Journal des Alternatives

En marge du Troisième Sommet des citoyennEs de Montréal

Un mouvement citoyen mondial

17 au 19 septembre 2004, cegep du Vieux-Montréal

Gustave MASSIAH, 2 septembre 2004

Le mouvement citoyen mondial est gros d’un nouveau monde. Il construit ce nouveau monde à partir des pratiques multiples ; sociales, associatives et citoyennes.

En marge du Troisième Sommet des citoyennEs de Montréal
17-19 septembre 2004)

Il le construit à partir des résistances, sans oublier comme l’affirme Miguel Benassayag que « résister c’est créer ! ». Il le construit à partir de l’espace d’élaboration, de propositions et de confrontations que représente le forum social mondial et ses déclinaisons continentales, régionales, nationales et bientôt locales. Il lui faut aujourd’hui prendre à bras le corps la question du rapport à la scène politique traditionnelle. De ce point de vue, il est intéressant de délier deux dimensions, celle des projets politiques et celle des partis politiques.

La définition d’un nouveau projet politique est en gestation, mais la prise en compte de l’évolution des anciens projets et, dans certains cas leur deuil, n’est pas vraiment achevée. Il ne faut certainement pas négliger la montée des idéologies qui travaillent les sociétés ; même quand elles se veulent « en réaction » et prennent des formes de rappel à des ordres anciens, elles ne peuvent être appréciées en dehors des espoirs d’émancipation qu’elles cherchent à canaliser ou à contenir. Ainsi des idéologies nationales, nostalgiques de l’Etat-Nation idéel, par rapport à des revendications d’identité détournées en nationalisme. Ainsi des différentes tentatives de sécularisation de l’islam, par rapport à des revendications de dignité détournées en intégrisme. Ainsi des réaffirmations chrétiennes reliant le rappel au rigorisme religieux et l’appel à la justice sociale, par rapport à des revendications de morale détournées en moralisme.

Il s’agit de s’interroger sur les espaces politiques qui contribuent au renouvellement du débat et des pratiques politiques. Citons notamment, dans le désordre :
- Les syndicats et les mouvements sociaux confrontés à la remise en cause du salariat comme statu social et à la montée de la précarisation ;
- Les mouvements des exclus qui mettent en avant l’égal accès aux droits notamment pour le logement, l’emploi, la liberté de circulation, la citoyenneté de résidence ;
- Le mouvement paysan qui repose la question de la nature du progrès porté par la mondialisation, des risques majeurs d’une recherche scientifique orientée par le profit et qui réinvente les formes de lutte de la non-violence active ;
- Les mouvements écologistes qui mettent en avant les droits des générations futures et les inégalités écologiques dans le monde ;
- Les mouvements de contestation des formes dominantes des politiques et du système international qui posent la question de la mondialisation, de la redistribution et des paradis fiscaux ;
- Le large mouvement de solidarité internationale qui pose la question de la solidarité internationale comme valeur et comme stratégie et qui propose le partenariat entre sociétés ; le mouvement de défense des droits humains, individuels et collectifs qui porte la défense des droits par les citoyens et qui élargit leur combat aux droits économiques, sociaux et culturels ;
- Les mouvements féministes qui mettent en avant la lutte pour l’égalité et contre les discriminations ;
- Le mouvement de lutte contre l’extrême droite qui pose la question des formes de résistance au racisme et à la xénophobie ;
- Les mouvements qui posent, particulièrement au niveau local, la question du rapport entre la population et le territoire, entre la démocratie représentative et la démocratie participative ; etc.

Tous ces mouvements contribuent à l’invention des valeurs d’émancipation et à la définition des programmes alternatifs qui permettront la reconstruction du politique.

L’évolution du politique ne se réduit pas à l’évolution des partis et des échéances électorales. Le désaveu du politique est plus profond que la déception provoquée par les pratiques de pouvoir et que la désillusion par rapport aux programmes proposés par les partis qui représentent les grands courants d’opinion. Le politique fondé sur les pratiques sociales et locales, les mouvements sociaux et citoyens, les engagements individuels n’a pas faibli.

L’émergence du mouvement citoyen mondial pose une question plus fondamentale dans le rapport entre le social et le politique. Il s’agit de la nécessaire réinvention des formes de la transformation sociale, des formes d’organisation, de l’avenir de la forme-parti. Rappelons la formule d’Immanuel Wallerstein quand il rappelait l’équation stratégique : il faut construire un parti, pour conquérir l’Etat, pour transformer la société. Le mouvement ouvrier, après en avoir débattu pendant des décennies, a reconduit cette équation qui avait servi à la bourgeoisie dans sa construction du capitalisme. Les partis gardent leur intérêt comme acteurs déterminants de la scène électorale dont on ne peut sous-estimer l’importance mais qui ne résume pas le politique. Peut-on pour autant encore séparer les partis des Etats et l’Etat reste-t-il le seul opérateur de la transformation sociale ? Comment penser le débat stratégique et les formes d’organisation à l’échelle mondiale ?

Gustave Massiah préside le CEDETIM (Centre de solidarité internationale) à Paris. Il participera au troisième sommet des citoyens à Montréal les 17-19 septembre prochains.