Un peu plus haut, un peu plus loin… vous êtes au MAI

mardi 27 mai 2003, par France-Isabelle LANGLOIS

Le MAI (pour Montréal, arts interculturels) est un endroit de rencontres où la culture dans tous ses états est à l’honneur : art dramatique, danse, multimédias, arts visuels, etc. Cultures anglophone et francophone, arabe, africaine, asiatique... sont au rendez-vous depuis 1998.

Le MAI, c’est d’abord un lieu physique avec salles de spectacle, galerie d’art, salles de répétition et café. Un café qui n’a pas l’obligation d’être rentable ! Le MAI est situé rue Jeanne-Mance, à Montréal, dans l’ancien Centre Strathearn. L’édifice appartient à la Ville, le premier partenaire financier du MAI.

« C’est un lieu à vocation professionnelle et interculturelle », explique Sylvie Lachance, directrice générale et artistique du MAI depuis le printemps 2001. C’est le Regroupement pour le développement des pratiques artistiques interculturelles qui a mis sur pied le MAI (avec l’appui de la Ville de Montréal) en 1998. Le MAI est un diffuseur culturel et le seul à Montréal à posséder un mandat « interculturel ». Dans la documentation promotionnelle du MAI, les termes de dialogue, d’échange, de rencontre, de liens entre les cultures locales reviennent constamment. Bref, ce mandat, c’est du sérieux pour tous ceux qui œuvrent au MAI.

Le goût du risque

« La définition d’interculturel, réfléchit à voix haute Mme Lachance, c’est une définition en perpétuel devenir. Je dirais que ce sont deux groupes qui ont une identité définie et qui décident de dialoguer. Au MAI, l’interculturel peut se retrouver autant dans l’œuvre que chez l’artiste. Le fait de travailler avec des artistes d’autres origines culturelles, ça attire un public culturel. Mais en général, le public est mixte. » Le MAI est d’ailleurs l’un des rares lieux à Montréal autant anglophone que francophone.

Si le MAI donne dans l’interculturel, il ne donne pas pour autant dans l’amateurisme. Ce sont des artistes professionnels, confirmés ou de la relève, mais professionnels tout de même, à qui il entend donner un coup de main en diffusant, présentant, exposant leurs œuvres. De plus, commente sa directrice, « on va essayer de donner des cachets aux artistes, question de partager les risques financiers, ou encore de partager [les profits de] la billetterie ». Car, bien sûr, qui dit professionnel en art ne dit pas pour autant richesse. Non seulement est-il difficile de trouver des endroits qui acceptent de diffuser votre spectacle ou votre exposition, encore faut-il pouvoir avancer les coûts de production, incluant la publicité, en espérant y retrouver son compte après la ou les représentations.
Sylvie Lachance est fière sur ce point de l’évolution qu’a connue le MAI : « Les locations [de l’espace : salles de spectacle ou galerie d’art par exemple] prennent de moins en moins de place. Ou nous assumons la diffusion, ou le faisons-nous en partenariat avec l’artiste. » C’est que le goût du risque, la directrice du MAI y tient. Avant de prendre les commandes du MAI, elle avait cofondé le festival Les 20 jours du théâtre à risque, qui s’est tenu chaque année de 1987 à 1998.

Monstres de certitude

La jeune femme n’a pas peur de faire réfléchir, de bousculer et de remettre en question des concepts que l’on croyait jusque-là bien établis. Comme la définition d’« œuvre contemporaine », par exemple. Elle parle de « volonté de démocratisation, sans pourtant arrêter la démarche contemporaine. Il peut y avoir des œuvres actuelles mais ouvertes sur d’autres cultures, plus traditionnelles, comme l’Afrique. Des fois, nous sommes des monstres de certitude, alors que notre langage dit le contraire… »

Le 25 mai, le MAI a ouvert ses portes aux autres groupes de développement culturel de Montréal. « Nous avons développé toute une façon de voir et concevoir les arts, et nous voulons la partager, commente Sylvie Lachance. Cet appel, c’est faire d’une pierre deux coups. Pour dire aux autres organi-sations : "On est intéressé à faire des projets avec vous." Mais c’est aussi pour remettre les pendules à l’heure, sur nos volontés réelles, et les connexions et ramifications que nous pouvons faire entre nous. Peut-être pouvons-nous faire des activités dans d’autres arrondissements ? »

Sylvie Lachance espère bien que la journée du 25 mai mènera le MAI vers d’autres projets et collaborations. En attendant, elle vous invite au Fringe Festival, un festival de danse produit par le Mainline Theatre, du 12 au 22 juin. L’été sera plus tranquille, mais le MAI recevra tout de même quelques artistes en résidence, dont la chorégraphe Livia Daza-Paris, qui lance un appel aux femmes de la communauté latino-américaine, réfugiées, et qui ont vécu la perte d’un être cher avant d’arriver au Canada. La chorégraphe s’en inspirera pour créer un solo qu’elle présentera à l’automne au Festival international de nouvelle danse à Montréal.


France-Isabelle Langlois, co-rédactrice, journal Alternatives

Pour plus d’information :
www.m-a-i.qc.ca

Photo : Exposition de Lionel Doe intitulée Self Portrait, sur la façade extérieure de l’édifice du MAI de la rue Jeanne-Mance à Montréal.

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