, comme la Chine, le Bangladesh ou la Jamaïque. Les capitaux fuient où ils sont moins imposés pour investir dans des secteurs qui supportent toujours plus de délocalisation du travail.

Q : Diriez-vous que les démocraties modernes perdent le contrôle du monde législatif au profit des experts de la finance qui l’instrumentalisent ?
R : L’opposition entre États bienveillants et méchants paradis fiscaux criminels ne devraient plus être. Nous sommes dans un ordre où la logique de l’offshorisation domine avec plus ou moins d’intensité. Ainsi, chaque pays voit une partie plus ou moins grande de son économie offshorisée. Le comble de cette expérience serait les Bermudes, le Luxembourg et les Bahamas, et d’autre part certains pays font figure d’exception, tel les pays Scandinaves. Ainsi, se développe certaines législations dites mixtes. Chez ces législations, le droit se façonne au profit de certains acteurs, au détriment d’autres, toujours au profit du grand capital devenu souverain. En même temps qu’il y a un droit bien réel, chacun de ces États se spécialisent dans un secteur particulier sur un mode offshore, le Canada ayant le secteur minier, l’Irlande ayant le droit de propriété intellectuel et ainsi de suite.

Q : Cette organisation du monde est-elle réellement organisée ?
R : Non, elle est concertée. Comme je l’ai démontré dans mon livre Offshore, il y a une genèse qui s’est développée par étape dans l’histoire. Les États sont devenus peu à peu complaisants. D’ailleurs, si l’on parle des théories que l’on apprend dans les écoles de commerce, le but de l’entreprise est de faire des bénéfices en ayant des charges sociales, fiscales et des droits de douanes le moins élevés possibles ainsi que les salaires les plus bas. Forcément, lorsque cette élite financière se retrouve en situation de proximité avec le pouvoir politique, ces acteurs en viennent à transformer la législation en un fantasme financier, celui appris à l’école. Bref, c’est une application concertée de méthodes satisfaisant des intérêts privés indépendamment des intérêts publics.


Crédit photo : CC. Alain Deneault, au Salon international du livre de Québec 2013. Wikimedia Commons


La décroissance pour sortir de la crise

jeudi 1er mai 2014, par Simon Mauvieux

Alors que la mondialisation, depuis le début de la crise économique de 2008, montre des signes de faiblesse, notamment par les inégalités qu’elle engendre et par la grave crise écologique que le monde traverse, certains-es ont une idée bien différente de ce que pourrait être le système économique et social mondial. Un système basé sur la coopération, l’écologie et la justice sociale, plutôt que sur la production et la croissance infinie. Ces personnes sont les adeptes de la décroissance. Et si leur discours parait utopique, ils et elles voient en ces temps de crise économique un incroyable moyen de changer les choses.

Il y a la récession, le pouvoir d’achat qui baisse, l’empreinte écologique de l’homme qui ne fait que s’accroître et qui déclenche des catastrophes environnementales toujours plus meurtrières. Imaginez une vie où les jardins communautaires permettraient aux habitants d’un quartier à la fois de se nourrir moins cher et de favoriser les échanges humains, dont le travail excessif nous prive cruellement. Ces jardins seraient facilement accessibles à vélo, par exemple. Les gens apporteraient leurs déchets alimentaires pour faire du compostage et répareraient le matériel électronique usagé. Ce mode de vie, c’est celui prôné par la décroissance, un concept simple qui semble être pour ses partisans-es un moyen de se sortir de la crise économique qui ne cesse d’alimenter les inégalités et la pauvreté.

Sècheresse, montée des eaux, pénurie alimentaire, risque de guerre : l’impact de l’homme sur la planète a de graves conséquences sur la nature et sur les sociétés. C’est tout un système basé sur le libre échange, la consommation de masse et sur l’utilisation de ressources fossiles qui est remis en cause à la fois par les altermondialistes, mais aussi par une population irritée par les inégalités sociales et économiques.

Les "anti-croissance"

Les adeptes de la décroissance voient dans les problèmes actuels du capitalisme une incroyable opportunité de changement et de redéfinition des valeurs. Serge Mongeau est de ceux-là. Figure de proue de la décroissance au Québec, il est l’un des fondateurs du Mouvement pour une décroissance conviviale. « La croissance économique telle que nous la connaissons ne peut pas durer. Les ressources naturelles que nous utilisons ne sont pas infinies, on va vers un mur », précise-t-il.

Si la conception de décroissance se base sur des arguments écologiques, son application va bien au-delà. Elle vise à redéfinir l’organisation sociale et économique dans nos sociétés. Elle prône le mieux vivre, la coopération et le retour à des valeurs plus humaines. Pour Bertrand Shepper, chercheur à l’Institut de recherche et d’information socio-économique (IRIS), le terme de décroissance est peut-être mal choisi. « Le mot décroissance ne signifie pas l’inversion de la croissance, il signifie plutôt un changement de priorité, ne plus voir la croissance comme un dogme », explique-t-il.

