Le Journal des Alternatives

Le Journal des Alternatives est un mensuel d’information internationale, nationale et culturelle publié par l’organisation. Il s’intéresse, depuis plus de 15 ans, aux grands enjeux qui bouleversent la planète et s’adresse à toutes les personnes qui ont soif d’information et entendent réfléchir sur le monde qui se fait.


Résilience et mobilisation

jeudi 30 juin 2011, par Michel LAMBERT

Une journaliste qui m’interviewait récemment sur l’appui d’Alternatives au projet de Bateau canadien pour Gaza me faisait remarquer qu’ils sont plusieurs dans sa profession à noter l’impressionnante résilience d’Alternatives devant les 1001 attaques que l’organisation a du subir dans les dernières années.

Bien que je fusse à ce moment surpris de l’entendre de sa part, à bien y penser, elle avait raison. Depuis le 23 janvier 2006, date où le parti de Steven Harper a pu pour la première fois prendre la barre gouvernementale à Ottawa, Alternatives a du subir plusieurs coupures importantes de programmes au point où aujourd’hui, ce sont au total près de 90% de nos financements fédéraux qui ont été lessivés.

Si certaines de ces coupures furent d’une certaine façon « circonstancielles » avec de multiples réaménagements au sein même de l’Agence canadienne de développement international (ACDI) qui était notre principal partenaire canadien, Alternatives fut aussi au nombre des quelques groupes directement ciblés par le gouvernement dans ce qu’il convient aujourd’hui d’appeler le réalignement de la position canadienne en appui total à la politique d’occupation des palestiniens par Israel. Kairos, Alternatives, le Conseil Canadien pour la coopération internationale et plusieurs autres furent nommément attaqués par certains médias forcément à droite sur la base de leurs positions politiques, et conséquemment, coupés de nouveau par l’ACDI. Coupés sur la Palestine, mais aussi sur le Congo, le Honduras, l’Afrique, l’Asie etc… Davantage, on est allé jusqu’à retirer tout financement aux organisations canadiennes pour leur travail d’éducation et d’engagement ici au Canada ! C’est la loi du bâillon !

Plus récemment, alors qu’une nouvelle vague de « commentateurs » réclamaient dans les « Suns » la fin de toute contribution fédérale à Alternatives pour son appui au Projet de Bateau pour Gaza, une nouvelle attaque, légale cette fois, et dirigée vers fédération Alternatives International, venait s’ajouter à notre lot quotidien d’offensives. Ce n’est sans doute pas la dernière que nous verrons.

Et pourtant, comme le disait cette journaliste, Alternatives est toujours là. Et clairement, les choix que nous avons faits dans le contexte furent les meilleurs.

Deux facteurs expliquent en large partie cette situation.

D’abord les gens,… vous !

Dans les 12 premiers mois qui ont suivi la date à laquelle le National Post (étrangement tout de même que les nouvelles n’arrivent jamais par l’ACDI elle-même…) confirmait les dernières importantes coupures à l’organisation, c’était en décembre 2009, le nombre de membres de l’organisation fut multiplié par 5. Depuis, ce dernier total fut encore multiplié par deux ! Cette nouvelle famille en expansion constante est de plus très active avec d’importantes participations aux diverses campagnes lancées par Alternatives et ses partenaires dans les derniers mois pour dénoncer les choix de l’actuel gouvernement canadien. Tant au niveau des enjeux d’ici que de notre droit de défendre les droits de ceux et celles qui sont brimés ailleurs, souvent avec la triste collaboration de notre gouvernement, vous avez été des centaines à activement vous impliquer. Et nous savons que nous serons des milliers sous peu.


La pertinence de l’action

Nous comprenons bien évidemment de cette implication que ce sont d’une part les valeurs de l’organisation que vous souhaitez défendre. D’autre part, ce sont les gestes auxquels Alternatives, Alternatives International et nos partenaires et alliés vous invitent qui mobilisent. L’exemple du soutien d’Alternatives International au Bateau pour Gaza démontre clairement de la nécessité et de la possibilité de mettre de l’avant des projets citoyens qui peuvent changer les choses.

Dans les prochains mois et les prochaines années, Alternatives visera à demeurer tout aussi pertinent dans son action en faveur des droits, ailleurs et ici. Nous serons parfois initiateurs et souvent associés à plusieurs nouvelles campagnes qui viseront rien de moins que de provoquer un changement et de soutenir les forces citoyennes en action ici et ailleurs. Et vous serez conviés à chacun de ces rendez-vous !

Les Journées alternatives 2011

Parlant rendez-vous à ne pas manquer, Alternatives tiens ces 17e Journées alternatives les 19, 20 et 21 août sur le site enchanteur du Camp Papillon dans Lanaudière et sous le thème « À l’heure des révolutions face au néolibéralisme ». En référence au printemps arabe qui a marqué le début de la présente année, ce thème cherche à souligner les nouveaux développements dans la résistance au néolibéralisme. De plus, nous viseront ensemble à réfléchir à la tenue d’un processus majeur qui aurait pour impact de réunir des dizaines de milliers de militants progressistes et de citoyens canadiens, québécois et autochtones pour changer les choses. Il nous faut développer cette opposition extraparlementaire nécessaire pour appuyer les progressistes à Ottawa, pour contrer les politiques du gouvernement Harper et surtout pour proposer NOTRE vision de la société et du monde.


Les Journées alternatives 2011, Un rendez-vous à ne pas manquer
Inscrivez-vous maintenant !

Les Journées alternatives vous proposent de plus un menu de plus de 15 ateliers et deux spectacles gratuits en plein air !!


Gaz de schiste : un moratoire exigé

jeudi 30 juin 2011, par Joanie Robichaud

Marcher pour permettre aux prochaines générations d’éviter le pire : c’est le but que se sont donné les bénévoles du Moratoire d’une génération, qui ont décidé de marcher les quelque 600 km séparant Rimouski de Montréal afin de démontrer au gouvernement le besoin d’imposer un moratoire sur l’exploitation du gaz de schiste et des énergies sales au Québec.

Ils sont partis de Rimouski le 16 mai et sont arrivés au centre-ville de Montréal le 18 juin dernier alors que des milliers de personnes s’étaient réunies pour appuyer leur cause : un moratoire sur le gaz de schiste. Ce rassemblement, appelé pour l’occasion « Un vrai moratoire : on va l’avoir ! », s’est d’abord massé devant les bureaux d’Hydro-Québec avant de se diriger vers le bureau du premier ministre Jean Charest.

Sébastien Rioux, relationniste bénévole pour Moratoire d’une génération, explique : « notre objectif tout au long de la marche était de rassembler les gens pour leur montrer les dangers du gaz de schiste et les sensibiliser tout au long du parcours de ville en ville, tout en écoutant ceux qui sont déjà touchés par l’exploration ». Toutefois, certains citoyens sont très bien informés, surtout ceux qui sont touchés par les installations, soutient M. Rioux. « À Saint-Grégoire (à la hauteur de Trois-Rivières), une dame qui habitait à 100 mètres du puits no 2 de Junex était très au courant des dangers du gaz de schiste parce qu’elle était allée chercher des renseignements », raconte celui qui s’est joint à la marche en plus de répondre aux médias. « Même des enfants sont présents, ajoute-t-il, et ils sont au courant que le gaz de schiste est mauvais et qu’on va polluer. »

Le sujet n’est pas inconnu. Voilà plusieurs mois déjà que des débats font rage quant à savoir si le Québec exploitera concrètement ce type d’énergie. Bien que l’utilisation du gaz de schiste en soi fasse grincer des dents les écologistes, c’est surtout la technique employée qui suscite l’inquiétude du public. En effet, la fracturation hydraulique, qui consiste à envoyer de l’eau mélangée à des produits chimiques sous haute pression dans le sol afin d’en dégager les gaz qu’il contient, est de plus en plus controversée.

