Sur la frontière

dimanche 29 août 2004, par Michel WARSCHAWSKI

Le 3 juillet, Azmi Bishara, un Palestinien de Galilée qui est membre du Parlement israélien (Knesset), a entrepris une grève de la faim contre la construction du mur de l’apartheid dans les territoires occupés. Plusieurs dizaines de personnalités palestiniennes se sont par la suite jointes à lui.

Le but de la grève était d’attirer l’attention du monde sur le mur, et de relacer la mobilisation palestinienne et israélienne. Depuis la condamnation du Mur par le Tribunal international de La Haie, il est devenu évident pour tout le monde que le Mur va transformer les territoires occupés en un immense ghetto. La société palestinienne sera fragmentée socialement, économiquement, culturellement. Les enfants seront séparés de leurs parents, les élèves de leurs écoles, les fermiers de leurs champs, les patients des hôpitaux. Le mur est en fait un crime de plus contre le peuple palestinien. Si nous ne bloquons pas ce mur, il pourrait conduire à la destruction de toute une société et également fermer la porte à un futur accord de paix entre Israéliens et Palestiniens.

Quelques jours après le début de la grève, je me suis moi-même joint aux amis palestiniens, à la fois pour des raisons personnelles et pour des raisons politiques. Plusieurs des grévistes étaient des amis de longue date, comme Hasni al Issawi, un activiste de l’OLP qui avait participé aux conférences de la gauche israélienne (Matzpen) dans les années 1970. En mars 1976, j’ai été emprisonné avec un autre gréviste, Sarhan Salaimeh, aujourd’hui chef du conseil municipal de la ville de Al-Ram. Avec Ahmad Ghneim, nous avons organisé plusieurs campagnes au début des années 1990 contre l’expansion des colonies de peuplement. Avec Judeh Jamal, nous avons organisé des délégations en Europe pour expliquer le point de vue du camp de la paix en Israël et en Palestine. Avec Azmi Bishara finalement, nous avons établi l’« Alliance pour l’égalité » en 1991. Avec tous ces amis palestiniens, je partage des valeurs, une lutte commune, un projet politique, et ce depuis 35 ans.

Mais il y avait aussi des raisons politiques pour ma participation à la grève de la faim, en tant que Juif. Quand mon gouvernement a décidé d’enfermer tout un peuple dans une prison à ciel ouvert, en fait de transformer la Cisjordanie et Gaza en un ghetto, je ne pouvais pas rester passif. Je devais traverser la barrière du ghetto et me joindre aux victimes.

Durant la deuxième guerre mondiale, de nombreux non-Juifs ont aussi rejoint les Juifs, croyant que c’était la seule façon de se démarquer des horreurs qu’on infligeait aux populations des ghettos à l’époque.

Depuis trois décennies, j’ai décidé d’être « sur la frontière », pour faciliter la coopération et la solidarité entre Israéliens et Palestiniens. C’est ainsi que nous avons mis en place l’Alternative Information Center, pour être ce pont sur la frontière, un côté en Palestine, un côté en Israël. Et depuis, nous avons gardé notre pont ouvert, en dépit des fermetures, en dépit de la répression. Nous nous rencontrons, nous parlons, nous coopérons, nous échangeons.

Nous nous demandons maintenant si le mur va menacer ce dialogue dans le futur. Comment pourrons-nous développer la coopération de tous les jours ? Comment pourrons-nous lutter ensemble ? Ma décision de rejoindre la grève de la faim de mes amis palestiniens est un début de réponse à cette question angoissante.

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