Jour J —élections américaines

USA, le spectre du fiasco de l’an 2000

Libération

mardi 2 novembre 2004, par Francois SERGENT

Le vainqueur avait été proclamé après 36 jours de recompte des voix.

Fort Lauderdale (Floride) envoyé spécial — En 2000, il avait fallu trente-six jours aux Américains pour connaître finalement le nom de leur 43e président. La crainte de la répétition de ce scénario-catastrophe hante toujours le pays quatre ans plus tard. Le soir du mardi 7 novembre 2000, sur la foi des sondages de sortie des urnes, les télévisions avaient donné la victoire au démocrate Al Gore puis au républicain George W. Bush, avant de s’avouer incapables de se prononcer, en raison des résultats ambigus de la Floride. En terme de grands électeurs, les deux candidats étaient à égalité et cet Etat faisait à lui seul la différence.

C’est seulement après que la Cour suprême ­ à majorité républicaine ­ lui a accordé la victoire dans cet Etat, le mardi 13 décembre, que Bush est devenu président des Etats-Unis, remportant 271 grands électeurs du collège électoral contre 266 pour Gore. Contre le verdict du suffrage populaire, Gore ayant obtenu 50 999 897 voix (48,38 % des suffrages) contre 50 456 002 (soit 47,87 % des suffrages) pour Bush. Pour la quatrième fois dans l’histoire des Etats-Unis, mais la première depuis le XIXe siècle, le vainqueur était minoritaire parmi les électeurs.

Avocats. Pour arriver à cette issue encore contestée aujourd’hui, des équipes d’avocats s’étaient déchirées devant tous les tribunaux de Floride, Etat dirigé par le frère de Bush. Tout avait été contesté : l’inclusion des votes par correspondance, qui finalement ont donné la victoire à Bush avec 537 voix d’avance (sur plus de 5 millions de suffrages exprimés) ; les bulletins eux-mêmes, plus ou moins bien troués par les machines à voter mécaniques.

L’affaire était passée de juges locaux en juges locaux puis devant la Chambre de Floride, à majorité républicaine, puis la Cour suprême de l’Etat, entretenant le suspense pendant plus d’un mois au fil des comptes et recomptes à répétition. Finalement, la victoire de Bush en Floride, donc au niveau national, avait été décidée par la Cour suprême, à majorité conservatrice, par 5 voix contre 4. La Cour avait mis fin aux recomptes des voix, que ce soit dans l’ensemble de l’Etat ou dans les comtés les plus contestés. Mais, aujourd’hui encore, plus de 40 % des Américains estiment que « Bush a volé l’élection ».

Fiabilité

Depuis ce fiasco, plusieurs grands journaux comme le New York Times et le Washington Post ont tenté à leurs frais, avec le soutien technique de l’université de Chicago, de recompter l’ensemble des votes exprimés en Floride en 2000. Un exercice complexe qui donne ­ in fine et sous certaines conditions ­ la victoire à quelques dizaines de bulletins prêts à Al Gore. Ce fiasco, au-delà de l’extrême politisation du scrutin en Floride, était dû à un système électoral préhistorique et inefficace (lire page suivante). Depuis, le Congrès a cherché avec le « Help America Vote Act » (loi pour aider le vote en Amérique) de 2002 à moderniser le système de vote en généralisant les machines électroniques et à faciliter l’inscription sur les listes électorales. Mais les ordinateurs à écran tactile ne sont pas fiables, selon de nombreux experts ; et ils ne gardent pas de trace papier qui permettrait un recompte, ce qui laisse la voie libre à de nouvelles contestations en cas de scrutin serré, en Floride comme ailleurs.


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