En traversant 33 villages à pieds pour contester contre l’exploitation du gaz de schiste, les bénévoles du mouvement Moratoire d’une génération veulent démontrer leur mécontentement par rapport à l’avenir énergétique du Québec. Si la marche n’a pas suffisamment attiré l’attention du gouvernement, Sébastien Rioux est clair : il pourra y avoir de la désobéissance civile. « S’il y avait désobéissance civile, ce ne serait pas par le biais d’actions violentes puisque Moratoire d’une génération a une charte très pointue sur la violence », a affirmé M. Rioux. Des sit-in ou des blocages de route sont les exemples qu’il a nommés afin d’illustrer les actions qui pourraient être prises par les citoyens contre l’exploitation du gaz de schiste.

L’exploration du gaz de schiste a commencé dans les années 1970, mais ce n’est que dans les années 1990 que les techniques permettant de le commercialiser ont vu le jour. Le Texas est le premier endroit où l’exploitation du gaz de schiste a eu lieu. Le gaz exploité au Texas diffère de celui du Québec en raison de sa composition. Au Québec, le shale (ou schiste) d’Utica est celui qui est exploité. Toutefois, la méthode utilisée demeure la même. Et elle n’est pas sans opposition.

Une mobilisation contre l’exploitation

De plus en plus de groupes citoyens s’unissent afin de militer contre cette exploitation. Moratoire d’une génération en fait partie. Leur but ? Demander au gouvernement d’établir un moratoire d’une génération, soit vingt ans. Leur idée s’inspire des techniques amérindiennes, explique Sébastien Rioux, qui eux prenaient 150 ans, soit sept générations, avant de prendre une décision de cette ampleur afin de bien évaluer les conséquences de leurs actions. M. Rioux poursuit en expliquant qu’il vaut mieux prendre le temps d’exploiter des énergies renouvelables plutôt que de se réveiller avec des problèmes. D’ailleurs, Moratoire d’une génération se pose la même question que le grand public : pourquoi agir si vite ?

En effet, depuis la médiatisation du sujet, le gouvernement semble de plus en plus pressé d’agir, même si ce dernier tente de rassurer la population quant aux actions entreprises. Pierre Batellier, coordonnateur à la direction du développement durable aux HEC de Montréal, était présent à la manifestation du 18 juin dernier en tant que membre du mouvement citoyen Mobilisation gaz de schiste des habitants de Saint-Marc-sur-Richelieu et de la vallée du Saint-Laurent. Il s’inquiète de la vitesse à laquelle on octroie des permis aux compagnies pour explorer. Il rappelle qu’au Québec, il n’y a pas d’urgence d’agir quant à l’exploitation du gaz de schiste.

Ces mouvements citoyens se sont mis en place à la suite du rapport du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) de mars dernier qui donnait raison au gouvernement de ne pas imposer ledit moratoire.
Dans son rapport, le BAPE suggère de poursuivre l’exploitation du gaz de schiste, mais en interdisant la fracturation hydraulique, sauf pour des recherches scientifiques, et ce, jusqu’à ce qu’une évaluation environnementale stratégique (EES) soit faite de la part du gouvernement. Or, les groupes écologistes demandent l’interdiction complète de cette technique puisque les véritables dangers en découleraient.

Dans les arguments amenés contre la fracturation hydraulique, il y a les dangers potentiels que représente cette technique pour les nappes phréatiques. Une étude américaine publiée en avril 2011 se concentrant sur l’exploitation du gaz de schiste dans l’état de la Pennsylvanie et l’état de New York fait un rapprochement entre le taux de méthane très élevé dans 85 % des nappes phréatiques à proximité des sites d’exploitation de gaz naturel. En plus des nappes phréatiques, les groupes environnementaux dénoncent l’utilisation de l’eau douce, qui constitue 95 % du mélange qui sert à fracturer les roches souterraines, malgré le fait que les compagnies affirment pouvoir réutiliser l’eau contaminée.

Au Québec, l’exploitation du gaz de schiste par fracturation hydraulique se ferait surtout entre les villes de Québec et de Montréal, dans les basses terres du Saint-Laurent, à proximité du fleuve du même nom. Les régions les plus touchées par ces travaux seraient la Montérégie, le Centre-du-Québec et Chaudière-Appalaches. Les complications liées à la fracturation hydraulique sont encore méconnues, ce qui rend les conséquences impossibles à prévoir, notamment pour les agriculteurs. Une chance à prendre, en quelque sorte.

« La fracturation hydraulique est un problème majeur, mais les problèmes de surface sont également à surveiller », explique Pierre Batellier. « Sur une dizaine d’années, il y aura peut-être 30 ou 40 puits de forage. Et puis, les camions qui vont voyager. Sans mentionner les litres d’eau contaminée. » L’expert en développement durable s’inquiète également des conséquences socioéconomiques, qui n’ont pas encore été étudiées. « Ce n’est pas vrai que ça n’aura pas d’impact sur la société. Qu’en est-il des écoles à proximité ? » Ironiquement, la majorité des terres visées par les compagnies détentrices de permis d’exploitation sont des terres agricoles. Devrait-on promouvoir une économie aux dépens qu’une autre ? Le débat n’est pas terminé.

Oppositions ailleurs dans le monde

À la fin du mois de mai dernier, des tremblements de terre sont survenus à Blackpool dans le nord-ouest de l’Angleterre, ce que des experts ont relié à la fracturation hydraulique utilisée par la compagnie Cuadrilla Ressources. La compagnie a aussitôt dû cesser ses activités et une enquête a été réalisée. Malgré tout, le gouvernement britannique n’a pas imposé de moratoire sur l’utilisation de cette méthode d’extraction.

Il s’agit là d’une position contraire à son voisin du sud, la France, qui au début du mois de mai dernier a interdit la fracturation hydraulique pour explorer et exploiter les sites de gaz de schiste. Le pays a ainsi réagi aux plaintes des environnementalistes qui dénonçaient ce type d’énergie. Si la fracturation hydraulique a été bannie, l’exploitation du gaz de schiste pourrait éventuellement se faire à l’aide d’une autre méthode.

Aux États-Unis, la fracturation hydraulique est légale et utilisée depuis plusieurs années dans de nombreux états, dont la Pennsylvanie, New York, le Colorado et le Texas. La méthode n’en est pas moins controversée et a inspiré des cinéastes comme Josh Fox, qui a réalisé le documentaire Gasland qui tente de démontrer les effets négatifs de la fracturation hydraulique aux États-Unis, notamment pour la santé des gens qui vivent à proximité des installations. Qui plus est, les législations étasuniennes sur l’environnement ne tiennent pas compte du gaz naturel. En 2005, le Congrès des États-Unis a modifié le Safe Drinking Water Act (la loi sur la salubrité de l’eau potable, mise en 1974) afin d’y exclure la fracturation hydraulique, ce qui signifie que malgré le fait que cette technique pollue l’eau potable, elle n’est pas légiférée.

Aux États-Unis, le citoyen est propriétaire du sous-sol où il habite. Les compagnies minières doivent donc négocier avec les gens afin de pouvoir extraire des ressources sur leur terrain. Josh Fox a eu l’idée de son documentaire en recevant une lettre d’une compagnie qui lui proposait 100 000 dollars en échange des droits de forage sur sa propriété.

