Vers une redéfinition de l’apparence féminine

vendredi 26 mars 2021, par Myriam Prasow-Émond

À l’ère du travail et des études en ligne, plusieurs femmes semblent accorder de moins en moins d’importance à leur apparence physique : talons hauts, pantalons serrés, bijoux, soutiens-gorge, maquillage et épilation ont été remplacés par des alternatives plus confortables ou ont carrément été abandonnés. Il est désormais fréquent de passer la journée en pyjama ou alors en tenue décontractée, en pantoufles, avec les cheveux attachés ou laissés au naturel, avec peu ou pas de maquillage, la poitrine affranchie de toute contrainte et les poils... libres de pousser.

La pandémie aura certainement nourri une multitude de réflexions vis-à-vis des normes esthétiques courantes. Sans la pression extérieure — à forte tendance patriarcale pour ne pas dire machiste — suggérant que les femmes se doivent toujours de bien paraître, certaines ont remis en question les raisons pour lesquelles elles consacrent autant de temps à se préparer. En effet, après avoir discuté avec plus d’une trentaine de femmes à ce propos, plusieurs admettent désormais se maquiller pour leur simple plaisir, enfiler des tenues spéciales pour une soirée avec leur partenaire, se mettre belle pour un regain de confiance et se raser les jambes par pure préférence personnelle. D’autres confessent vivre un total relâchement, privilégiant uniquement les habits confortables et convenant aux différentes occupations, tout en redécouvrant leur beauté naturelle. Dans les deux cas, ladite « obligation sociale » est donc remplacée par confort, plaisir, amour de soi et utilité.

Il est connu que la mode féminine est encore trop souvent conçue en vue de plaire et non d’être utile. Entre autres exemples, nommons les jeans tellement serrés qu’il faut les déboutonner lorsqu’on s’assoit, les pantalons sans grandes poches, les chandails médiocrement adaptés au port du soutien-gorge, les talons hauts affligeant des ampoules douloureuses, les collants et bas de nylon qui se brisent facilement et les rasoirs roses à prix élevé (quoique souvent de piètre qualité). Parallèlement, la plupart des vêtements et chaussures destinés aux hommes se veulent souvent plus simples et plus pratiques. Les questions déferlent donc naturellement : pourquoi suppose-t-on que les femmes devraient préférer — voire substituer — l’inconfort à l’agréable, mais surtout pourquoi ces vêtements ne sont-ils pas conçus pour être à la fois chics et confortables ? Pourquoi est-il encore nécessaire de séparer systématiquement les vêtements selon les genres ? Et à quand l’ajout de grandes allées de vêtements neutres dans nos magasins ?

En redécouvrant totalement corps et visage dans leur état naturel et en se soumettant à beaucoup moins de contraintes, on peut ainsi choisir de plein gré ce que l’on souhaite faire de son apparence. L’image que le miroir nous renvoie se veut dorénavant moins stressante et « reflète » davantage nos goûts, envies et humeurs du moment. D’ailleurs, l’apparence naturelle doit incessamment être normalisée, notamment parce qu’elle ne devrait pas exprimer notre état d’esprit ou qualifier nos compétences dans la vie professionnelle ou quotidienne. Toutefois, la baisse de l’importance accordée à l’apparence physique peut être causée par des symptômes dépressifs ou simplement par un manque de motivation ou d’énergie : particulièrement en temps de pandémie, il est absolument légitime de vivre des insécurités et des moments éprouvants.

Ainsi, il semblerait que les périodes de confinement aient eu au moins un effet globalement positif : celui de permettre à de plus en plus de femmes de se sentir libres et en contrôle de leur apparence. De fait, on a récemment débattu des restrictions entourant le port de la jupe comme uniforme dans les écoles secondaires et comme quoi les normes sociales actuelles conduiraient à l’hypersexualisation du corps féminin. Si l’on transcende ces attentes dépassées, certaines jeunes femmes apprendront peut-être à enfin apprécier leur corps et à l’« incarner » tel qu’elles le désirent.

Même s’il reste difficile de prévoir les nouvelles habitudes lors du retour à la normale, on espère que les standards de beauté désormais rétrogrades, pour ne pas dire carrément sexistes, n’auront plus leur place au sein de la société et que les attentes purement extérieures n’interféreront jamais plus sur la scène de l’apparence physique. Il est donc grand temps de tourner la page sur ce sujet, pour pouvoir éventuellement fermer le grand livre des attentes injustifiées envers les femmes.

Photo : Juliana Malta sur Unsplash

À propos de Myriam Prasow-Émond

Myriam Prasow-Émond est étudiante à la maîtrise en physique à l’Université de Montréal. Elle s’intéresse notamment à ce qui touche au féminisme, à la santé psychologique et à l’environnement.

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