Toutefois, la croissance est l’objectif affiché de tous les acteurs du capitalisme. Elle permet selon eux le dynamisme économique, la création d’emplois et un partage, parfois inégal, des richesses. « Le culte de la croissance nous pousse à toujours consommer plus, à travailler plus et donc à produire plus, c’est le règne du besoin au détriment de la nécessité », affirme Bertrand Shepper.

Appliquer la décroissance

Mais si le système bloque l’implantation d’une éventuelle décroissance, il est possible d’appliquer ce concept à nos vies de tous les jours selon les militants-es. Pour Bertrand Shepper, la décroissance passe par un comportement responsable, écologique et plus humain, quotidiennement. « Il y a énormément de propositions concrètes, comme le recyclage, la réutilisation et la consommation locale », précise-t-il. La décroissance se pose alors comme une amélioration de la qualité de vie, où le travail ne serait pas au centre des choses. « La diminution du temps de travail est nécessaire, elle permet de se concentrer sur d’autres priorités. Il s’agit de créer une sorte de deuxième marché, où les gens travailleraient ensemble, dans des jardins communautaires par exemple, ou des coopératives de quartier ».

En première ligne, c’est l’individualisme qui est visé. Ceux et celles qui prônent la décroissance désirent plus de partage et d’entraide entre les individus. « Nous vivons dans un monde individualiste, il faut toujours acheter plus de choses, être différent des autres, dénonce Serge Mongeau. Prenez les voitures par exemple, tout le monde en a une, alors que nos voisins vont souvent au même endroit que nous, nous devrions partager ça ! ».

Politique et décroissance

La décroissance, même si de gauche, ne se réclame pas de l’idéologie communiste. « Même si la décroissance défend des idées de gauche, ce n’est pas une simple idéologie politique, précise Bertrant Shepper, il s’agit plus d’un mode de vie ». Les deux experts sont d’accord pour dire que ce n’est pas par la politique que la décroissance va s’implanter dans la vie des gens, mais plutôt par la naissance et l’encouragement des initiatives citoyennes.

Il y a par exemple le mouvement de Transition, créé en Angleterre en 2006. Serge Mongeau en fait partie. « Les villes en transition, c’est une occasion pour les communautés urbaines de sortir de la dépendance au pétrole et de reconstruire une économie locale », explique-t-il. Ce genre d’initiative fleurit un peu partout dans les villes du monde et témoigne que certains citoyens-nes agissent sur leur milieu de vie de manière responsable sans attendre que les politiques s’emparent de ces sujets. « À Montréal, il y avait un parc délabré qui ne servait plus à rien. Les habitants du quartier en on fait un jardin, aujourd’hui, il est reconnu comme tel par la municipalité », ajoute Serge Mongeau.

Alors que les capitalistes qualifient la décroissance de rétrograde, la gauche la croit utopique. Pour Bertrand Shepper, en plus de changer les mentalités, il faut favoriser les initiatives. « Le problème pour l’instant, c’est que la décroissance attire de nombreuses critiques, alors les gens passent plus de temps à la défendre qu’à agir concrètement », constate-t-il.

Les adeptes de la décroissance craignent que les événements écologiques s’accélèrent et qu’un changement brutal de paradigme ne soit une fatalité. « Préparons-nous, organisons-nous pour que cette décroissance soit positive. Si on attend, elle va nous être imposée par les gouvernements qui vont continuer d’aller dans le même sens qu’aujourd’hui », prêche Serge Mongeau. De son côté, Bertrand Shepper craint que ce changement de paradigme soit empêché par les élites économiques. « Aujourd’hui, la publicité, les médias et même les politiques encouragent un mode de vie basé sur la consommation et l’argent. C’est très difficile de faire bouger les choses si les élites vont dans une autre direction », s’alarme-t-il.

C’est pourquoi les initiatives citoyennes sont encore assez rares. Et les autorités peinent à proposer des solutions viables pour la sauvegarde de l’environnement. Quoi qu’il en soit, la crise écologique étant inévitable selon les militants-es de la décroissance, un changement surviendra. Reste à voir dans quel sens il ira.


Crédit photo : Creative Commons


Radicalisation des mouvements sociaux

jeudi 1er mai 2014, par Gabrielle-Léa Tétrault

Depuis quelques années, des citoyens et citoyennes, ressaisi-es par une fougue contestataire, se sont positionné-és ouvertement contre un système qui les néglige. À travers les récentes périodes de politisation populaire, tel que le mouvement Occupy et la grève étudiante de 2012, une tranche plus militante en est sortie radicalisée. Retour sur la radicalisation des récents soulèvements populaires au Québec.

Plusieurs définitions du mot « radicalisme » sont données, rendant son utilisation très subjective. Marcos Ancelovici, professeur de sociologie à l’Université du Québec à Montréal, indique qu’en termes politiques, la radicalisation est « l’analyse des problèmes sociaux à la racine ». Il ajoute que des modes d’action visant davantage la confrontation y sont généralement associés. Au sein du mouvement étudiant, il y a eu une « radicalisation de l’analyse politique » d’après le professeur. Par exemple, les revendications initiales des étudiants-es concernaient la hausse des frais de scolarité du gouvernement libéral avant de muter vers la gratuité scolaire et une critique radicale du système.