Au Québec

Au Québec, l’État est propriétaire du sous-sol, surtout puisque les particuliers n’ont pas les moyens d’exploiter les ressources. « Les réglementations se font attendre. Le rapport du BAPE et les études environnementales stratégiques (EES), c’est de la poudre aux yeux. Ils se questionnent sur comment encadrer l’exploitation plutôt que se demander si on en a vraiment besoin », affirme Sébastien Rioux en parlant des interventions de l’État à ce sujet. « Un moratoire est donc nécessaire, soutient Pierre Batellier, pour prendre une décision dans un contexte sain et serein. De plus, explique M. Batellier, le gaz de schiste, dans le contexte québécois, n’est pas une énergie durable, surtout parce que l’exploitation se ferait dans des zones habitées. »

Il y a donc un manque de communication entre les responsables gouvernementaux et la population qui elle, s’inquiète de plus en plus. « Tant que le gouvernement ne voudra pas réagir, la population va avoir l’impression de ne pas être écoutée, » conclut Sébastien Rioux.


Bateau pour Gaza : Un espoir pour les Palestiniens

mercredi 29 juin 2011, par Carole Boucher

Dans quelques jours, après des mois de préparation, le Bateau canadien pour Gaza devrait arriver à bon port. Geste de solidarité et de sensibilisation avant tout, le bateau transporte tout de même des médicaments qui seront remis à la population de Gaza. (INTRO devrait changer vers le 30 juin)

La délégation canadienne, qui compte cinq Québécois, a aussi accepté quelques délégués d’Australie, de la Belgique et du Danemark. En tout, une quarantaine de personnes de toutes origines et religions ont pris la mer avec le Tahrir, liberté en arabe, afin de briser le blocus qu’Israël exerce sur la bande de Gaza. Les délégués du Québec sont Marie-Ève Rancourt de la Ligue des droits et libertés, Manon Masse de Québec solidaire, Bachar Elsoh de la Fédération des Canadiens musulmans, Santiago Bertolino, documentariste, et Stéphan Corriveau, un des organisateurs du projet du Bateau canadien pour Gaza.

Tous contre le blocus

Véritable prison à ciel ouvert, cette partie de la Palestine, où vivent 1,5 million de personnes, a vu ses frontières se fermer il y a maintenant cinq ans, empêchant le déplacement des personnes et des biens. Même la mer qui borde la bande de Gaza n’est pas accessible aux Palestiniens. Ils y pêchent à leurs risques et périls. Plusieurs organismes internationaux comme le Comité international de la Croix-Rouge font appel à la levée du blocus qui « cause d’immenses dommages à tous les secteurs de l’activité économique et des services de santé. »

Dans une récente lettre, 46 organisations palestiniennes demandaient l’appui des citoyens du monde entier afin de mettre fin « à ce blocus, mortel et médiéval ». Elles mentionnaient que « l’intervention de la société civile a été efficace à la fin des années 1980 contre le régime d’apartheid en Afrique du Sud. Nelson Mandela et l’archevêque Desmond Tutu ont, non seulement, décrit le contrôle oppressif et violent des Palestiniens par Israël comme de l’apartheid, mais ils se sont également joints à cet appel à la société civile du monde entier à intervenir à nouveau. »

Le bateau canadien pour Gaza, le Tahrir, fait partie de la Flottille de la liberté II. Une dizaine d’autres pays y participent, dont les États-Unis, la Grande-Bretagne et la France. Tous les bateaux sont des initiatives de la société civile et, tout comme ici, l’argent nécessaire pour leur achat et leur affrètement a été recueilli par des dons de la population et d’organismes communautaires et syndicaux. Pour tout le Canada, ce sont près de 400 000 $ qui auront été amassés à coup de 20 $, 50 $ ou 100 $. Alternatives international a joué le rôle de fiduciaire pour gérer l’argent du projet.

La liste des personnalités et organismes du Québec qui appuient le projet est impressionnante et diversifiée. Warren Allmand, Gil Courtemanche, Ellen Gabriel, Amir Kadir et Raymond Gravel comptent parmi les centaines de personnes qui demandent la fin du blocus par Israël. Quatre femmes prix Nobel de la paix ont aussi uni leur voix pour la cause : l’Irlandaise Mairead Corrigan Maguire, Rigoberta Menchu Tum du Guatemala, l’Américaine Jody Williams et l’Iranienne Shirin Ebadi.

Une action pacifique

« Nous espérons nous rendre à Gaza, où la population nous attend, affirmait Stéphan Corriveau juste avant le départ. Nous n’avons cependant aucune illusion, le voyage sera difficile. L’expérience du Mavi Marmara, l’an passé, au cours de laquelle neuf personnes ont été tuées par l’armée israélienne, nous a démontré qu’Israël est prêt à tout pour empêcher les bateaux d’arriver à bon port. »

Les délégués à bord du Tahrir ne pourront pas compter sur l’appui du Canada. Le gouvernement Harper a maintes fois fait savoir qu’il soutenait les gestes de l’armée et du gouvernement israéliens. Le ministre des Affaires étrangères, John Baird, a demandé aux délégués d’abandonner leur projet. « J’incite fortement les personnes qui désirent livrer des marchandises humanitaires à la bande de Gaza à le faire par le truchement de réseaux établis, a déclaré M. Baird au journal La Presse. Les initiatives d’aide non autorisées constituent une provocation et n’aident en rien l’atteinte de l’objectif de venir en aide à la population de la bande de Gaza. »

Pour Stéphan Corriveau, un des organisateurs du projet, John Baird fait abstraction de plusieurs faits importants. « Le premier, c’est que le blocus est illégal et immoral et les Palestiniens nous demandent de les aider. Deuxièmement, M. Baird suggère aux gens d’utiliser la Croix-Rouge internationale. Or, elle-même dit que les canaux établis sont insuffisants et que les Israéliens les bloquent systématiquement. Il faut donc qu’on agisse. »

Les bateaux de la flottille devraient revenir avec des produits de Gaza qui seront vendus un peu partout dans le monde. « La population de Gaza a droit de vivre dans la dignité et de commercer avec les autres pays, dit Stéphan Corriveau. La situation actuelle est intolérable et j’espère que notre action va changer les choses. »

« Peu importe les embûches, conclut-il, nous garderons le cap sur notre objectif, et ce, de façon non violente. »

Plus d’information : www.tahrir.ca

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Photo par Klearchos Santorini


Les « Indignés » espagnols : partir sans disparaître

mercredi 29 juin 2011, par Émilie Clavel

ESPAGNE – Même si les tentes ont disparu des grandes places publiques espagnoles, les « indignés » du mouvement M-15 n’abandonneront pas leur lutte pour se faire entendre des politiciens « qui ne sont pas à l’écoute de la population », promet Santiago Diossa Muños, un militant de 23 ans qui a campé à la Puerta del Sol de Madrid tout le mois qu’a duré l’occupation de la place par les manifestants.

« Le campement n’est pas indispensable, explique le jeune militant. C’était une bonne façon de faire entendre notre message, mais c’est évident qu’on ne pouvait pas rester dans la rue éternellement. » Il se dit satisfait de la façon dont la mobilisation s’est propagée à l’ensemble des grandes villes du pays, et croit que le mouvement est dorénavant assez bien structuré pour se poursuivre sans que les manifestants aient à dormir dans la rue. Les militants prévoient organiser des marches dans toutes les grandes villes du pays. Ils ont aussi installé un kiosque d’information permanent à la Puerta del Sol « comme symbole de la poursuite de l’occupation et pour distribuer de la documentation sur la lutte. »

Déjà le 19 juin, sept jours seulement après le démantèlement de l’imposant village alternatif de la Puerta del Sol, 3000 madrilènes en colère ont repris d’assaut les rues de la capitale espagnole pour éviter que leur message ne sombre dans l’oubli. D’autres marches similaires ont eu lieu dans d’autres villes comme Barcelone et Valence. Et la fièvre révolutionnaire qui s’était emparée des jeunes Espagnols le 15 mai dernier s’est désormais propagée à toutes les classes de la population, alors que des familles et des aînés se sont aussi joints à la marche.

