Vivre l’occupation au quotidien

samedi 1er mars 2003, par Daphnée DION-VIENS

Les Territoires occupés connaissent leur pire crise depuis que l’armée israélienne a réoccupé la Cisjordanie et la bande de Gaza, en mars 2002. Au cœur de ce conflit, le peuple palestinien est pris en otage, comme l’ont expliqué Khaula Manson et Nevien Abu Saleem lors de leur passage à Montréal. Deux femmes, une même réalité : l’occupation israélienne, omniprésente dans chaque aspect de leur vie.

« La bande de Gaza est devenue une prison », lance Nevien Abu Saleem, directrice de l’Association générale des femmes palestiniennes et du Centre de formation des femmes dans la partie centre de la bande de Gaza. Avec l’installation de nouveaux postes de contrôle (les fameux checkpoints) et la construction d’un mur de trois mètres de haut qui entoure tout le territoire palestinien, le gouvernement d’Ariel Sharon a considérablement resserré son contrôle sur la bande de Gaza au cours de la dernière année. Le même scénario est en cours en Cisjordanie. « C’est tellement humiliant d’attendre aux checkpoints, de se faire contrôler, explique Nevien. Toute la pression et la peur, 24 heures sur 24, sept jours sur sept, pendant toute notre vie, c’est énorme... Je n’ai pas les mots pour décrire la situation. »

Selon AFP, 2 245 Palestiniens et 695 Israéliens ont perdu la vie depuis le début de la deuxième Intifada, déclenchée en septembre 2000. Selon le Comité international de la Croix-Rouge, plus de 50 % de la population palestinienne des zones urbaines vit sous le seuil de la pauvreté. Le taux de sans-emploi est de 65 %. « Il n’y a pas de travail, et ceux qui en ont ne peuvent s’y rendre, explique Khaula Manson, directrice générale au ministère des Affaires sociales de l’Autorité palestinienne. Des gens meurent faute d’avoir accès aux services de santé. » Khaula connaît des femmes qui ont dû accoucher dans leurs voitures, bloquées aux checkpoints ; Nevien raconte comment des soldats israéliens ont tiré sur une ambulance. Toutes deux rappellent le couvre-feu à Jénine, imposé après que l’armée israélienne ait rasé la ville, empêchant les résidants de mettre le pied dehors, pendant 120 jours. Khaula est catégorique : « Nous subissons une punition collective, une violation de nos droits humains les plus fondamentaux. C’est une agression contre un peuple désarmé. »

Croire en la paix

Malgré tout, pas question de baisser les bras. « Je crois sincèrement en la paix, affirme Khaula d’une voix douce. C’est la seule façon de vivre ensemble. Lorsque je parle à des Israéliens, je me fais dire : "Comment peux-tu leur parler après tout ce qu’ils nous ont fait ?" Mais il faut dépasser les actes de violence quotidienne, qui détruisent le concept de paix, pour atteindre un niveau d’humanité. »
La seule solution, selon les deux femmes : le retrait des troupes israéliennes des Territoires occupés. « Laissez-nous tranquilles, laissez-nous vivre en paix ! s’exclame Khaula. Toute cette situation pourrait s’arrêter d’un coup s’elles décidaient de se retirer. »

Toutes deux condamnent sévèrement les attentats suicide, mais les expliquent par le désespoir, la haine : « Je suis convaincue que les attentats cesseront le jour où le gouvernement israélien va assouplir l’oppression. Ce qui contribue à faire croître la haine dans le cœur des jeunes Palestiniens, c’est lorsqu’ils apprennent qu’un de leurs camarades de classe s’est fait tuer par un soldat israélien. Ce sont ces mêmes enfants qui vont vouloir se faire sauter une fois devenus adultes. » Mais Nevien tient à ajouter : « Malgré tout, il y a encore beaucoup d’espoir parmi les gens de notre peuple. Plus ils mettent de la pression sur nous, plus nous sommes déterminés. »

Elles appréhendent le déclenchement imminent d’une guerre contre l’Irak. « Nous sommes déjà effrayés et nous savons que la situation va empirer si la guerre se déclenche, explique Khaula. L’attention de la communauté internationale sera tournée vers ce conflit et le gouvernement israélien va en profiter pour durcir ses mesures envers le peuple palestinien. »


DESCRIPTION PHOTO : Dans les Territoires occupés, la violence se vit au quotidien. Les enfants pactisent très tôt avec elle. Comme ce jeune garçon qui tient entre ses mains, avec aisance et le plus naturellement du monde, une arme pourtant mortelle.

À propos de Daphnée DION-VIENS

Assistante à la rédaction, Journal Alternatives

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