Une journée particulière

jeudi 9 novembre 2017, par Claude Vaillancourt

Il y a des journées comme ça dont on se souviendra longtemps. Le lundi 6 décembre dernier nous avons appris coup sur coup la victoire spectaculaire de Valérie Plante à la mairie de Montréal et l’existence des Paradise Papers, révélant entre autres à quel point le Canada est empêtré dans les paradis fiscaux. Il n’y a pas de liens entre ces deux histoires, sauf qu’elles auront des conséquences qui seront captivantes à suivre.

Le triomphe inattendu de Valérie Plante a soulevé à l’instant d’innombrables commentaires et a été accueillie par plusieurs avec un soulagement. Le style autoritaire de Denis Coderre laissera place, nous l’espérons, à une administration plus ouverte au dialogue et plus proche de ses citoyens.

Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est aussi l’héritage libéral de l’ex-maire, et tout ce qui lui était rattaché : une façon de gérer la ville imprégnée des théories néolibérales, avec un préjugé favorable à des formes de financements comme les partenariats public-privé, et la résignation devant l’obligation de choisir le plus bas soumissionnaire à la suite d’un appel d’offre, sans penser aux conséquences négatives qui peuvent s’ensuivre sur l’économie locale et sur la qualité des services.

Cette façon d’administrer la cité a été renforcée par la ratification de l’accord économique entre le Canada et l’Union européenne, soutenu avec enthousiasme par Justin Trudeau. L’accord permet désormais aux grandes multinationales européennes spécialisées dans les services aux municipalités, comme Veolia et Suez, de répondre à une grande partie des appels d’offre fait par les villes.

La culture économique de la nouvelle mairesse nous permet de croire qu’elle et son équipe résisteront à la tentation de privatiser toujours davantage, et qu’ils développeront le secteur public dans notre municipalité. Il faudra s’attendre à de forte résistance de la part des bonzes sympathisants libéraux, écartés de l’administration de la ville après plusieurs années de règne, et des médias qui ont tendance à les appuyer (ce qu’on a bien vu aux derniers moments de la campagne municipale).

Valérie Plante aura besoin d’un solide soutien de sa base militante, dans la volonté de maintenir une administration davantage au service des citoyens et citoyennes. On oublie parfois que les politiciens progressistes se retrouvent trop souvent dans la fosse aux lions, contre des lobbyistes, maîtres chanteurs et manipulateurs d’opinion, alors que les personnes qui ont voté pour eux, satisfaits de la victoire, n’y pensent plus.

***

L’exposition des Paradise Papers, la journée même de la victoire de Valérie Plante, n’en était pas moins surprenante, par le nombre extraordinairement élevé des documents qui ont fuité et par les révélations touchant entre autres d’importants citoyens canadiens.

Les Paradise Papers ont placé plus que jamais les libéraux de Justin Trudeau devant leurs contradictions. Alors que le premier ministre prétend faire de la lutte contre l’évasion fiscale une priorité, pour le profit de sa bien-aimée classe moyenne, ce nouveau scandale a plutôt révélé à quel point il cherche à l’embobiner. L’une des révélations les plus troublantes pour Justin Trudeau est le rôle joué par son grand argentier, qui a réussi à lui collecter 27 millions $ pour sa campagne électorale. Selon le journal Le Monde du 6 novembre, « le cabinet d’avocats de la famille Bronfman a en outre orchestré pendant des années une campagne de lobbying à Ottawa afin de combattre toute législation susceptible de restreindre l’utilisation d’officines offshore. » Ce loup introduit dans la bergerie explique bien le refus des libéraux d’agir efficacement contre les paradis fiscaux.

Cette dernière fuite vient en outre confirmer par des faits précis et gênants ce qu’Alain Deneault avait largement démontré dans Paradis fiscaux, la filière canadienne, soit des liens persistants entre le Canada et les paradis fiscaux. Les Paradise Papers sont loin d’ailleurs d’avoir tout révélé : ils concernent uniquement la firme Appleby, basée aux Bermudes. Or le paradis fiscal le plus utilisé par les Canadiens est bien la Barbade, dont il a été très peu question.

Les personnalités canadiennes visées par les Paradise Papers se défendent en prétextant leur ignorance ou la légalité de leurs transactions (très discutable, selon des experts). C’est pourtant la financiarisation à un très haut niveau de notre économie et une très grande complaisance de nos gouvernements qui ne permettent plus de savoir où va l’argent, et qui ont causé un scandale permanent dont on mesure la dimension de fuite en fuite.

Les Paradise Papers au niveau du gouvernement fédéral, de même que l’élection de Valérie Plante, au niveau municipal, malgré leur disparité, ont ceci en commun : il faudra une grande vigilance de la part d’un nombre élevé de citoyens pour que ces deux événements puissent véritablement créer les avancées que l’on souhaite.

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