Phénomène de contestation inédit pour le pays de 46 millions d’habitants, le mouvement M15 est né sur les réseaux sociaux alors que la plupart des villes espagnoles étaient le théâtre de campagnes électorales municipales. L’Espagne peine à se relever de la crise économique et le taux de chômage y dépasse présentement les 25%. Chez les jeunes de 18 à 25 ans, ce chiffre frise même les 45%. « J’ai terminé ma formation en psychologie il y a plus d’un an et je ne trouve toujours pas de travail, déplore Sylvia Ruiz Llorca, une militante du groupe de la ville de Grenade. J’aime mon pays et je ne veux pas avoir à le quitter pour gagner ma vie. »

Le 15 mai dernier, ils organisaient donc une marche dans les rues de Madrid pour réclamer une meilleure gestion de la crise et une plus grande écoute de la part de la classe politique. La manifestation s’est terminée à la Puerta del Sol, célèbre place de la capitale espagnole. « Alors les gens ont juste décidé de rester ici », se remémore Santiago Diossa Muños. En quelques jours à peine, la place centrale s’est transformée en véritable village alternatif, grouillant jour et nuit d’activistes et de curieux. Le mouvement se veut apolitique. « Les grands partis ne font que se renvoyer la balle, remarque la diplômée en psychologie. Si on veut que les choses changent, il faut de nouvelles alternatives ; il faut une véritable réforme du système électoral. » Pour l’instant, les moyens à employer demeurent vagues, mais plusieurs comités de réflexion ont été mis en place à travers le pays dans le but d’en venir à une proposition unique à soumettre aux autorités gouvernementales.

Grâce à la couverture médiatique et aux réseaux sociaux, des jeunes des autres grandes villes d’Espagne ont imité les madrilènes. Des campements ont entre autres été érigés à Barcelone, Valence, Grenade et Séville. Les médias ont aussi rapporté des manifestations semblables chez leurs voisins Français et Italiens, et dans plusieurs autre pays qui ont été durement touchés par la crise économique. S’il se réjouit de voir que l’initiative espagnole a des répercussions ailleurs dans le monde, Santiago Diossa Muños préfère se concentrer sur les problèmes de son pays dans l’immédiat : « On va commencer par changer les choses ici et maintenant, dit-il. Parce que si on essaie de changer le monde, ça peut être long. Et l’Espagne ne peut pas se permettre de perdre plus de temps. »

Malgré une organisation impressionnante et un processus de gestion interne très démocratique, le campement de la Puerta del Sol – et les autres aussi, à plus petite échelle – était aux prises avec plusieurs problèmes : certains manifestants étaient victimes de vol, la nourriture commençait à manquer et les commerçants du voisinage, qui appuyaient le mouvement à ses débuts, commençaient à s’impatienter devant la baisse marquée de la clientèle. « Les gens n’achètent plus. Ils ont peur des manifestants », se plaignait déjà un marchand de journaux de la Puerta del Sol, moins de deux semaines après le début de l’occupation.

Par ailleurs, Santiago Diossa Muños explique que la mobilisation commençait à « s’éparpiller », alors qu’apparaissaient chaque jour de nouveaux kiosques aux revendications les plus variées. Kiosque contre la cruauté envers les animaux, groupe de défense des droits et même « comité pour l’amour » : des centaines de militants pour diverses causes profitaient de la vague M-15 pour faire entendre leurs revendications. « On veut restructurer le mouvement et recentrer le message », commente le jeune traducteur affecté au service de relation avec les médias parce qu’il parle plusieurs langues.

Les politiciens font la sourde oreille

Malgré l’impressionnante couverture médiatique et l’appui considérable du public dont bénéficie le mouvement, la classe politique n’a cessé de discréditer le message de ces « indignés », les qualifiant d’« anarchistes » et de « hippies ». « Ça ne les intéresse pas de savoir qui nous sommes vraiment, s’indigne Sylvia Ruiz Llorca. Ils préfèrent se dire qu’on est des jeunes à problèmes au lieu de travailler avec nous pour changer les choses. »

Règle générale, les autorités ont tout de même jugé prudent de ne pas user de la force contre les protestataires, même si ceux-ci contrevenaient à des règlements municipaux interdisant les réunions sur la place publique dans plusieurs villes. Des violences ont toutefois éclaté à Barcelone le 27 mai dernier, alors que la police a tenté d’évacuer la place Catalunya pour nettoyer en prévision de célébrations sportives. Près d’une cinquantaine de manifestants ont été légèrement blessés durant cette opération policière musclée, sous l’œil attentif des caméras. Les vidéos se sont ensuite propagées sur Internet comme une traînée de poudre, renforçant la solidarité du public envers les militants. Et même si les caméras sont parties, les « indignés » espèrent que de plus en plus de citoyens se joindront à leur réflexion collective.

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Photo : Santiago Diossa Munos discute avec un aîné Espagnol qui souhaite s’impliquer dans le mouvement, sous le chapiteau improvisé des "indignés" à la Puerta del Sol de Madrid.


Des militants des quatre coins du monde réunis à Montréal

mercredi 29 juin 2011, par Émilie Couture-Brière

Plus d’une centaine de défenseurs des droits de la personne issus de 53 pays différents sont venus à Montréal du 5 au 24 juin dernier pour participer à la 32e édition du Programme international de formation aux droits humains (PIFDH) organisé par Equitas. Ces individus, sélectionnés pour leur qualité de militant, se sont réunis pendant trois semaines consécutives au campus du Cégep John Abbott à Sainte-Anne-de-Bellevue pour approfondir leur compréhension de l’éducation aux droits de l’homme.

Un séjour de formation aux droits humains

Trois semaines à vivre ensemble, à partager repas et activités, à mettre en commun des expériences humaines riches et inspirantes. Il s’agit d’une expérience hors du commun que propose Equitas, année après année, aux activistes du monde entier.

Comme le soulignait en cérémonie d’ouverture Alona Horova, ancienne participante du PIFDH et militante pour les droits de la personne en Ukraine, « le programme permet non seulement d’acquérir des connaissances, mais aussi de partager nos convictions personnelles. Il crée une culture de confiance et de respect des autres. »

La plupart des participants étant issus de pays où la démocratie et la liberté d’expression ne sont pas chose acquise (Égypte, Afghanistan, Congo, etc.), on peut facilement imaginer qu’il faut une dose de courage chez les participants pour raconter ouvertement leur combat. Selon Mme Horova, le programme d’été d’Equitas réussit à créer cette atmosphère propice et indispensable à l’échange.

Au programme : formations avec des experts en droits de l’homme, ateliers spécialisés, conférences, table ronde. Le séjour comprend aussi quelques activités de socialisation comme un souper en famille québécoise et une soirée culturelle où les mets et danses traditionnelles des différents pays sont au rendez-vous.

Des individus inspirants

Choisis parmi plus de 800 candidatures, les participants ont tous des feuilles de route impressionnantes.

