Le Journal des Alternatives

Le Journal des Alternatives est un mensuel d’information internationale, nationale et culturelle publié par l’organisation. Il s’intéresse, depuis plus de 15 ans, aux grands enjeux qui bouleversent la planète et s’adresse à toutes les personnes qui ont soif d’information et entendent réfléchir sur le monde qui se fait.


50 nuances de vert : que sont les "emplois climatiques" ?

mardi 11 juin 2013, par Claude Généreux

Le titre de cet article emprunte à un autre (titre) désormais fameux. C’est que ça se bouscule aux portes afin de revendiquer et de faire reconnaître une teinte de vert. Il y a bien quelques climato-sceptiques qui errent encore ça et là, mais pour l’essentiel, notre société pense maintenant que le réchauffement de notre planète causé par notre propre activité est un fait bien réel.

Tout venant ou presque se dit maintenant motivé par la protection de la nature. On l’a entendu récemment : jusqu’à l’ex-maire de Laval qui se disait le protecteur du territoire vert de sa ville alors même que les châteaux de banlieue s’y construisaient ! Orwell aurait apprécié la "novlangue" de Vaillancourt.

C’est ainsi qu’on croise tantôt l’environnementaliste, le conservationiste, l’écologiste, l’écoentrepreneur, ou qu’on nous propose l’économie durable, il y a l’écologie urbaine, l’écosocialisme et autres vocables. Il y a le grain et il y a l’ivraie.

Voilà maintenant 20 ans on nous proposait à Rio une convention sur le climat, par la suite un processus politique a été mis en branle sous la gouverne de l’ONU. En un point donné nous avons eu l’accord de Kyoto. Pour la première fois nous nous disions qu’il fallait réduire notre production globale de gaz carbonique et autres émanations causant l’effet de serre de notre atmosphère. Cette réduction devant être de combien et par qui, en combien de temps ; là était et est encore le noeud du problème.

TOUT CE QUI BRILLE N’EST PAS D’OR

Une myriade de programmes locaux, municipaux, provinciaux, nationaux, continentaux ont alors été élaborés. La plupart de ces plans mettaient à contribution les travailleurs mais les syndicats n’étaient que rarement intégrés à ces démarches. Cela a donné comme résultat dans les années ’90 des programmes dans certains pays en voie de développement qui glorifiaient les pauvres qui fouillaient par nécessité absolue les décharges publiques d’ordures en les décrivant en tant que "travailleurs écologiques puisqu’ils contribuent au recyclage de la matière.". La notion de "travail vert" apparut. Comme dérive il est difficile de faire mieux !

Il fallait définir, encadrer le travail "vert". Il fallait nous battre, non pas contre l’objectif de la réduction de la production basée sur le carbone, mais contre les moyens et les solutions qui envisageaient d’exploiter encore plus les conditions de vie et de travail des ouvriers sous le maquillage de la couleur verte.

Les syndicats ouvriers ont fait face à ces défis de manière disparate et désordonnée dans un premier temps. Ils sont, par la suite, entré massivement dans le processus mondial de discussion et de négociation au travers des conférences de l’ONU notamment. La Confédération Syndicale Internationale (CSI), qui regroupe presque tout le mouvement ouvrier mondial maintenant, a fait et continue de faire à ce niveau un travail plus qu’honorable.

La CSI et ses affiliés ont développé et fait imposer notamment le concept de "travail décent" dans ces négociations internationales en vue de réduire nos émissions de carbone. Les "jobines" dans les décharges publiques, des salaires de misères, etc...non merci.

L’autre concept qui fut développé et défendu par la CSI dans ce processus est celui de "transition juste". Les travailleurs et les travailleuses ne doivent pas faire les frais de ces programmes. Ce fut arraché à la dure à Copenhague. La déclaration finale de la conférence y faisait maintenant référence. Mon syndicat m’y avait délégué, la FTQ y avait dépêché des délégués. La CSI avait compté jusqu’à 300 délégués actifs à cette conférence.

Les syndicats devenaient dorénavant incontournables dans la lutte aux changements climatiques.

ON NE NÉGOCIE PAS AVEC LA NATURE

Les syndicats sont efficaces à négocier les conditions de travail de leurs membres, mais ils savent qu’il n’y a pas place à la négociation avec la nature. On ne peut la convaincre, ni la ruser, la tromper, les rapports de force se retournent contre nous : notre activité collective réchauffe la nature. Il faut donc, non pas cesser nos activités, il faut cependant les transformer, en réduisant notre usage du carbone. C’est l’unique voie. Bon nombre de gouvernements et d’entrepreneurs croient aux subterfuges, cela peut nous tromper, mais pas la nature.

L’économie verte se pète les bretelles qu’on nettoie les berges des rivières, qu’on arrache les mauvaises herbes, qu’on reboise, etc... Tout cela est bien d’ailleurs. C’est l’économie verte avec des emplois verts. Mais cela ne fait pas reculer le réchauffement de la planète. Cela ne réduit pas notre usage du carbone sous ses formes diverses. Une Bourse du carbone ne fait que cela : utiliser, transiger le carbone à sa pleine mesure en vendant celui qu’on n’utilisera pas et que d’autres s’empresseront de consommer. Ça ne réduit pas l’émission de ces gaz.

Les "emplois climatiques" se définissent ainsi : ils contribuent à une diminution directe et réelle de l’émission de gaz à effet de serre. Ainsi tous les "emplois climatiques" sont verts, mais ce ne sont pas tous les emplois verts qui sont des emplois climatiques.

