La solidarité avec la Palestine :

Un combat qui ne peut se permettre un déficit de solidarité

mercredi 23 septembre 2009, par Ronald Cameron

S’il est un combat qui ne peut se permettre un déficit de solidarité, c’est bien celui que poursuit le peuple palestinien. L’agression perpétrée par l’armée israélienne en décembre dernier contre la population de Gaza a précipité nombre de prises de position et des mobilisations partout dans le monde. Mais la multiplication des initiatives, qui expriment certainement cette volonté d’accentuer la pression sur l’État israélien, cherche aussi à réduire l’écart qui s’est creusé avec les années entre les exigences au plan de la solidarité et l’isolement auquel fait face le peuple palestinien avec l’occupation militaire, ostracisme qui s’est nourri de la réduction de l’aide internationale et de son utilisation politique.

Si peu de choses ont changé du côté du gouvernement canadien, on peut constater, au Québec et au Canada, un nombre considérable d’initiatives qui témoignent certainement du sentiment d’ouverture pour la cause palestinienne, malgré les controverses suscitées par les campagnes politiques des lobbys pro-israéliens. Or, si toutes les initiatives sont justifiées, elles n’ont pas toutes le même impact et ne se développent pas toutes de la même manière, dans le temps ou selon le degré de prise de conscience en cours des les différents milieux sociaux.

Au delà des activités d’informations et de sensibilisation, toujours essentielles pour le succès des mobilisations de tout type, au delà des représentations politiques, des pétitions, des conférences d’études, des recours juridiques ou des enquêtes humanitaires qui exigent souvent une expertise singulière, deux initiatives, qui s’inscrivent dans le cadre de mobilisations internationales, permettent de poser des gestes concrets : il s’agit du Forum mondial en éducation qui se tiendra en Palestine en octobre 2010 et qui est appelé par le Comité international des Forums sociaux mondiaux d’une part, et de la campagne de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS), d’autre part.

Vers une délégation québécoise pour le Forum mondial en éducation en octobre 2010

En janvier 2009, à Bélem, dans le cadre de la déclaration à la mobilisation pour refuser les conséquences de la crise économique mondiale et dans une perspective de répondre aux enjeux les plus criants, un appel à se solidariser avec le peuple palestinien invitait les mouvements sociaux à constituer des délégations pour se rendre sur place dans les territoires occupés et pour exiger la levée du blocus de Gaza. C’est à cet appel que la Coalition québécoise pour la justice et la paix en Palestine (CJPP) a répondu en organisant une délégation en mai dernier qui a permis de mobiliser les énergies de plusieurs organisations. Or, dans la même déclaration, le projet de tenir, en Palestine, le prochain Forum mondial en éducation y prenait place.

Si des délégations internationales se font de plus en plus nombreuses, si une telle présence de visiteurs étrangers est ressentie comme un geste important de soutien par la population palestinienne, si le témoignage au retour des visiteurs demeure un puissant levier de mobilisation, le projet d’une rencontre internationale que peut constituer ce Forum mondial en éducation en octobre 2010 revêt un caractère politique singulier. Elle suggère, entre autres, une coordination des délégations internationales. C’est un défi à relever non seulement pour celles et ceux qui sont préoccupés par les questions d’éducation mais aussi pour tout le mouvement de solidarité avec le peuple palestinien. Ce rendez-vous sera certainement un moment fort de mobilisation internationale.

Lors du prochain Forum social québécois, en octobre à Montréal, se tiendra une nouvelle rencontre du comité international du Forum social mondial. Le projet de Forum mondial en éducation sera un point important de la rencontre et la rencontre doit jeter les bases à une véritable coordination internationale pour cet événement.