Eudoxie Bakumba, par exemple, est chargée de programme de l’ONG « Femmes chrétiennes pour la démocratie et le développement » à Kinshasa et également le point focal d’une campagne lancée en 2010 contre le mariage forcé en République démocratique du Congo. Mme Bakumba n’en est pas à sa première sortie hors du pays. Elle parle avec force et sait se faire entendre. « Nous voulons amener les femmes à participer à la gestion et aux questions d’intérêt du pays, dit-elle avec conviction. Souvent, elles ne sont pas au courant de leurs droits en tant que citoyennes. » Son organisation offre, entre autres, des ressources aux nombreuses femmes victimes de violence sexuelle. « En plus d’aider les femmes, nous voulons sensibiliser la population. Beaucoup de nos campagnes d’information s’adressent plus particulièrement aux hommes du pays », explique-t-elle. À propos de l’efficacité de son combat, Bakumba répond : « Nos initiatives sont bien reçues, même chez la population masculine. Maintenant, j’ai beaucoup d’espoir que les choses puissent changer. »

À côté d’elle est assis Harouna Coulibaly, ingénieur géologue et président d’Horizon pour le développement au Mali. M. Coulibaly a la tête pleine de projets pour son organisation et pour son pays. « Le Mali est un pays qui se porte relativement bien en Afrique de l’Ouest, mais il faut continuer d’éduquer notre jeunesse. Tout passe par l’éducation », dit-il. M. Coulibaly a démarré son ONG en 2003 avec des collègues universitaires issus de différents domaines. Depuis, son projet n’a cessé de grandir et ses initiatives ont trouvé un écho sur l’ensemble du territoire malien. « Nous faisons beaucoup de sensibilisation dans les écoles en matière de santé publique (VIH/SIDA, paludisme) et pour la gestion durable de l’environnement (gestion des déchets, utilisation d’engrais organique, développement d’énergie renouvelable, etc.) ». Il regrette toutefois de ne pas avoir l’appui financier de son propre gouvernement : « C’est grâce aux gens de notre communauté et à l’expertise de tout un chacun que nous sommes en mesure de réaliser nos projets. En dépit d’un soutien économique de l’État, il y a un fort sens de la communauté et de l’engagement au Mali. C’est le bon côté dans tout cela. » M. Coulibaly a beaucoup voyagé depuis la création de son organisation. Il était de passage pour la première fois au PIFDH le mois dernier, espérant y trouver un appui technique et renforcer les capacités de son organisation à éduquer la population malienne sur ses différents enjeux.

Un îlot de paix

« Il règne ici une ambiance indescriptible », rapporte Isabelle Bourgeois, coordinatrice du PIFDH. En plus de résider sur un campus au paysage enchanteur, les participants vivent ensemble pendant 3 semaines et créent des liens très forts. Ils ont le temps nécessaire pour partager leurs expériences personnelles en matière de lutte pour les droits de la personne et pour générer des idées qui, éventuellement, seront porteuses de changements dans leurs pays respectifs. Utopique peut-être ? Pourtant, le programme donne des résultats concrets.

En Inde, certaines campagnes menées dans des villages par des enfants ont contribué à mettre fin aux infanticides des fillettes. Au Kenya, d’anciens participants ont mené une campagne en faveur de l’éducation obligatoire et gratuite au primaire. Au Congo oriental, des femmes se sont mobilisées lors d’une campagne pour mettre fin à l’impunité dont jouissent les auteurs de violence sexuelle. Les initiatives se multiplient et font des petits.

Montréal se transforme donc, une fois par année, en un îlot de paix où, loin du tumulte quotidien, des militants du monde entier peuvent prendre le temps de réfléchir à l’avenir des droits de l’homme dans leur pays. Un bref répit, après quoi ces 100 héros retournent se battre, chacun de leur côté, pour une plus grande humanité.

** crédit photo : Isabelle Bourgeois


Victoire du dépit aux élections portugaises

mercredi 29 juin 2011, par Williams Fonseca-Baeta

La cuisante défaite du Parti socialiste (PS) de José Socrates, lors des élections législatives anticipées du 5 juin dernier au Portugal, a ouvert les portes de l’Assemblée nationale du pays à un gouvernement de centre droit. Le Parti social-démocrate (PSD) de Pedro Passos Coelho et le Parti populaire (CDS-PP) de Paulo Portas forment par coalition la majorité absolue en chambre avec 129 des 226 sièges contre 73 pour le PS. Ce passage à droite en temps de crise ne représente pourtant pas un réel changement idéologique de la part des Portugais.

La crise financière du Portugal a de quoi affoler la population. Le taux de chômage est en hausse et la production intérieure brute du pays stagne depuis 2009. La population parle de banqueroutes et les politiciens conjuguent l’expression « se serrer la ceinture » à toutes les personnes. Les élections législatives du 5 juin dernier devaient permettre aux Portugais de choisir un gouvernement pour affronter la crise, pourtant le désintérêt politique l’a emporté.

« Près de la moitié de la population a préféré la plage aux bureaux de vote », badine le conseiller indépendant affilié à la Coalition Parti communiste Verts (CDU) du faubourg d’Alcochete, Paulo Machado. Le Portugal a connu un taux d’abstention record lors des récents suffrages. Plus de 40 % de la population active ne s’est pas rendue aux urnes. Un chiffre qui, selon Paulo Machado, devrait être pris en compte à l’Assemblée nationale du pays. « En considérant que le PSD a recueilli 38 % des voix et que seulement 58 % de la population a voté, on réalise que le gouvernement élu n’a la confiance que d’une mince partie de la population. »

L’abstention massive au scrutin du 5 juin dernier aurait, selon des représentants des partis de gauche, avantagé le PSD. « Une partie de l’électorat du PS s’est abstenue de voter aux dernières élections », affirme la députée sortante et présidente du département des femmes du Parti socialiste, Catarina Marcelino. L’ex-députée refuse toutefois d’expliquer la défaite de son parti par le faible taux de participation. Le phénomène est visible, selon elle, partout en Europe. « L’abstention est un mal contemporain, particulièrement perceptible sur notre continent, estime la politicienne. Les partis tant de gauche que de droite doivent désormais jouer avec cette donnée. »

La droite portugaise n’est pas du même avis. Le député et porte-parole du CDS-PP, Joao Almeida, croit que les dernières élections n’ont pas permis à la majorité de la population de se prononcer. « Des milliers d’électeurs avaient des empêchements à l’étranger, explique-t-il. On note d’ailleurs que plusieurs personnes décédées dans les deux dernières années n’ont pas été retirées des listes. »

Pour le « voter contre »

Outre le faible taux de participation, Paulo Machado et Catarina Marcelino accusent l’impopularité du premier ministre sortant, José Socrates, comme cause de la montée de la droite au Portugal. « Les Portugais n’ont pas voté pour la droite, ils ont voté contre José Socrates », souligne Paulo Machado. Au pouvoir depuis 2005, le secrétaire général du PS, José Socrates, a gagné les élections législatives de 2009 en promettant la fin de la crise économique et financière du pays sans l’aide extérieure. Or, malgré la promesse du politicien, le parti abdique après quatre plans d’austérité et négocie un plan de sauvetage de 78 milliards d’euros avec la troïka (la Commission européenne, la Banque centrale européenne et le Fonds Monétaire International). L’entêtement du secrétaire général du Parti socialiste a été mal perçu par la population portugaise.

« José Socrates est un personnage qu’on aime ou qu’on déteste, explique Catarina Marcelino. Avec la continuité de la crise, le mécontentement envers le gouvernement s’est généralisé. » Selon la députée sortante, les partis de droite ont profité de l’impopularité de Socrates pour gagner la sympathie de toutes les classes sociales portugaises sans faire de promesses claires. « Le chef du PSD, Pedro Passos Coelho, n’a pas voulu se prononcer sur la question de l’avortement, note Catarina Mercelino, mais il n’a pas nié qu’il voudrait en faire, pour une seconde fois, une question référendaire au Portugal. »

Le député et porte-parole du CDS-PP, Joao Almeida, assure que le PSD et le CDS-PP sont les seuls partis à promettre la transparence politique.« José Socrates a fait deux années de politiques mensongères et agressives, affirme-t-il. La population a voté pour le PSD et le CDS-PP puisque nos partis sont conscients de la gravité de la crise et savent que les prochaines années seront difficiles. »

Joao Almeida reste pourtant mitigé quant à la réception par la population des nouvelles politiques des partis au pouvoir. La réduction de la taille de l’État par la privatisation d’institutions publiques en éducation et en santé devrait provoquer, selon lui, plusieurs débats importants dans les quatre prochaines années. « Il faudra faire plusieurs sacrifices pour rembourser la dette de l’État. La privatisation est une des solutions que nous préconisons », explique-t-il. Le conseiller indépendant, Paulo Machado, désapprouve ces politiques. Il concède que l’heure est aux compressions au Portugal, mais que la privatisation accélèrera l’appauvrissement de la classe moyenne. « On peut demander aux Portugais de se serrer la ceinture, mais il ne faut pas non plus que cela soit jusqu’aux os. »

Photo : Catarina Marcelino : députée sortante du Parti socialiste et présidente du département des femmes du parti.