LES EMPLOIS CLIMATIQUES EN AFRIQUE DU SUD ET AILLEURS

La Confédération Sud-africaine des Travailleurs et des Travailleuses (COSATU) a lancé une campagne en vue de créer un million de ce type d’emplois climatiques. La jeunesse du pays connaît présentement un taux de chômage officiel de 53%. Personne ne réussit valablement là-bas à mobiliser cette jeunesse sur la question des changements climatiques ; et pour cause, ce que cette jeunesse veut c’est de travailler et de détenir de bons emplois.

Il y a des sujets d’intérêt qui se croisent et qui se recoupent et pour lesquels on pourrait lutter en commun. Lutter pour la construction de meilleurs et plus efficaces logements n’a pas à être l’apanage de groupes en lutte pour de meilleurs logements sociaux. Les syndicats aussi pourraient et devraient se ranger derrière de telles revendications.

Le transport, tant urbain qu’interurbain, est un autre exemple où la solution au problème du réchauffement ne consiste pas à cesser de voyager, mais plutôt de voyager autrement. Ceux et celles qui militent sur ces questions pourraient s’allier aux travailleurs pour faire valoir la conversion et une juste transition afin d’oeuvrer dans des usines capables de manufacturer des trains différents et qui ne relèvent pas de la science-fiction.

La compagnie Siemens opère déjà dans un vingtaine de localités en Allemagne un type de locomotives qui ressemble à s’en méprendre au moteur-roue de l’auto électrique. De plus, puisque les locomotives sont branchées sur le réseau électrique public, elles peuvent redistribuer sur celui-ci l’énergie cinétique produite dans les freinages et convertie en électricité qu’elle n’aura pas eu à utiliser. Cela réduit réellement l’usage du carbone et ne ménage en rien nos transports. Hydro-Québec en connaît un brin à propos de cette technologie.

Bombardier construit un monorail à Sao Paulo et même à Ryad qui réduira la consommation d’énergie par plus de 10% par passager. Bombardier, me semble qu’on connaît ça au Québec. Nous avons besoin d’un toute nouvelle politique industrielle du genre que COSATU propose en Afrique du Sud. Ce serait notre Plan Nord-Sud-Est-Ouest. Un autre développement est possible !


Claude Généreux siège au Conseil d’administration d’Alternatives


Nnimmo Bassey : « Si le Canada continue, l’Afrique sera complètement cuite. »

dimanche 9 juin 2013, par Karine Pontbriand

Attendu le 15 juin prochain à Montréal pour présenter une conférence dans le cadre du Festival des Solidarités, Nnimmo Bassey, activiste nigérian et récipiendaire du Prix Nobel alternatif, s’est entretenu avec le Journal des Alternatives. Portrait d’un grand homme, aux positions claires et aux visions optimistes.

Combattre les pétrolières

Le titre de la conférence que donnera Nnimmo Bassey au Canada représente bien son principal cheval de bataille : faire cesser l’extraction du pétrole. Ce combat, il le mène sans relâche depuis plus de 30 ans, ayant notamment créé l’association Oilwatch Africa (l’observatoire du pétrole en Afrique) en 1996. M. Bassey a donc grande hâte de se trouver au pays des sables bitumineux pour s’entretenir avec les Canadiens. « Le Canada est l’un des pays à l’avant-garde au niveau de l’extraction du pétrole. La population semble pourtant être concernée par les problèmes environnementaux, surtout à Montréal, mais malheureusement le gouvernement n’écoute pas ses demandes », affirme M. Bassey.

Ainsi, le problème émane selon lui de la classe politique, soumise aux puissantes compagnies pétrolières. « Depuis les années 1980, on a mis de l’avant la recherche du profit à tout prix au point d’en faire une religion, explique-t-il. Partout dans le monde, et surtout dans les pays développés, il importe d’avoir autant de capital que possible. Les gouvernements n’agissent que pour aider les multinationales. » Le Canada ne fait pas exception. Pire, il s’est même retiré du Protocole de Kyoto en 2011 et refuse de s’engager de façon contraignante à réduire ses émissions de GES, ce que déplore M. Bassey.

L’Afrique, une terre brûlée

Dans son plus récent livre To Cook a Continent : Destructive Extraction and Climate Crisis in Africa, paru en 2012, Nnimmo Bassey dénonce cette logique néolibérale du profit maximum. Pour lui, tout est lié : l’environnementaliste affirme que le système capitaliste mondial n’est pas viable dans sa forme actuelle, et qu’il est responsable de la détérioration de l’environnement. L’Afrique est particulièrement touchée par les changements climatiques, avec une hausse de température annuelle supérieure à celle du reste de la planète. « Si le Canada continue [à exploiter les sables bitumineux], l’Afrique sera complètement cuite ! », prédit-t-il.

C’est justement en Afrique que Nnimmo Bassey a mené sa plus importante lutte en 2005, au terme de laquelle il a obtenu une décision de la Cour constitutionnelle du Nigeria déclarant illégal le torchage de gaz. Plus récemment, en janvier 2013, une importante décision du tribunal de La Haye a condamné la filiale nigériane de la compagnie pétrolière Shell à verser des indemnités à des agriculteurs, en raison de fuites de pétrole dans le delta du Niger. Les plaignants ont été soutenus par l’organisation Les Amis de la Terre International, dont Nnimmo Bassey était le président.

