Une grande vague de froid dans l’été brésilien...

jeudi 29 mai 2003, par Anne-Catherine KENNEDY

Ismaël a huit ans. Il ne sait ni lire ni écrire. Je le vois vendre des bonbons toute la journée dans les rues du centre-ville de Novo Hamburgo, situé dans l’État de Rio Grande do Sul. Mais quand il vient me visiter au travail, il me jure qu’il va à l’école. Hmmm... Il aime les fusils, est fasciné par la guerre des trafiquants à Rio de Janeiro et veut devenir médecin. Il n’est pas sûr que l’anglais existe, mais se tord de rire à m’entendre en parler quelques mots. ll habite un des quartiers les plus pauvres et les plus violents de Novo Hamburgo - un de ceux qui ont brusquement perdu leurs programmes sociaux quand le Parti des travailleurs (PT) de Lula a perdu le pouvoir dans cet État. C’est pour ça, me dit-il, qu’il ne va pas « autant » à l’école qu’avant. « Parce que les programmes ont disparu. »

La défaite du PT au niveau étatique est une catastrophe socioéconomique inexplicable, malgré la victoire de Lula aux élections présidentielles de novembre 2002. Tandis que des millions de Brésiliens célébraient sa victoire et celle du PT, imaginant la fin des politiques néolibérales, l’État de Rio Grande do Sul vivait, à mon arrivée, le deuil d’une ère progressiste. Un deuil laissant dans la chaleur insupportable de cette fin d’été du sud brésilien une grande vague de froid, gelant tout sur son passage - autant le financement de la majorité des projets développés sous le gouvernement antérieur que l’enthousiasme des plus militants et des plus grands sympathisants du PT dans la région. « Et maintenant ? » se disaient-ils tous...

La situation était schizophrénique et insoutenable. Non seulement l’action politique du PT au niveau de l’État avait-elle pris fin, mais la tendance politique d’opposition habituelle ne semblait plus valoir la peine puisquele PT occupe maintenant la présidence. Car même si Lula semblait flirter avec le Fonds monétaire international (FMI), le sommet économique de Davos et la droite nationale, à travers des alliances politiques et des nominations ministérielles considérées comme douteuses pour un parti de gauche, le consensus général était qu’il « fallait » l’appuyer. Mais dans ce pays qui a vu la naissance du Forum social mondial et du budget participatif de Porto Alegre, où il a été prouvé qu’un autre monde est possible, le désespoir et l’inactivité ne durent jamais longtemps.

Entre en scène l’économie solidaire, une forme de développement socioéconomique en expansion qui, selon certains, est le centre du programme national pour combattre la faim - Fome Zero - et l’élément-clé de la reprise en main du destin brésilien. On s’y accroche de plus en plus, de façon désespérée, convaincu que la solution aux problèmes actuels réside dans une économie alternative plus humaine. Mais le gouvernement fédéral saura-t-il développer l’économie solidaire et la jumeler aux autres réformes nationales, afin que des petits aillent à l’école au lieu de vendre des bonbons sur le coin d’une rue ?


Anne-Catherine Kennedy, stagiaire d’Alternatives présentement au Brésil.

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