Le Référendum du 1er juillet au Maroc : Perspectives d’un internationaliste

mercredi 29 juin 2011, par Richard Greeman

Le discours du Roi du vendredi 17 juin et le référendum sur la Constitution du 1er juillet posent un défi que les révolutionnaires marocain(e)s du mouvement du 20 février dernier doivent relever en très peu de temps. En effet, par quelle tactique est-il efficace de riposter à ces concessions superficielles proposées dans le but de couper l’herbe sous les pieds de ceux et celles qui veulent une réforme profonde de la société aux niveaux politique et social ?

L’auteur de ces lignes, vieux militant internationaliste et historien des révolutions, a eu l’occasion de visiter Rabat et Marrakech au mois de mai dernier et de discuter de ce problème avec bon nombre de militants. De ces conversations entre camarades ont émergé quelques perspectives tactiques que je prends aujourd’hui la liberté de partager dans l’espoir qu’elles pourraient aider le mouvement à s’orienter dans les jours qui viennent.

En effet, quelle stratégie et quelles tactiques conviennent le mieux à la situation actuelle ? Le mouvement démocratique se confronte à un adversaire rusé qui, à la différence des régimes tunisien, égyptien et autres, jouit encore d’une certaine légitimité historique.

Depuis le 9 mars dernier, Mohammed VI a proposé des concessions habiles en faveur d’importantes clientèles et a déclenché un processus de réforme constitutionnelle par en haut ; concessions destinées à couper l’herbe sous les pieds des révolutionnaires. Les porte-paroles du mouvement ont bien compris que le processus mis en place, une Commission choisie par le pouvoir pour mener des consultations dans le secret et proposer par Référendum une Constitution prête à porter sans retouches possibles, n’offrait aucune possibilité de participation populaire démocratique. On a donc eu raison de dénoncer cette farce constitutionnelle et de refuser, au risque de se marginaliser, de la légitimer en y participant. Quant au débat médiatique prévu pour les deux semaines précédant le référendum, on a constaté que les Oui (partis politiques loyaux à la Monarchie) auront le quasi-monopole de l’accès aux médias. Ainsi, les militant(e)s démocratiques ont raison de réclamer une parité entre les Oui et les Non (parité que le pouvoir ne pourra évidemment jamais concéder).

Le référendum : arme de l’autorité

Quelle réponse donner au défi du référendum du 1er juillet ? Comment retourner cette situation en faveur de la démocratie populaire ?
L’historien des révolutions constate que les référendums, de Napoléon III à Charles de Gaulle, ont toujours été l’arme de choix de l’autorité contre la démocratie. Encore aujourd’hui, dans les dictatures à parti unique (ou presque), de la Russie jusqu’à la Syrie, toutes les élections sont, en effet, des référendums programmés pour renforcer et légitimer le régime en place. Même dans les cas où le système électoral et les suffrages ne sont pas truqués, il est généralement prévisible que le Oui va gagner. Le pouvoir, qui dispose de tous les avantages de l’initiative et de la propagande, pourra, comme on a vu, choisir la date du scrutin et poser la question de manière à diviser ses adversaires et les réduire à une caricature de négativisme débile.

Comment sortir de ce piège contre-révolutionnaire classique ? Dans cette lutte pour la conquête de l’opinion, la meilleure défense est de reprendre l’initiative en proposant une alternative positive à laquelle les gens peuvent adhérer. Par exemple, en organisant une Consultation constitutionnelle populaire par en bas, processus démocratique où les masses seront appelées à apporter leurs doléances, formuler leurs revendications et proposer leurs solutions à partir de leurs associations, leurs quartiers et leurs villages. Cette « consultation par en bas » pourrait être suivie d’une Assemblée constituante nationale, transparente et médiatisée, où sera élaborée une Constitution populaire alternative en face de celle du gouvernement.

Un spectacle de démocratie par en bas

Ce genre de théâtre politique est une tactique révolutionnaire bien rodée car il sert à mettre dans l’embarras le pouvoir sans provoquer un rapport de force défavorable au mouvement. Au contraire, si le pouvoir interdit notre « constituante alternative d’en bas », il perd la face, et le public aura du mal à applaudir la farce politique d’une constitution élaborée d’en haut et imposée par des procédés antidémocratiques et des matraquages. En revanche, si on nous laisse faire, nous pourrons profiter des deux semaines de débat pour monter notre spectacle de démocratie par en bas.

Voici un scénario possible : mettre des Assemblées consultatives dans chaque région afin de donner une plateforme aux doléances et revendications particulières. Cette idée, inspirée par les « cahiers de doléances » de la grande Révolution française, s’est déjà répandue dans les quartiers ainsi que dans les villages ruraux où les populations sont invitées à exprimer leurs doléances et revendications. Les gens du peuple ont une grande connaissance des choses, malgré un manque d’instruction scolaire entretenu par le pouvoir. Les étudiant(e)s et intellectuel(le)s ont maintenant une bonne occasion d’aller vers eux pour les écouter et les aider à s’exprimer et à se relier par les médias (à commencer par l’écriture) que nous maîtrisons. Les résultats de toutes ces délibérations (comptes-rendus et même des vidéos) pourraient ainsi être mis en ligne.

Ces assemblées pourraient envoyer des délégué(e)s à des assemblées régionales, sectorielles et éventuellement nationales afin de réunir l’ensemble des revendications en un programme populaire. L’organisation d’un réseau de telles assemblées en vue d’une constituante alternative serait en elle-même un grand pas en avant. Au moment du débat, tout le monde pourrait monter à la capitale pour tenir les assises nationales et élaborer une constitution populaire alternative. Ainsi, même si nous sommes exclus des débats entre partis politiques programmés sur les médias officiels. Ceux-ci, comme Al Jazeera, ne pourraient pas ignorer notre cirque et nous finirions par gagner la bataille des médias. Si, attirés par le spectacle médiatisé de cette consultation alternative, les gens affluent aux assemblées en grand nombre, elles deviendront, de ce fait, de plus en plus représentatives.

Le processus de préparation de la constituante par en bas aboutirait du même coup à la création des réseaux populaires indépendants des partis et des syndicats liés au pouvoir actuel. Si les assemblées locales deviennent permanentes, elles pourraient prendre la forme de conseils qui pourraient se fédérer en « contre-pouvoir » et appuyer des luttes ponctuelles. Le spectacle médiatisé de ladite consultation alternative d’en bas pourrait également attirer de nouveaux participants aux assemblées.

La tactique de l’abstention positive

Quant à la tactique à suivre par la population marocaine lors du référendum organisé par la monarchie, elle pourrait consister à mettre au vote leur propre « contre-référendum » populaire par une consultation Internet, c’est-à-dire une consultation démocratique où les gens auront un véritable choix entre deux constitutions. Par rapport au scrutin officiel, je crois qu’il serait inutile, même néfaste, de tomber dans le piège tendu par le pouvoir en prônant le mot d’ordre du Non, ce qui sèmerait fatalement la discorde dans les rangs. Les quelques milliers de Non ainsi récoltés témoigneraient de la faiblesse plutôt que de la force de l’opposition. D’ailleurs, pourquoi rejeter par un Non malpoli les quelques réformes que Mohammed VI propose et que les braves gens approuveront avec raison ? En revanche, l’abstention représente l’arme traditionnelle des peuples soumis aux régimes référendaires. Même dans les dictatures staliniennes, si le parti au pouvoir n’arrivait pas à récolter plus de 50 % des suffrages possibles, il perdait sa légitimité.