Changer les mentalités

Afin de véhiculer son message, M. Bassey travaille présentement au sein de la Health of Mother Earth Foundation (HOMEF) pour conscientiser les citoyens du monde. La Home School (aussi nommée Sustainability Academy) consiste en un espace d’échanges et de partage de solutions. Pour M. Bassey, il s’agit de changer les mentalités : « Ce qu’il y a de plus difficile à faire évoluer, ce sont les perceptions », explique-t-il.

En allant à la rencontre des gens, la Home School tente de faire comprendre que la logique néolibérale à l’origine du problème ne peut tout simplement pas le régler, d’où l’importance de revoir notre conception de la vie dans son ensemble. « Nous devons changer notre mode de vie, c’est essentiel. Nous devons vivre en communauté, voyager moins tout en connectant avec d’autres et en partageant davantage les ressources », explique l’environnementaliste.

Si cette philosophie du « retour aux sources » fait son chemin chez quelques-uns, elle demeure toutefois difficile à propager. Sachant que ce sont les pays industrialisés qui consomment la grande majorité des ressources énergétiques mondiales, il n’est pas étonnant que Nnimmo Bassey s’en prenne à l’Occident. « Au Canada, mentionne-t-il, c’est particulièrement difficile pour la population d’abandonner ses habitudes de consommation. » À l’inverse, en Afrique, la consommation d’énergie par habitant représente moins de 10% de celle d’un nord-américain.

Au final, il importe selon Nnimmo Bassey que le Canada adapte ses pratiques économiques aux impératifs environnementaux. En clair : il doit mettre un terme à l’exploitation des sables bitumineux. « Le Canada doit arrêter ses émissions de gaz à effet de serre. Il faut cesser l’extraction du pétrole et laisser les ressources gazières dans le sol. Il faut arrêter avant de se rendre au bord du gouffre, car on s’y dirige et il sera trop tard. » C’est simple, si l’on refuse de s’adapter maintenant, il faudra éventuellement accepter la sombre réalité qui guette la Terre.


Voir en ligne : Le Festival des Solidarités aura lieu le 15 juin 2013, à l’Usine C, à Montréal. « Combattre les pétrolières », la conférence de Nnimmo Bassey se tiendra à 14h, au coût de 5$.


Crédit photo : Radio Nederland Wereldomroep - flickr


Responsabilité sociale : le défi des sociétés minières canadiennes

dimanche 9 juin 2013, par Laurence Dompierre-Major

Depuis quelques années, la responsabilité sociale des entreprises est devenue un enjeu majeur, voire un outil de compétitivité concernant la légitimité des compagnies. C’est d’autant plus vrai dans le secteur extractif. Les scandales environnementaux, les déplacements de populations, le manque de transparence ou encore la corruption font fréquemment les manchettes et ébranlent la réputation des compagnies minières.

Le Canada ne fait pas figure d’exception. En effet, il est sans aucun doute un des leaders mondiaux dans le secteur extractif. Ses actifs à l’étranger se chiffrent, selon les dernières statistiques de Ressources Canada, à plus de 146,6 milliards de dollars, répartis principalement en Amérique (États-Unis, Chili, Mexique, Argentine) et en Afrique (Afrique du Sud, République démocratique du Congo, Mauritanie, Zambie).

Le 9 mai dernier, l’Africa Progress Panel, présidé par Kofi Annan, a publié son rapport Équité et industries extractives en Afrique, pour une gestion au service de tous. On peut y lire que la République démocratique du Congo (RDC) aurait perdu des recettes évaluées à plus d’un milliard de dollars. Ce déficit serait dû à la sous-évaluation et à la vente d’actifs miniers des sociétés étrangères à leurs filiales, et ce en seulement cinq transactions. Pis encore, entre 2008 et 2010, ces pratiques de vente, qualifiées de criminelles par l’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Michel Camdessus, auraient coûté à l’Afrique environ 38,4 milliards de dollars. Cette somme constitue presque le double de ce que le continent reçoit annuellement en aide publique au développement.­­

Force est de constater que le continent africain est marqué par des asymétries et inégalités socio-économiques persistantes entre les pays et les régions. L’extraction des ressources naturelles est pourtant en pleine expansion depuis plusieurs années. Comment peut-on expliquer ce paradoxe ?

Une légitimité en crise

La responsabilité sociale des entreprises (RSE) est un concept qui se rattache au principe selon lequel une entreprise doit intégrer volontairement des préoccupations environnementales et sociales au sein de sa stratégie et de ses pratiques commerciales.

Sur le site du ministère des Affaires étrangères et Commerce international, le gouvernement du Canada affirme être un fervent défenseur de la RSE. Le ministère dit s’attendre à ce que toutes les compagnies canadiennes présentes à l’étranger respectent les lois et les normes internationales reconnues par l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ainsi, les entreprises canadiennes devraient agir de façon responsable et transparente sur les plans social et environnemental, et ce, en accord avec les collectivités locales et les gouvernements hôtes.

Au-delà de ces engagements en matière de RSE persiste cependant un problème de légitimité de ces entreprises privées.

Une politique étrangère qui manque de cohérence

Le Canada manque en effet de mécanismes pour rendre les compagnies minières imputables en cas de violations des lois, des obligations internationales ou des droits de la personne.

« Il y a une absence de traçabilité, d’imputabilité, si les projets de RSE ne sont pas ancrés dans des politiques publiques portées par des acteurs locaux et émanant de discussions qui impliquent les communautés et leur gouvernement », souligne Bonnie Campbell, professeure d’économie politique à l’UQAM et directrice du Groupe de recherche sur les activités minières en Afrique (GRAMA).