Pourquoi il y a de la radicalisation ?

Selon Marc-André Cyr, chargé de cours en politique à l’UQÀM et chroniqueur des mouvements sociaux pour le site Voir, c’est dans la lutte qu’on comprend mieux le monde qui nous entoure ; c’est un cours de sciences politiques en accéléré, explique-t-il. Les étudiants-es et citoyens-nes, s’appropriant leur droit d’exister et de faire valoir leurs idéaux, ont leur propre vision du sens et du rôle de l’État, des autorités et du droit. Ils obtiennent une « conscience claire au-delà de la politique », croit Marc-André Cyr.

Quant à lui, Marcos Ancelovici signale que c’est à travers les luttes que les gens comprennent le rapport de force de l’État. Le professeur met particulièrement l’accent sur la répression policière comme fondement important de la radicalisation. Il explique que les forces de l’ordre répondent de façon arbitraire aux actes commis lors des démonstrations publiques, ce qui cause un sentiment d’injustice. Les gens discernent ainsi les intérêts privés de l’institution policière et n’ont pas l’impression qu’elle est réellement là pour le peuple.

L’espace médiatique

Les mouvements radicaux sont présentés dans les médias comme des groupes violents, considère Marc-André Cyr. Il ajoute que les actions directes sont difficiles à défendre dans l’espace médiatique et sont présentées comme des actes de vandalisme. « Les journalistes utilisent le langage policier », remarque-t-il également. Il considère cependant que la lutte n’a pas besoin de l’appui médiatique pour exister, qu’elle vit au-delà de celle-ci. L’opinion publique est fabriquée, tient à souligner le chroniqueur : le discours médiatique traite les évènements afin de faire ressortir uniquement les éléments souhaités.

Aux yeux de Marcos Ancelovici, les contestations sont toujours mal présentées. « On se trompe si on croit qu’un événement sans violence obtiendra une bonne couverture médiatique » dit-il. Toutefois, les démonstrations radicales suscitent une plus grande couverture médiatique, ce qui apporte une importante visibilité opportune aux mouvements. Il donne en exemple la manifestation altermondialiste de 1999 à Seattle, où la tactique Black Block fut utilisée pour la première fois avec envergure, faisant par la suite le tour de la planète.

Réappropriation des mouvements

« Le capitalisme se nourrit de tout ce qui le conteste », rappelle Marcos Ancelovici. Les gens utilisent les mouvements sociaux et luttes anticapitalistes à des fins de profit personnel. Il donne en exemple les chandails de Che Guevara portés en dehors du contexte révolutionnaire. Les mouvements et luttes sont pervertis et normalisés par cette marchandisation. Selon Marc-André Cyr, il y a toujours eu de la réappropriation afin de générer du capital mais il est certainement inévitable d’en faire la critique. « Le mouvement est assez fort pour y voir clair et sortir de la dérive commerciale » assure-il. Il dénote en outre que les opportunistes se retrouvent bien souvent victimes de leur récupération, comme Pauline Marois et son utilisation du carré rouge.

Le cycle de la radicalisation de l’analyse politique

Marcos Ancelovici croit qu’il faut sortir de la perspective à moyen terme dans les réflexions sur le radicalisme des mouvements sociaux. Il faut les comprendre dans leur contexte historique. La vitalité des mouvements fluctue et évolue à travers des cycles à durée variable. La radicalisation a un point de départ, un catalyseur. Elle est une des phases du cycle des mouvements sociaux, pas nécessairement la première. Elle est graduelle, précise-t-il, et est le produit de la lutte, en ce sens qu’elle suit souvent une phase d’intensification de la mobilisation.

Pour illustrer ce processus, le professeur attribue l’origine de la grève étudiante de 2012 aux contestations du Sommet des Amériques à Québec en 2001. S’ensuivit à l’époque une redynamisation des mouvements, au sein de la lutte pour l’égalité homme-femme, des revendications altermondialistes, et des groupes étudiants par exemple. C’est aussi durant cette période que l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (ASSÉ) fut créée, introduisant un fonctionnement horizontal et une démocratie directe dans leur organisation. Les militants et militantes de 2012, mobilisé-es par des valeurs antiautoritaires et anticapitalistes ainsi que par leur participation au Sommet des Amériques, se sont inspirés d’autres mouvements, notamment celui des Zapatistes au Mexique. Selon Marcos Ancelovici, à la suite de ces évènements, on a pu observer une transmission du savoir, une diffusion des tactiques et une expansion des réseaux militants.

Alors qu’il est difficile de prédire avec précision les conséquences qu’aura la radicalisation récente d’une frange de la population québécoise, Marc-André Cyr est d’avis que la gauche va récolter les fruits de cette nouvelle mobilisation dans les années à venir.


Crédit : Radiopiromania, Openclipart