Journal des Alternatives

Un programme citoyen le 6 novembre

Ève GAUTHIER, 26 octobre 2005

Le 6 novembre, pour la première fois, l’ensemble des élections municipales de la province se tiendront en même temps, à l’exception de quatre villes. L’objectif de cette uniformisation est, selon le ministère des Affaires municipales et régionales, de « créer un temps fort autour de la vie démocratique municipale ». Avec plus de 50 % des maires élus par acclamation faute d’opposition on peut se demander si l’objectif, sera atteint pour 2005. Pourtant, ce ne sont pas les enjeux qui manquent.

La Ville de Montréal confronte des enjeux importants à commencer par son mode de gouvernance, dont la composition du Conseil d’agglomération demeure la grande inconnue. En effet, le 20 octobre, la ministre des Affaires municipales et régionales, Nathalie Normandeau, annulait l’annonce de sa composition à la suite du dépôt du rapport du Comité de transition qui recommandait que l’ensemble des 64 élus de la Ville y siègent. C’est que le maire Gérald Tremblay souhaite, quant à lui, qu’en plus du maire, seuls 14 élus choisis par ce dernier y siègent. Or, le Conseil d’agglomération est l’instance chargée de voir à la gestion de certains services communs entre la Ville centre et les 15 villes défusionnées, ce qui représente jusqu’à 75 % du budget des municipalités.

En plus de l’exercice démocratique, au cœur des préoccupations de cette nouvelle structure, la répartition des richesses entre les villes est un autre des enjeux importants dont doit se préoccuper le Conseil. Yves Bellavance de la Trovep (Table régionale des organismes volontaires en éducaton populaire) de Montréal, ne se fait pas trop d’illusion quant à une réelle péréquation : « À cause d’un manque de volonté politique, on remarque les mêmes inégalités entre les divers arrondissements alors que l’on croyait pourtant que les fusions allaient régler ce problème. »

Si la gestion de l’eau est l’un des services qui passera sous la responsabilité du Conseil d’agglomération, les petites canalisations, elles, seront sous la responsabilité des villes défusionnées. De sorte que Côte-Saint-Luc et Westmount ont déjà lancé un appel d’offres au secteur privé pour la gestion de leur réseau d’aqueducs et d’égouts, tel que le leur recommandait le Comité de transition. Selon Gaétan Breton de la Coalition Eau Secours et professeur au département des sciences comptables de l’UQAM, « on a profité du flou entourant la structure du Conseil d’agglomération pour faire ce coup de force ». Yves Bellavance et Gaétan Breton s’entendent pour dire qu’une telle décision prise par un comité nommé, sans résolution des conseils d’arrondissement concernés, est antidémocratique. « Les citoyens sont mis devant le fait accompli », s’insurge Yves Bellavance qui déplore le fait qu’on ne parle que de propreté alors que les problèmes de pauvreté sont criants à Montréal.

Pour Gaétan Breton, cette situation illustre bien que le principal problème des municipalités est son mode de financement, lequel prend sa source dans le déséquilibre fiscal. Selon lui, vis-à-vis du manque de ressources, les provinces pellettent leurs responsabilités dans le champ municipal : « On étouffe les municipalités créant ensuite des effets pervers comme le recours au privé, l’embouteillement et la vente de l’eau, à la création de barrages. »

La relève municipale

Si plus de 50 % des maires des municipalités québécoises sont élus par acclamation, cela ne doit pas nous amener à conclure pour autant que les citoyens se désintéressent de la politique municipale, au contraire, soutient Stève Dionne, chercheur au Centre de recherche sur le développement territorial : « En région, les gens se connaissent, sont fiers de leur patelin et placotent pas mal. Ils sont au courant des enjeux de leur municipalité et en discutent. » Le défi, dans les petites villes, est selon lui d’intéresser des gens ayant un potentiel à s’engager en politique municipale, où devenir élu relève davantage du bénévolat. Les fonctions de maire et de conseiller ne constituant pas des postes rémunérés à temps plein faute de ressources. Il faut dire que le maire d’une ville de 1 000 habitants, par exemple, n’est rémunéré que 4 000 dollars, auxquels s’ajoutent un compte de dépense de 2 000 dollars. Les retraités sont donc souvent les seuls à avoir le temps et les moyens nécessaires de s’acquitter de ces fonctions. C’est pourquoi, bien souvent, celles-ci sont comblées par acclamation.

Si la relève et la rétention des jeunes en région est un problème en général, cela est également le cas pour la vie politique des municipalités, en particulier. C’est pourquoi, en collaboration avec divers partenaires, la Fédération québécoise des municipalités a lancé une importante campagne afin de favoriser les jeunes candidatures. Martin Poirier, qui brigue la mairie de Rimouski, est l’un de ceux-là. Selon lui, le principal problème de la démocratie municipale dans des villes comme Rimouski est « le chauvinisme et l’élitisme qui y règnent ». Il se dit soutenu par le milieu communautaire et déterminé, s’il devait être élu, « à ramener le citoyen au coeur des décisions » et faire de la lutte à la pauvreté l’un de ses principaux chevaux de bataille.

Pour un programme citoyen

Devant tous ces enjeux, des groupes de citoyens, comme le Groupe de travail sur la démocratie municipale et la citoyenneté (GTDMC) de la SodecM, ont rédigé un Agenda citoyen dans le but de susciter l’intérêt des citoyens pour les questions de démocratie municipale. Pour Anne Latendresse, professeure au département de géographie de l’UQAM et membre du GTDMC ce programme veut « entraîner le débat sur la création de nouveaux espaces de participation citoyenne à la gestion et à la planification des affaires urbaines, plutôt que sur la propreté de Montréal et ses nids de poule ». Désirant élargir un tel outil à l’ensemble des enjeux municipaux au Québec et pouvant servir à tous les citoyens, D’abord solidaires, un mouvement politique citoyen, lançait cet automne un Agenda citoyen plus global1. Pour Martin Poirier, il s’agit « d’un outil que tout candidat devrait avoir en main et que tout citoyen devrait avoir lu avant de voter ».


1. On peut consulter ces deux Agendas citoyens sur le site de D’abord solidaires : www.dabordsolidiares.ca.