Il arrive parfois que les budgets de l’aide soient utilisés pour appuyer des politiques de RSE ou pour faire la promotion d’intérêts économiques canadiens. Dans ce genre de situation, « on est en train d’utiliser le budget de la coopération pour faire tout à fait autre chose que la promotion des stratégies et des politiques publiques de développement sur le long terme », commente Mme Campbell.

Ainsi, l’urgence se situe dans la clarification et la cohérence des différents instruments de politique étrangère du Canada. Il est de plus nécessaire d’assurer l’autonomie de ces instances dont la responsabilité est de promouvoir le développement.

Le Canada, toujours à la traîne

Déjà en 2007, les Tables rondes nationales sur la responsabilité sociale et l’industrie extractive minière dans les pays en développement avaient fait plusieurs recommandations à ce sujet. Des experts gouvernementaux et non gouvernementaux, des universitaires et des représentants de l’industrie s’étaient penchés notamment sur les questions d’imputabilité des compagnies et du gouvernement du Canada. Des mesures avaient été proposées : la mise en poste d’un ombudsman indépendant, la création d’un comité de contrôle de la conformité des entreprises aux normes de RSE, le retrait de l’appui du gouvernement canadien aux entreprises ayant manqué aux normes. Mais le Canada ne les a pas adoptés.

Parce que la RSE se fait toujours sur une base volontaire et parce que les normes internationales concernant l’industrie minière ne sont pas standardisées, la responsabilité des compagnies et celle des pouvoirs publics demeurent peu encadrées.

Il importe donc d’appliquer une législation et des normes plus précises, à la fois dans le pays d’origine et dans le pays d’accueil, pour s’assurer de l’application du principe d’imputabilité et de gestion transparente.

Un appel clair de la communauté internationale

Faisant suite à la Vision africaine des mines, un ensemble de recommandations adopté en 2009 par les dirigeants du continent, le rapport de la Commission économique de l’Afrique de décembre 2011 est un appel clair à un changement de paradigme.

« Cet appel fondamental implique l’introduction de politiques publiques pour permettre que le secteur extractif joue un rôle de catalyseur avec d’autres secteurs comme l’agriculture, les infrastructures, l’énergie, par exemple », soulève Mme Campbell. Selon elle, les compagnies privées ne peuvent pas se substituer aux États, elles doivent être complémentaires.

Pourtant, malgré ces signaux d’alarme, le Canada reste l’un des seuls pays où il n’y a pas de mécanismes définis pour tenir ses compagnies responsables de leurs actions à l’étranger.

Tant et aussi longtemps qu’il n’y aura pas un cadre législatif et juridique bien défini et transparent au Canada, la RSE ne restera qu’un principe permettant aux entreprises du secteur minier de tenter de gagner plus de légitimité, mais sans les conditions nécessaires pour assurer une véritable légitimité.

Les minières canadiennes ne sont pas les uniques responsables du manque de transparence, de la mauvaise gestion des ressources ou encore des conflits avec les communautés locales. Par contre, le Canada pourrait certainement faire partie de la solution. Des politiques publiques bien définies, avec une participation active de la population, ainsi qu’une responsabilisation commune des gouvernements hôtes et des compagnies extractives étrangères : voilà des conditions indispensables pour qu’un véritable projet économique, social et durable soit possible.


Crédit photo : Wikimedia Commons


Colombie : Pacific Rubiales Energy face à la résistance populaire

dimanche 9 juin 2013, par Thomas Scorticati

La compagnie pétrolière multinationale Pacific Rubiales Energy (PRE) est invitée à se présenter devant le tribunal populaire qui se tiendra le 13 juillet 2013 à Puerto Gaitan en Colombie. Le principal syndicat colombien du secteur pétrolier, Union Sindical Obrera (USO), accuse PRE de pratiques antisyndicales et de non-respect des droits humains et environnementaux, du droit d’association et du droit à la syndicalisation.

Du 13 juillet au 5 août, des journalistes, des professeurs universitaires, des défenseurs des droits humains et des membres de la société civile colombienne et canadienne se regrouperont pour dénoncer les abus de cette société pétrolière.

Quand les forces armées accentuent la brutalité économique

Selon un rapport du Projet Accompagnement Solidarité Colombie (PASC), 85 % des réfugiéEs internes et des syndicalistes assassinéEs proviennent de régions minières et pétrolifères. Le PASC a pour rôle d’accompagner les habitants des villages chassés par les entreprises extractives en Colombie. « Le passeport canadien est un outil de défense contre les paramilitaires, l’armée nationale ou même la police colombienne », confie Louis-Philippe de Grandpré, membre permanent du PASC et bachelier en science politique à l’UQAM. 

La Colombie se trouve en première place des populations déplacées par la force avec 5,6 millions de réfugiéEs internes sur les 26 millions de déplacéEs dans le monde d’après une enquête du Centre de surveillance des déplacements internes. La situation ne s’améliore pas avec le temps puisque le Programa somos defensores, un programme non gouvernemental de protection des défenses des droits humains en Colombie, dénonce une hausse de 49 % des agressions commises contre des défenseurs des droits de l’Homme de 2011 à 2012. Un chiffre alarmant qui se constate dans les faits. « Lors de mon séjour en Colombie avec le PASC, un réfugié m’a raconté que des paramilitaires sont venus dans son village pour couper la tête du leader, rapporte M. de Grandpré. Cela a pour but d’effrayer la population pour les faire fuir afin d’exploiter les ressources disponibles sous ce village. »

Les compagnies pétrolières et minières bafouent les droits sociaux des travailleurs colombiens. « L’entreprise Pacific Rubiales Energy, par exemple, fait appel à des sous-traitants pour des contrats de travail de 28 jours, constate le bachelier. Si jamais l’un des employés se rapproche d’un syndicat, le contrat ne sera pas renouvelé et il risque de se retrouver sur une liste noire partagée entre les compagnies », déchante-t-il. Cela peut expliquer le faible taux de 10 % de syndicalisés en Colombie.

