Entrevue avec l’auteur de polars américain Dennis Lehane

« Tout est une question ou d’argent ou de pouvoir »

samedi 30 novembre 2002, par France-Isabelle LANGLOIS

Dennis Lehane était de passage à Montréal dans le cadre du Salon du livre, il y a quelques jours, pour signer son dernier livre traduit en français, Mystic River, qui sera bientôt porté au grand écran par Clint Eastwood.

Trois jeunes garçons de 11 ans se bagarrent dans la rue. Une voiture qui passe par là s’arrête. Deux types en sortent, se disent policiers. Ils font monter dans leur voiture l’un des trois gamins, le plus faible apparemment, Dave. Quelques jours plus tard celui-ci réapparaît. Rien ne sera plus jamais pareil, les trois garçons ne se fréquenteront plus. Trente ans plus tard, tous trois sont mariés et mènent leur vie tant bien que mal. Jimmy a fait un peu de prison, mais est maintenant un père exemplaire, rangé. Un dimanche matin, sa fille aînée, Kathy, est retrouvée sauvagement assassinée. Or c’est Sean, le troisième copain, qui est chargé de l’enquête et Dave finit par être suspecté... Voilà la trame de fond de Mystic River, un excellent suspense bien construit. Mais c’est aussi plus que ça, c’est aussi la description d’une figure cachée de l’Amérique, qui cette fois ne fait pas rêver.

Dennis Lehane est un auteur à succès de polars américains qui se déroulent tous dans les quartiers mal famés de Boston où il a lui-même grandi et habite toujours. Sur fond de thriller policier, c’est l’univers glauque, sans merci et violent de l’avenir bouché des habitants de quartiers populaires blancs où les usines ont fermé depuis longtemps qui nous est conté. « Les polars peuvent être une très bonne critique sociale », affirme l’auteur qui admet que c’est bien ce qu’il tente de faire. « Oui, c’est un engagement social. Les romans où l’on raconte des crimes sont bien des romans à caractère social », répète encore Dennis Lehane. L’auteur nous explique qu’il y a en ce moment une sorte de renaissance du roman policier : « Quelque chose se passe, et si je peux faire partie de ce mouvement, j’en serai très heureux. »

« Ce que je décris dans mes romans, c’est la classe d’en bas », raconte l’auteur. Une partie de la population oubliée plus souvent qu’autrement, dont il n’est pas très souvent question. Mais il n’est pas le seul écrivain américain qui s’en préoccupe et qui dénonce ses maux et ses souffrances, insiste-t-il. Il y a aussi des cinéastes. Méfiant, il tient alors à préciser qu’il y a une phrase qu’il ne peut pas souffrir lorsqu’il voyage, c’est : « Ah, vous les Américains… » « Comme si tous les Américains étaient exactement les mêmes. Je n’ai rien à voir avec un gars du Texas, je ne pense pas comme lui », s’emporte presque l’auteur.

Du coup, il parle du 11 septembre, dit regretter que les Américains n’aient pas saisi la chance de se remettre en question, de se poser des questions. « Vous savez, il n’y a rien de pire dans la vie que lorsque l’on est très sûr de soi. C’est habituellement à ce moment que l’on commet les plus graves erreurs. » Et c’est aussi le drame du personnage de Jimmy dans Mystic River. « Tout est une question ou d’argent ou de pouvoir », résume l’auteur.
En terminant, Dennis Lehane se dit optimiste, pas cynique mais sans doute sceptique. « Oui, optimiste, parce qu’autrement on ne peut pas passer à travers la journée. »

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