Point de vue

Une nouvelle confédération syndicale internationale pour affronter la mondialisation

jeudi 30 novembre 2006, par Jacques LÉTOURNEAU

C’est plus de 300 syndicats du monde entier qui ont créé, le 1er novembre dernier, la Confédération syndicale internationale (CSI). Issue de la Confédération internationale des syndicats libres (CISL) et de la Confédération mondiale du travail (CMT), la nouvelle organisation représentera 168 millions de travailleurs et de travailleuses dans 154 pays. Cet événement historique, devenu nécessaire au regard de la conjoncture suscitée par la mondialisation néolibérale, représente un moment fort pour les travailleurs et les travailleuses.

Ce congrès vient aussi de tourner une page importante dans l’histoire du syndicalisme mondial. Non seulement la CSI représentera maintenant les syndicats affiliés de la CMT et de la CISL, mais aussi des centrales syndicales indépendantes comme la Confédération générale du travail (CGT) de France, la Centrale unique des travailleurs (CUT) de Colombie et la Centrale des travailleurs argentins (CTA). Cette nouvelle organisation, dirigée par le syndicaliste anglais Guy Ryder, sera appelée à jouer un rôle de premier plan pour contrer les effets dévasta¬teurs des politiques néolibérales.

Un travail colossal pour la CSI

La Confédération syndicale internationale (CSI) devra vite s’imposer comme interlocuteur crédible dans le processus d’intégration économique mondiale. Comme le soulignait à juste titre un syndicaliste africain, il ne s’agit pas uniquement de changer les structures, mais bien d’assurer le renouvellement du syndicalisme afin de permettre un juste retour du balancier en faveur des plus démunis. Même son de cloche chez le secrétaire général de la nouvelle organisation : « À la base de la création de la CSI se trouve la reconnaissance du fait que si nousvoulons réellement tenir notre promesse et améliorer la vie des gens, nous n’avons guère d’autres choix que de changer », a déclaré Guy Ryder. En ce sens, la CSI propose de pratiquer une solidarité concrète, sous forme de campagnes internationales, de mobilisations et d’organisations.

On le sait, la mondialisation entraîne avec elle une rivalité accrue entre les pays, impliquant par le fait même une concurrence entre les travailleurs et les travailleuses. Au Québec, les exemples de fermetures d’entreprises sont nombreux et illustrent le problème auquel le mouvement syndical est confronté. Ces entreprises transfèrent la production, car elles sont attirées par une main-d’œuvre à moindre coût là où les normes internationales du travail ne sont pas mises en vigueur. Nombreux sont les pays membres de l’Organisation internationale du travail (OIT) qui ratifient ces normes, mais qui font exactement le contraire quand il s’agit de les mettre en application dans le cadre des échanges commerciaux.

James Howard, responsable de l’application des normes à la CSI, signalait à juste titre que « ce sont les gouvernements du Sud, soucieux d’attirer les investisseurs étrangers, qui s’opposent à la pleine application des normes de l’OIT, et non les syndicats indépendants de ces pays, témoins quotidiennement des violations des droits élémentaires des travailleurs ». Des campagnes internationales pour forcer des multinationales et les États à respecter les normes du travail ou la mise en place de mécanismes efficaces de régulation seront au centre de la stratégie de la nouvelle organisation.

Démocratiser la mondialisation

La question de la démocratie sera au cœur de la plateforme de la CSI. Trop souvent on a donné l’impression que le modèle actuel de la mondialisation s’imposait tel un rouleau compresseur, ne laissant à ces détracteurs aucun autre choix que de le rejeter en bloc. « La façon avec laquelle la mondialisation se passe n’est pas inévitable. Elle résulte des choix humains et peut donc être modifiée. Les politiques concernant les marchés financiers, le commerce et les marchés du travail peuvent être modifiées si l’on s’aperçoit qu’elles ne fonctionnent pas pour le mieux », souligne le directeur de l’OIT, Jan Somavia.

Cet enjeu demeure primordial dans la mesure où tout le processus d’intégration mondiale se passe en catimini, sans que les citoyens et même les parlements ne soient consultés. Au niveau international, des joueurs clés comme le Fonds monétaire international (FMI) ou l’Organisation mondiale du commerce (OMC) assument la gouvernance mondiale sans reddition de compte et sans considération pour les questions sociales et environnementales. De plus, dans un contexte de guerre permanente, des institutions comme l’ONU tardent à s’imposer comme interlocuteur pour garantir la paix. La CSI propose ainsi de reprendre le débat au sein même des États, en interpellant les gouvernements sur les enjeux de la globalisation et sur la situation à l’échelle internationale.

Soutenir un modèle alternatif de développement

La nouvelle Confédération syndicale internationale sera confrontée rapidement à la nécessité de construire un discours, de développer une vision, afin de soutenir un autre modèle de développement, respectant l’équilibre entre le social et l’économique. Par exemple, la prolifération de l’économie informelle, particulièrement dans les pays du Sud, témoigne de l’échec lamentable d’un modèle de développement axé uniquement sur l’économique. Dans certaines régions de l’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie, c’est plus de 80 % de la population qui est confinée dans des jobines qui perpétuent l’état lamentable de pauvreté endémique. Cette dure réalité de paupéri¬sation extrême oblige le mouvement syndical à lier l’action syndicale traditionnelle à la recherche de nouvelles formes d’organisations alternatives telles que l’économie solidaire.


L’auteur était délégué au congrès de fondation de la Confédération syndicale internationale pour la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

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