Avec la complicité des autorités gouvernementales

Le président colombien, Juan Manuel Santos, ne serait pas étranger aux maux que connaît son pays. « Un des collègues du PASC a raconté qui lui est arrivé de voir un soldat en uniforme de l’armée colombienne la veille et de le revoir en uniforme paramilitaire le lendemain », dénonce M. de Grandpré. Selon Le Grand Soir et confirmé par le militant du PASC, la police colombienne et les groupes paramilitaires d’extrême droite pratiquent le « nettoyage social ». Ce procédé datant des années 1970 consiste à éliminer tous les indésirables de la société : prostituéEs, sans-abris, travestiEs, délinquantEs ou encore toxicomanes. Bien souvent, les sans-abris sont composés de réfugiéEs expulséEs de leurs villages par des compagnies d’extraction.

Les yeux fermés du Canada

Le gouvernement colombien n’est pas le seul responsable de cette situation d’injustice sociale. L’accord de libre-échange conclu en août 2011 entre la Colombie et le Canada supprime les droits de douane selon le site du ministère des Affaires étrangères du Canada. « Le Canada est le premier pays d’origine des investissements étrangers en Colombie », fait remarquer Ève-Marie Lacasse, membre du PASC, dans un communiqué de presse. « Pourtant, le gouvernement canadien reste silencieux concernant les droits humains », ajoute Louis-Philippe de Grandpré.
Amnistie Internationale a fortement invité Stephen Harper à discuter de la question des droits humains avec le gouvernement colombien lors de sa tournée des États en Amérique latine. Le gouvernement s’était engagé à publier un rapport annuel tous les 15 mai devant le parlement sur la situation des droits humains en Colombie. Alex Neve, président de la division canadienne d’Amnistie Internationale, souligne que les députés attendent toujours le rapport de l’an passé et que celui de cette année n’est pas encore arrivé.

Le tribunal populaire, le début d’une longue bataille

Pour le moment, le PASC travaille activement à mobiliser les représentants de syndicats et des personnalités d’une certaine notoriété du Québec et du Canada, à être présent à l’Audience qui se tiendra du 13 juillet au 5 août. Les représentants de la compagnie Pacific Rubiales Energy sont également invités.

Le tribunal populaire a pour rôle de créer un espace politique aboutissant à une réflexion sur l’impact de ces compagnies sur l’environnement et la population. Le PASC espère que le tribunal va alimenter les actions tant bien politiques que juridiques contre ces entreprises, source d’injustice sociale. Il faut que les gens parlent de cette assemblée afin de sensibiliser l’opinion publique colombienne, mais aussi canadienne, pays hôte des compagnies extractives. « En attendant, le Canada abrite 70 % des entreprises pétrolières et minières mondiales », rappelle Louis-Philippe de Grandpré.


Crédit photo : Louis-Philippe de Grandpré


Burkina Faso : L’or, un cadeau empoisonné ?

dimanche 9 juin 2013, par Geneviève Lavoie-Mathieu

Le 22 mars dernier, Talatou Boukari, représentant de la communauté d’Essakane, en collaboration avec l’organisation FIAN Pays-Bas était de passage à Wageningen pour faire connaître les effets néfastes de la compagnie minière canadienne IAMGOLD.

« Contrairement aux Canadiens, nous n’avons pas eu besoin d’un diplôme pour trouver l’or », a déclaré Talatou Boukari, président du conseil de développement du village d’Essakane, situé au Burkina Faso lors d’une conférence aux Pays-Bas.

Depuis plus de 25 ans, les travailleurs d’Essakane ont gagné leur pain en minant l’or de manière artisanale dans cette région. Mais à la suite de leur déplacement forcé pour faire place à la compagnie minière canadienne IAMGOLD, ils se voient maintenant refuser toute forme d’emploi.

« On a découvert l’or dans la région d’Essakane en 1985, a raconté le Burkinabé à l’Université de Wageningen. C’était une année de famine. L’or qu’on a découvert, c’était donc un cadeau de Dieu ».

En collaboration avec FIAN Pays-Bas, une organisation qui milite pour le droit à une alimentation adéquate, M. Boukari est venu parler de la situation critique à Essakane. C’était aussi l’occasion de présenter le nouveau film Prospérité sous terre, du réalisateur Ronnie Rodriguez en collaboration avec FIAN, qui raconte la lutte de cette communauté de près de 12 000 habitants contre le géant canadien IAMGOLD.

Favoriser le développement économique : à quel prix ?

Essakane est situé au nord-est du Burkina Faso dans la région aride du Sahel. Plus de 13 communautés y vivent, ce qui représente environ 2 600 foyers qui proviennent de différents groupes ethniques comme les Fulani, les Tuareg et les Sonraïs.