Actuellement, au Maroc, même une participation relativement faible au référendum représente un risque réel de perdre la face pour le pouvoir. Ainsi, si beaucoup de Marocain(e)s boudent les urnes le jour du référendum alors que notre « spectacle démocratique » occupe le devant de la scène, la bataille de l’opinion aura été gagnée sans prendre de risque d’échec. En effet, en organisant sous forme de spectacle politique cette manifestation (dans le sens propre) de la volonté populaire, le mouvement gagne même s’il perd, car bien entendu, personne ne s’attendrait à ce que cette constituante alternative prenne réellement le pouvoir. En revanche, les réseaux de comités de doléances mis en place dans le processus de consultation et la constitution qu’elle aura élaborée serviront de structure organisationnelle et de programme pour les luttes à venir.

La stratégie de l’enracinement

Les militant(e)s du 20 février dernier ont vite mesuré les limites à long terme de la tactique des grandes manifestations nationales par lesquelles le mouvement s’est d’abord manifesté (à lui-même, puis au monde), et s’est de plus en plus orienté vers la propagation et l’enracinement du germe révolutionnaire dans de nouveaux terrains géographiques et sociaux. Autrement, on risquait de tomber dans le piège du pointage (compter le progrès du nombre des manifestants comme si la révolution était un match de football). En revanche, les manifestations, qui continuent et s’étendent malgré la menace de matraquage entretenue par le gouvernement, se sont enrichies d’une floraison de slogans et de revendications apportés par de nouvelles composantes du mouvement. Cependant, un amalgame de slogans et de revendications n’est pas un programme, et pour développer la lutte, il faut aux Marocain(e)s une alternative radicale et populaire à la réforme (très limitée) que propose le pouvoir pour se tirer du printemps arabe aux moindres frais. Une constitution démocratique alternative ferait l’affaire.

L’enracinement est d’ailleurs la direction que le mouvement semble prendre en ce moment avec l’entrée en scène de nouvelles couches de la société et de l’affirmation de nouvelles résistances dans toutes les régions et couches sociales. Le peuple marocain profite de ce moment pour s’organiser en associations, se mobiliser et manifester ses doléances particulières, régionales et professionnelles. Les militant(e)s des organisations de droits de la personne et de la gauche marxiste et humaniste, résistants de toujours, en profitent pour s’enraciner chez les « enfants du peuple ». Leur perspective est d’aider les gens, à donner une voix à leurs doléances et à s’organiser en réseaux de femmes, de travailleurs, de jeunes, de minorités, etc. C’est la meilleure façon de nourrir ces jeunes pousses du printemps arabe révolutionnaire sur le sol marocain, car c’est en s’enracinant dans le peuple, mais aussi en renforçant ses liens internationaux, que le mouvement du 20 février dernier accroîtra sa force.

Le rôle essentiel des femmes

Je me permets d’ajouter un point essentiel au tableau d’un possible processus révolutionnaire que j’ai tenté d’esquisser autour de l’objectif d’une constituante représentative de tout le peuple marocain : le rôle essentiel des Marocaines. Cette constituante alternative n’arriverait à rien sans que les femmes s’y mettent (comme disait le camarade Lénine). En revanche, le spectacle d’un grand mouvement autonome de Marocaines de toutes les couches serait une force démocratique imbattable. Majoritaires dans la population, encore plus dans le travail (généralement non-payé), les Marocaines doivent être représentées massivement dans toute constituante véritablement démocratique.

Ce processus a déjà commencé un peu partout avec l’auto-organisation de cercles de femmes dans les villages et les quartiers urbains qui rassemblent leurs propres cahiers de doléances. Ces cercles de femmes réunies autour des doléances pourront-ils devenir les cellules d’un puissant mouvement de Marocaines (intellectuelles, travailleuses et femmes du peuple unies) capables de formuler leurs propres revendications et de se mobiliser pour les défendre ? Voici un rôle pour les femmes révolutionnaires instruites, nombreuses dans notre mouvement, qui pourraient, à l’instar des étudiantes russes des années 1870, aller individuellement et en groupes vers le peuple pour lui servir de scribes et l’aider à maitriser les médias et à se relier entre elles.

Les impressions d’un étranger (masculin) sont forcément superficielles, mais il me semble que dans les conditions actuelles de la société, ces cellules doivent rester exclusivement féminines et respecter les coutumes des Musulmanes qu’on voudrait y voir participer massivement. D’ailleurs, l’influence de l’Islamisme réactionnaire, basé comme il l’est sur l’oppression de la femme, finira fatalement par se voir neutralisée devant la force progressiste des femmes conscientes et autonomes. En revanche, un Islam spirituel et démocratique, religion de paix, de solidarité et de tolérance, pourra émerger de ce processus d’auto-réalisation des Marocaines. Le salafisme sera-t-il soluble dans le féminisme ? On aura tort de vouloir combattre de manière frontale le salafisme sur le terrain de l’idéologie, car ce sera donner trop d’importance à des doctrines absurdes. Il ne faut pas attaquer les salafistes sur leur point faible, l’oppression sexuelle, et entrer ainsi dans leur citadelle en proposant à leurs femmes une alternative spirituelle et sociale.

À la suite de conversations avec des marxistes marocains, j’ai compris que, pour eux, les jours sont révolus où la gauche (des hommes) mettait la question des femmes après la lutte de classe comme problème à résoudre après la révolution. Ils comprennent que les femmes ont joué un rôle primordial dans toutes les grandes révolutions, de celle de 1789 (en marchant sur Versailles pour faire prisonniers le roi et la reine de France) à la révolution russe de 1917 (qui a commencé le 8 mars, Journée des femmes, par une grève générale des femmes qui appellent les hommes à les rejoindre). De nos jours, la participation massive des femmes est encore d’une grande force pacifique et efficace. Un grand mouvement autonome de Marocaines alliées à la classe ouvrière sera d’une puissance redoutable, et on ne pourra pas envisager une véritable révolution sociale qui réussisse sans cette précieuse force humaine.

Conclusion

On ne peut pas visiter le Maroc aujourd’hui sans être emporté par l’enthousiasme et l’optimisme de ce beau printemps révolutionnaire. On est ému de voir toute une jeune génération sortir de l’apathie et du désespoir pour revendiquer la liberté, la justice sociale et la possibilité d¹un avenir. Quant à mes vieux amis militants qui ont survécu aux années de plomb, nos retrouvailles sont faites sous le signe du mot célèbre du Tunisien : nous avons vieilli en attendant ce moment (et en luttant) !

J’estime que le grand acquis politique du Mouvement du 20 février dernier, « surfant » sur la vague des révoltes du printemps arabe, c’est l’ouverture d’un espace de liberté publique relative où le mouvement démocratique révolutionnaire peut se développer, s’enraciner, s’organiser et affronter le pouvoir. Acquis fragile, bien sûr, et qu’il faut défendre et élargir en poussant à tout moment contre les limites imposées. Le peuple a besoin de cet espace de liberté politique et médiatique pour présenter ses doléances, et ce n’est ni par la timidité ni par la provocation, mais grâce à une pression grandissante de la base que se maintiendront et s’affirmeront ces nouvelles libertés. Les récents tabassages policiers n’ont pas réussi à intimider le mouvement, qui avance en s’approfondissant et en s’enracinant dans les quartiers et les villages. Un spectacle pacifique de démocratie participative par en bas serait une façon créatrice de profiter de cette liberté. En mettant en avant ces revendications populaires de manière dramatique, on a une chance de prendre le devant de la scène de cette comédie constitutionnelle mise en scène par la monarchie.

