ROMAN

Vingt ans et un jour

vendredi 1er octobre 2004, par France-Isabelle LANGLOIS

Jorge Semprun, sans doute l’un des écrivains les plus marquants du XXe siècle, est né à Madrid, puis s’est installé à Paris en 1939. De là, il est vite entré dans la clandestinité au cours de la Deuxième Guerre. Arrêté par la Gestapo, il a passé les dernières années de la guerre incarcéré au camp de Buchenwald. C’est surtout cette vie-là, qu’il nous a jusqu’ici contée, à travers des œuvres telles que L’écriture ou la vie, ou encore Le mort qu’il faut.

Seulement, Semprun a eu une autre vie, celle d’après les camps, celle d’un membre du Comité central du parti communiste espagnol, dont il coordonna les activités clandestines contre le régime de Franco, à compter de 1953. En 1964, Jorge Semprun est exclu du parti, et n’a eu de cesse depuis de se consacrer à la littérature, à mettre noir sur blanc ses souvenirs, ses peines, ses douleurs et ses colères. Un passé de militant trouble, sincèrement épris de justice et de liberté certes, mais qui ne peut s’empêcher de se questionner, de se demander : si c’était à refaire... Beaucoup de ressentiment, de critiques et d’autocritiques vis-à-vis d’une doctrine, d’idéologie et d’un parti, aussi...
Dans Vingt ans et un jour, Semprun signe une œuvre beaucoup plus romanesque, moins autobiographique, en apparence... C’est l’Espagne meurtrie par la guerre civile et le franquisme, hantée par ses écarts, ses emportements et débordements, son sens de la tragédie et du drame portés à leurs paroxysmes.

Pour la première fois, Jorge Semprun a écrit dans sa langue maternelle. À la presse française, il a à maintes reprises expliqué que cette histoire était trop espagnole pour qu’il puisse l’écrire en français. Un fois de plus, Semprun nous emmène loin sur des sentiers et des chemins de traverse où la confiance, l’honneur, le sens du devoir et de la justice, se conjuguent trop souvent avec trahison, cupidité et bassesses. Il s’agit pourtant d’un roman très différent de ce à quoi nous avait habitué l’auteur, par son style, son ton, peut-être aussi par le détachement de l’auteur. Ce que les journalistes - français toujours - ont qualifié de « moins militant ».

Vingt ans et un jour, c’était la peine que l’on réservait aux opposants franquistes.


Vingt ans et un jour
de Jorge Semprun,
Paris, Gallimard, 2004, 304 pages.

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