En 2003, à la suite d’une réforme des lois qui avait pour but de faciliter les investissements privés au pays, réforme adoptée sous le conseil de la Banque Mondiale, le Burkina Faso a vu sa production d’or monter en flèche. Entre 2007 et 2011, elle est passée de 5,5 tonnes à presque 33 tonnes extraites annuellement.

À partir du début des années 2000, IAMGOLD s’est vu octroyer plus de 10 000 hectares à Essakane pour l’exploitation industrielle de l’or, ce qui en fit le projet minier le plus important au pays.

Talatou Boukari a expliqué que l’arrivée de la minière canadienne a provoqué de grands bouleversements pour les quelque 13 000 habitants de cette communauté rurale. Le gouvernement a d’abord fait pression sur ceux-ci pour qu’ils acceptent d’être déplacés. Selon les dires de M. Boukari, IAMGOLD et le gouvernement leur ont promis de nouvelles terres, des maisons et des emplois ; bref, la promesse d’une vie meilleure. Mais cette promesse ne s’est jamais matérialisée, comme l’expose le documentaire.

Modes de vie chamboulés

La communauté est insatisfaite puisque maintenant les activités minières ont un impact grave sur leur mode de vie traditionnel. Les activités minières interfèrent avec les activités agricoles et de l’exploitation artisanale de l’or.

Les activités maraîchères ont également été relocalisées dans des zones moins fertiles. Ceci a eu pour résultat une baisse des dernières récoltes de sorghum, une céréale qui constitue l’un des aliments de base de cette région. Ces récoltes ont diminué de plus de 90 % explique Nikita Shahbazi de FIAN Pays-Bas, ce qui est loin d’être suffisant pour subvenir à leurs besoins.

L’accès à l’eau est aussi devenu problématique. Alors qu’auparavant la communauté disposait de plus de 2 000 puits artisanaux, la compagnie minière leur fournit maintenant un seul camion-tank d’eau potable par jour, ce qui ne comble pas tous les besoins.

Plusieurs craignent aussi les risques de contamination environnementale et par les métaux lourds comme c’est le cas en Bolivie ou aux Philippines. M. Boukari explique à cet effet que les employés de IAMGOLD ont dit aux éleveurs « que si leurs animaux broutaient dans les zones rapprochées de la mine, ils seraient contaminés et donc impropre à la consommation ».

Ce n’est pas tout : IAMGOLD planifie l’expansion de cette mine. Cela pourrait impliquer pour les habitants d’Essakane un autre déplacement prochain. Plus de 600 permis ont été octroyés depuis 2003, et il y a plus de quatre autres projets miniers en cours ou à venir d’ici 2014.

Justice et droits humains oubliés

Pour FIAN Pays-Bas, la manière dont IAMGOLD gère les opérations représente une importante brèche au niveau des droits humains, dont notamment celui du droit à une alimentation saine et adéquate, à l’accès à l’eau, à un logement, à un environnement sain, à l’éducation et à un emploi. Pour remédier à la situation, FIAN aide la communauté d’Essakane, en jouant un rôle d’observation et de surveillance dans les discussions en cours entre le gouvernement burkinabé et la compagnie IAMGOLD pour essayer de trouver un accord commun.

Plus de 90 % des revenus de l’or s’envolent vers le Canada, et bien que les communautés locales d’Essakane et des environs ne soient pas entièrement contre les opérations minières, elles demandent leur juste part des profits.


Crédit photo : Nikita Shahbazi de FIAN


Stop au viol collectif de l’Afrique

dimanche 9 juin 2013, par Nafi Alibert

Le livre To Cook a continent - destructive extraction and climate crisis in Africa propose une approche alternative de la situation africaine face à la mondialisation. De la traite de l’esclavage à l’extraction des ressources dont regorgent les sols africains, son auteur, Nnimmo Bassey, remet en cause les rapports qu’entretiennent les puissants du continent africain avec leurs confrères internationaux. On y (re)découvre comment l’exploitation des ressources naturelles par des compagnies étrangères, la destruction de l’environnement et les conflits sont intrinsèquement liés en Afrique.

Paru en 2012, To Cook a continent est le dernier livre de Nnimmo Bassey. Il est pour l’instant uniquement disponible en anglais.

Un esclavage qui ne dit pas son nom

Famine, sécheresse, génocide, pauvreté. L’Afrique est-elle un continent « maudit », condamné à la souffrance ? Cette question, Nnimmo Bassey l’aborde autrement. Sous un regard critique empreint de rationalité, il invite le lecteur à se demander : « Qu’a-t-on fait à l’Afrique pour qu’elle se retrouve dans cette situation ? »

Sa réponse, l’auteur la décline habillement au fil de huit chapitres où il démontre comment l’Afrique, dès le moment où elle a été frappée par le joug de l’esclavage, ne s’en est jamais défaite. Les colonisateurs européens, suivis de près par les néocolonisateurs occidentaux et asiatiques, n’ont fait que remplacer les boulets et les chaînes des esclaves des siècles passés par de puissants rouages qui continuent d’entraver le développement du continent.

« The debt trap has been another effective means of keeping the raw materials marching northward. […] Efforts to keep up with the demands and to free debtor nations can superficially be compared to a dog chasing its own tail – but it would be more apt to compare this to a new form of slavery, where the slave actually believes that he is free. »

Mais loin de tomber dans une vision idéaliste et romantique du continent, l’auteur accuse tant les acteurs internes, qu’ils soient chefs d’État élus démocratiquement ou dictateurs, que les forces externes d’avoir cautionné la perpétuation de rapports Nord-Sud asymétriques et instrumentalisés au détriment de l’Afrique.