***

Richard Greeman, né à New York en 1939, milite au Collectif de soutien aux révolutions du monde arabe de Montpellier (France). Ancien professeur de l’université de Columbia, participant depuis un demi-siècle aux mouvements des droits de la personne aux États-Unis et ailleurs, Richard est secrétaire de la Fondation Victor Serge (Montpellier, FR) et co-fondateur du Centre Praxis (Moscou, Russie, www.praxiscenter.ru) consacré à l’étude et la diffusion du socialisme antitotalitaire.

Lire ses blogues en anglais et français à http://www.zcommunications.org/zspace/rgreeman

En langue arabe on peut lire de lui la préface à la traduction arabe du classique marxiste Socialisme et Liberté par Raya Dunayevskaya (ancienne secrétaire de Léon Trotski) et une série d¹articles sur L’Islamisme dans l’imaginaire occidental. http://www.ibn-rochd.ma/richard%202-is.htm

Photo : Jeunes manifestants durant la troisième grande manifestation organisée par le Mouvement des Jeunes du 20 Février, 2 avril 2011 - par Naoufel Cherkaoui


Sans nationalité, sans emploi, sans avenir : être réfugié palestinien au Liban

mercredi 29 juin 2011, par Sarah Marinier-Doucet

Mai 2011- Liban. Sans nationalité, les réfugiés palestiniens au Liban doivent survivre malgré un accès limité au travail, des services hospitaliers inadéquats, un nombre limité d’école et l’absence de support judicaire et policier au sein des camps. Les autorités libanaises refusent toute naturalisation de ces Palestiniens habitant le Liban depuis plus de 60 ans. La reconnaissance de la citoyenneté libanaise de la population palestinienne viendrait déstabiliser la fragile balance religieuse au sein du gouvernement libanais. Les 425 000 palestiniens sur le territoire libanais se retrouvent donc sans travail, sans nationalité, avec comme seul espoir, le retour en Palestine.

Lorsqu’on s’apprête à entrer au Camp de Chatila, on doit mentalement se préparer à y voir les marques du triste massacre de 1982, à y voir la détresse, la pauvreté et l’impuissance, elles sont bien là, mais ce sont d’abord les chants des enfants qui nous accueillent. Le centre de jeunesse s’est transformé en salle de répétition pour la préparation du mariage qui aura lieu ce vendredi à même le camp. Après plus de 60 ans dans ces « prisons » à ciel ouvert, la population des camps palestiniens se constitue à plus de 40% d’enfants de 6 à 18 ans. Cette nouvelle génération ne connaît que le statut d’apatride : ils ne sont ni Libanais, ni Palestiniens, ils n’ont même jamais vu les montagnes de la Palestine, et pourtant, la majorité sont animés par le seul espoir d’un jour connaître la terre de leurs ancêtres.

Sans nationalité

Ils ont fuit la Palestine suite à la nakba « catastrophe » en 1948. Aujourd’hui, on compte plus de 5 millions de réfugiés palestiniens répartis majoritairement entre la Jordanie, la Syrie, et le Liban. La particularité des réfugiés habitant le Liban réside dans la précarité de leur situation suite aux refus par le gouvernement libanais d’assurer l’intégration des réfugiés à son système économique, légal et politique. Pour le gouvernement libanais, la situation des réfugiés est temporaire et à ce titre l’intégration des réfugiés palestiniens n’est pas possible, ni souhaitable afin d’éviter l’établissement permanent de la population palestinienne au Liban. Le résultat était inévitable, ce sont chez les réfugiés palestiniens au Liban qu’on dénombre le plus haut taux de mortalité infantile, de maladies chroniques et de dépression. La marginalisation des palestiniens s’est accrue suite à la guerre civile au Liban de 1975 à 1989. Auparavant, plus de 50 000 palestiniens avaient acquis la nationalité libanaise, toutefois, suite à la guerre civile et au fragile équilibre politique qui en a résulté, les palestiniens ont été perçus comme une menace à la stabilité du pays. Le gouvernement libanais se fonde sur une partition pluriconfessionnelle du gouvernement, chaque communauté religieuse ayant un poids proportionnellement lié à l’importance de sa communauté religieuse. Or, reconnaître les réfugiés palestiniens, majoritairement musulmans, comme faisant intégralement partie de la population libanaise risquerait de remettre en question cet équilibre qui fait de la communauté chrétienne la classe dirigeante.

Sans emploi

Le taux de chômage dans les camps palestiniens au Liban atteignait plus de 95% en 2004. Ce taux exorbitant s’explique par un accès limité au milieu du travail, combiné à un accès limité aux écoles d’enseignement secondaire public. En effet, les palestiniens n’ont pas accès aux professions libérales ni aux métiers exigeant une demande de permis. Quant à l’enseignement des enfants, il dépend presque entièrement de l’aide fournie par UNRWA (agence des Nations Unies pour les droits des réfugiés palestiniens). Toutefois, les établissements d’enseignement par UNRWA ne sont pas suffisants et les établissements secondaires publics libanais n’offrent qu’une quantité limitée de places aux étrangers, dont les palestiniens font partie. Mahmoud Abbas, président du Children and Youth center au Camp Chatila explique avec désarroi que les taux d’analphabétisme et de décrochage scolaire sont élevés puisque les enfants n’ont aucun espoir pour l’avenir et que le marché du travail leur est majoritairement fermé. Les enfants des camps manquent de support, selon lui, UNRWA n’a pas assez de moyen pour assurer à elle seule le support scolaire des Palestiniens du Liban. Le Centre jeunesse présidé par Mahmoud Abbas tente de fournir des cours de rattrapage scolaire et un support aux enfants. La petite cour à l’arrière du centre de jeunesse constitue le seul endroit où les jeunes peuvent jouer à l’extérieur des rues étroites du camp.

Sans avenir

Selon une enquête menée en 2000 par l’UNICEF, les adolescents des camps palestiniens au Liban n’ont aucun espoir pour l’avenir et souffrent de comportements destructeurs comme le tabagisme, l’abus d’alcool et la violence. L’avenir de ces enfants apatrides est en effet limité. Depuis 2001, une nouvelle loi interdit la possession de biens immobiliers à « tous les étrangers originaires de pays non reconnus par le Liban ». Cette formule juridique vise indirectement les réfugiés palestiniens. De ce fait, 52% des réfugiés palestiniens au Liban sont contraints de vivre au sein des camps palestiniens. De ce nombre, 60% n’ont pas accès à l’eau courante et n’ont qu’un accès limité à l’électricité. L’environnement des camps palestiniens favorise donc le développement de maladies chroniques, on dénombre d’ailleurs un taux de deux à trois fois plus élevé de maladie chronique chez ces enfants que dans les camps des autres pays d’accueil. Pour compléter ce cercle vicieux, l’accès aux hôpitaux publics est extrêmement limité et dépend des installations de UNRWA.

Alors que nous progressons dans les rues étroites et sinueuses de Chatila, notre guide Jaber Suleiman, cofondateur du centre Aidoun pour le respect des droits des Palestiniens nous explique la précarité des bâtiments qui avaient d’abord deux étages sur lesquels on a juché plusieurs autres planchers pour répondre à la croissance démographique du camp. Lorsqu’on croise une construction criblée de balles, Mahmoud Abbas nous explique avec rage et désarroi que le massacre de 1982 est encore bien présent, que les palestiniens du Liban sont impuissants face à une situation bien plus grande qu’eux. Avec force et intensité, il conclut dans un anglais parfait « Tell everyone what you saw, what we are living, we depend on you ».