Campagne BDS : La Norvège ne veut pas financer des entreprises qui contribuent à des violations du droit international

C’est en ces termes que le ministre des finances du gouvernement norvégien, Kristin Halvorsen, a motivé le 3 septembre dernier, la décision prise pour retirer le placement de 6 millions de $ du fonds public de retraite dans l’entreprise israélienne Elbit Systems, spécialisée dans les systèmes de sécurité. Plus récemment encore, le vendredi 11 septembre, le fonds de pension américain TIAA-CREF a aussi indiqué qu’il se retirait de la société « Africa Israel Investments », détenue par le milliardaire israélien Lev Leviev. Le montant demeure minime, 250 000$, mais le geste politique est significatif, surtout pour une société américaine. L’appel lancé en 2005 par la société civile palestinienne à une campagne de boycott, de désinvestissement et de sanctions (BDS) a obtenu un écho fragile au début. Mais force est de constater qu’il bénéficie maintenant d’une légitimité plus grande, depuis l’agression israélienne à Gaza en décembre dernier, mais aussi d’un écho plus large autant au plan international qu’auprès de ressortissants israéliens. Dans les pays occidentaux et aussi latino-américains, des pressions plus fortes se font sentir.

Un événement qui a fait beaucoup de bruits, surtout au Canada, et qui se situe dans cette perspective est celui qui a eu lieu au Festival des films du monde alors qu’une cinquantaine de personnalités, dont Naomi Klein, Jane Fonda, Ken Loach et le réalisateur israélien Udi Aloni, ont refusé d’y participer pour dénoncer la complicité du festival avec la propagande israélienne.

On doit pouvoir obtenir que de tels gestes soient aussi posés ici au Québec. Parmi les cibles, il y a certainement le protocole de bons échanges commerciaux qu’a convenu le gouvernement du Québec avec Israël en septembre 2008, entente qui n’a pas fait rouspéter le gouvernement Harper pour les libertés que le gouvernement québécois a pu prendre au plan international. Mentionnons que dans les suites de cet accord, le comité Québec-Israël a organisé le 16 juin dernier une dégustation de vins israéliens pour les membres de l’Assemblée nationale, où on y retrouvait des représentants du PLQ, de l’ADQ et du PQ … soit Maka Koto, Sylvain Simard et Marie Malavoy. Aussi, un examen plus serré des relations commerciales entre des intérêts québécois devraient nous amener à définir des cibles qui peuvent exercer une pression afin qu’Israël respecte les droits reconnus à l’échelle internationale.

En positif au développement d’une telle campagne, on doit compter sur les prises de positions dans le mouvement syndical qui se font plus nombreuses. En effet, coup sur coup, le congrès du Syndicat des postiers en 2008 puis celui de la CSQ en 2009 ont décidé de d’appuyer une telle campagne BDS. Ces appuis sans précédents dans un pays occidental s’ajoutent à ceux de la FNEEQ (CSN), réitéré en 2009 et du SCFP ontarien. Celui-ci étudie actuellement le moyen d’approfondir sa prise de position en lien avec les fonds de pension détenus par les salariés qu’il regroupe.

Une controverse qui exige un travail permanent d’éducation

Dans une entrevue récente avec Naomi Klein et son éditrice israélienne, Yaël Lerer, la journaliste Cecilie Surasky du média alternatif Alternet signale avec justesse que Peu de campagnes pour la justice dans le monde sont plus polarisantes, voire plus explosives, que le recours au boycott international, au désinvestissement et aux sanctions pour presser Israël de mettre fin à une occupation des territoires palestiniens qui dure depuis 42 ans. (1er septembre 2009 – http://www.alternet.org/story/142341/?page=entire).

Malgré l’évidence de la violation des droits humains, il est vrai qu’une telle campagne exige un travail de sensibilisation pour contrer les perceptions que les protagonistes sont à « armes égales » et démontrer une volonté de se démarquer de l’antisémitisme. D’où les hésitations des uns et des autres qui amènent ainsi une différentiation marquée dans l’action de solidarité et un engagement inégal, tantôt avec un pied sur l’accélérateur, tantôt sur le frein ! Puisque cette entreprise de pression sur l’État israélien risque de se compter sur plusieurs années, rappelons que la FTQ a adopté le boycott de l’Afrique du Sud 20 ans avant que ça se produise.


Ronald Cameron est membre de la Coalition pour la justice et la paix en Palestine

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