Un continent saigné à blanc

Cette Histoire d’une Afrique pillée et meurtrie, victime de la convoitise des puissances étrangères depuis des siècles, Nnimmo Bassey la réactualise en se focalisant sur le dernier maillon des relations néocoloniales : les compagnies minières. Sous une plume acérée, il expose les conséquences des extractions sur le plan social et environnemental pour les populations vulnérables. De pays en pays, les cas choisis pour illustrer l’organisation d’un système politique et financier qui gangrène l’Afrique font écho à ceux exposés dans le livre Noir Canada d’Alain Deneault.

« The Congolese resource wars have sometimes been characterised as a civil war, of rebel groups fighting because of ethnic cleav­ages, but the fact is that the conflicts have been orchestrated by greed for her rich resources. »

L’implication de compagnies minières dans les conflits qui sévissent dans la région des Grands Lacs. La torture dans les mines de diamants au Zimbabwe. L’assassinat de mineurs enterrés vifs en Tanzanie. Les expropriations au Libéria. La destruction de l’environnement dans le Delta du Niger. Ce sont autant d’exemples éloquents de crimes impunis directement liés au pillage des ressources naturelles du continent africain. Et ce sont toujours les mêmes compagnies dont le nom revient de façon récurrente dès que l’on aborde cette problématique : Barrick Gold, Shell, ArcelorMittal, Mobil, etc.

Sauf qu’ici, ce dont Nnimmo Bassey parle, il l’a vu, il l’a expérimenté. Si l’ouvrage regorge d’analyses, de données et de références à des auteurs du monde entier, il laisse aussi la place au récit de voyage. Le lecteur accompagne cet activiste nigérian dans ses enquêtes au cœur de cette Afrique dévastée. C’est dans un langage imagé qu’il nous raconte ses récits, comme sa visite des champs pétroliers à Oben au Nigéria, ou encore son périple à travers la Guinée et le Mali pour rejoindre Kono, une région diamantifère de la Sierra Leone.

« The drive from Freetown to Kono was smooth until we got to a point where the road ceased to exist in the usual sense […] the scars of war are visible as many houses remain without roofs. »
 

Troquer la finance contre l’écologie

L’Histoire est toujours écrite par les vainqueurs. La réalité de cet adage continue de faire taire les formes de résistances qui germent en Afrique.

« There was never a time when Africa was plundered without some form of resistance. Official reactions to resistance continue to follow the same track : criminalisation and annihilation. »

Pourtant, cette critique engagée de la crise socio-environnementale que traverse l’Afrique ne se contente pas de dénoncer les fausses promesses, mais appelle à l’action. À l’instar du combat mené par les peuples autochtones en Amérique du Nord, les militants africains devraient valoriser une forme d’activisme qui défendrait la souveraineté des peuples sur leurs ressources. En outre, l’auteur défend l’idée d’une nouvelle forme de démocratie organisée autour de mécanismes alternatifs où les droits de mère Nature seraient reconnus.

« The climate debt is also about taking actions needed to restore the natural cycles of Mother Earth and one clear way of achieving this will be through the proclamation of a Universal Declaration on the Rights of Mother Earth, with clear obligations for humans. »
 

En d’autres termes, au lieu de privilégier les logiques économique et financière, il s’agit de recentrer les aspects sociaux et environnementaux au cœur de nos préoccupations. Les pays africains ne passeraient-ils pas alors du statut de pays financièrement endettés à celui de pays créditeur, si l’on envisageait la dette sous l’angle des cicatrices laissées dans les sous-sols et dans les sociétés africaines ?

« We will connect the drive for mindless extraction to the tightening noose of odious debt repayment and we will demand a fresh look at the accounting books, asking when environmental costs and other externalities are included : who really owes what to whom ? Isn’t Africa the creditor of the world, if we take seriously the North’s ‘ecological debt’ to the South ? »


Voir en ligne : Le Festival des Solidarités aura lieu le 15 juin 2013, à l’Usine C, à Montréal. « Combattre les pétrolières », la conférence de Nnimmo Bassey se tiendra à 14h, au coût de 5$.


Nnimmo Bassey. 2012. To Cook a continent - destructive extraction and climate crisis in Africa. Pambazuka Press.

Crédit photo : Pambazuka Press


La résistance à l’extractivisme passe par la solidarité

dimanche 9 juin 2013, par Jacinthe Leblanc

C’est le 15 juin prochain qu’Alternatives présentera l’édition 2013 du Festival des Solidarités. La formule demeure la même que l’année dernière, et les invités de cette édition impressionnent par leur implication dans le milieu social et environnemental. Sous le thème de l’extraction des ressources, le Festival accueillera comme personnalités internationales Nnimmo Bassey (Nigeria), Carlos Torres (Chili) et David Peirera (Salvador). Le Journal des Alternatives a rencontré Roger Rashi, coordonnateur des campagnes et responsable de l’organisation du Festival.

Journal des Alternatives (JdA) : Pourquoi avoir choisi le thème de l’extraction des ressources ?

Roger Rashi (RR) : À cause de la multiplication de protestations dans le monde contre les méfaits des minières canadiennes. Et non seulement en Afrique et en Amérique latine, mais aussi en Europe ! En Grèce, dans la région de Thessalonique, dans le nord de la Grèce, la compagnie minière canadienne Eldorado Gold s’est récemment mise à dos toute la population locale. Étant donné ces protestations qui n’en finissent pas, étant donné la protection que le gouvernement canadien offre aux minières canadiennes, nous avons décidé que cette année, il fallait absolument en parler.

JdA : Est-ce que les compagnies minières canadiennes causent souvent des problèmes ?

RR : En fait, la grande spécialité des compagnies minières canadiennes, c’est l’exploration aurifère. Et comme le prix de l’or a beaucoup augmenté depuis cinq ou six ans, elles se sont vraiment étendues à travers le monde. Elles sont très agressives, en particulier contre les populations locales. Souvent, elles corrompent les gouvernements centraux et même locaux, et elles s’adjugent d’incroyables avantages de cette façon-là.

Ce que nous avons découvert, c’est que le gouvernement canadien met de plus en plus ses services gouvernementaux à l’appui des minières canadiennes. Il est même allé jusqu’à redéfinir la mission de la coopération internationale canadienne pour faire de l’ACDI [Agence canadienne de développement international] une succursale des minières canadiennes au niveau de l’aide étrangère. Le Canada est devenu un expert dans le domaine de la division internationale du travail dans la mondialisation que l’on connaît, la mondialisation commerciale capitaliste.

JdA : Et quel lien peut-on faire avec la mission d’Alternatives ?

RR : Comme Alternatives se définit comme une organisation altermondialiste qui lutte pour la justice sociale ici et dans le monde, il nous incombe d’une certaine façon de faire connaître les luttes qui sont menées en Amérique latine, en Afrique ou en Europe contre les minières canadiennes, ainsi que d’appuyer les mouvements de solidarité qui existent ici. Parce qu’il en existe plusieurs.

Il y a l’organisation Mining Watch, très connue au Canada. Il y a des organisations équivalentes au Québec : le CDHAL [Comité pour les droits humains en Amérique latine] sur l’Amérique du Sud, JUSTE [Justice transnationales extractives] par rapport aux méfaits des minières canadiennes, et plusieurs autres.

De plus en plus d’organismes qui s’occupent de la coopération internationale avec l’Amérique latine ajoutent à leurs actions l’appui aux populations locales aux prises avec les minières canadiennes. Nous nous sommes dit que, puisque c’était devenu un élément important de notre travail international, qu’il fallait le souligner et avertir le public québécois de l’importance de cette question.

JdA : La formule du Festival est-elle différente de celle de l’année passée ?

RR : Non, je dirais que c’est la même formule, la même idée. Ce sont des thèmes internationaux et des thèmes locaux qui s’appuient les uns les autres. Cette année, avec le thème des minières et de l’extractivisme, on touche à l’exploitation pétrolière et minière faite par des compagnies canadiennes à l’étranger, de même qu’à l’exploitation pétrolière et minière qu’elles font chez nous.

La seule différence cette année, c’est l’endroit. En 2012, nous avons tenu le Festival à l’école Le Plateau. Cette année, nous avons choisi un lieu plus urbain, l’Usine C, où l’amphithéâtre et les salles où il y aura des ateliers et des conférences sont un peu plus confortables.

JdA : Pourriez-vous nous parler un peu de la programmation et des invités ?

RR : Nous aurons quelques invités de marque. Le premier, Nnimmo Bassey, est un environnementaliste nigérien très connu en Europe et en Afrique. Il s’est fait connaître pour son opposition à la pétrolière Shell au Nigéria, ce qui l’a mené à fonder un l’organisme Oil Watch International (OWI), dont il est encore le directeur général. OWI est un observatoire sur les compagnies pétrolières au niveau international qui se penche particulièrement sur le cas de l’Afrique. Nnimmo Bassey a gagné deux prix très importants : un prix Nobel alternatif en 2010 et le prix Rafto, qui est un prix européen donné à ceux qui se sont distingués dans le domaine environnemental.

Il y a aussi Carlos Torres, un militant chilien qui travaille beaucoup sur la question de minières canadiennes en Amérique latine et qui œuvre avec des mouvements liés à l’organisation des communautés affectées par ces minières. Ce sont les deux principaux invités internationaux que nous avons.

Il y aura aussi beaucoup d’invités importants venant de chez nous. Il y aura Patrick Bonin de Greenpeace, qui est le coordonnateur de la campagne Énergie et climat et qui s’occupe, entre autres, de la question des pipelines qui passeront bientôt à travers le Québec. Il y aura les organisatrices d’Idle No More Québec, Widia Larivière et Melissa Mollen Dupuis, qui vont se joindre à nous et participer à plusieurs ateliers. Il y aura l’organisatrice et certains membres d’une nouvelle coalition, la Coalition vigilance oléoducs (CoVO), mise sur pied par des citoyens et citoyennes des Laurentides qui s’opposent à l’inversion du pipeline d’Enbridge.

La première conférence du matin sera animée par Gabriel Nadeau-Dubois, l’ancien porte-parole de la CLASSE lors de la grève étudiante de 2012. Et la conférence d’après-midi, celle de Nnimmo Bassey, sera animée par Dominic Champagne, le metteur en scène et environnementaliste très connu au Québec. Finalement, en soirée, il y aura à partir de dix-huit heures un spectacle musical qui mettra en scène l’excellent groupe Sunrise and Good People.


Le Festival des Solidarités a lieu à l’Usine C, au 1345 avenue Lalonde (Montréal), le samedi 15 juin de 10 h à 20 h. Inscrivez-vous à la conférence de Nnimmo Bassey.


Voir en ligne : Consulter la programmation complète du Festival des Solidarités,