Élections 2006

Stephen-s‘en-va-t-en-guerre

mercredi 14 décembre 2005, par Pierre BEAUDET

Stephen Harper annonce qu’un prochain gouvernement dirigé par le parti Conservateur réinvestirait dans l’armée pour « protéger le Canada ». Il se plaît à décrire l’armée canadienne comme une force délabrée qu’il faut urgemment équipée de nouveaux gadgets militaires. En réalité, le problème n’est pas là où il pense.

Le Canada n’est pas « sous-militarisé »

En comparaison avec bien d’autres pays, Canada reste parmi ceux qui dépensent le plus dans le monde pour son armée. Ainsi, en pourcentage du produit intérieur brut (PIB), le Canada se situe au 15e rang (sur 190 pays). Si on compare notre situation avec celles des pays qui sont membres de l’OTAN et donc qui sont proches de nous, le Canada se situe au 7e rang sur 26 pays membres. Seuls quelques pays dépensent plus que le Canada, les Etats-Unis bien sûr, la France et la Grande-Bretagne également, ainsi que l’Allemagne. Toujours en pourcentage du PIB, nous dépensons plus que la Norvège, l’Espagne ou la Turquie. L’argument des conservateurs est que le gouvernement a coupé dans les dépenses militaires durant les dernières années. M. Harper ne dit pas cependant que le budget avait beaucoup augmenté dans les années 80-90. Il ne dit pas non plus que d’autres engagements ont été encore plus réduits, notamment les budgets dévolus à l’aide au développement, ce qui met le Canada dans le peloton de queue dans ce domaine. Alors que l’ONU estime que les pays riches devraient consacrer au moins 0,7% de leur PIB à l’aide au développement, le Canada reste très loin de cette proposition que les gouvernements canadiens successifs ont pourtant endossée.

Vous avez dit « sécurité nationale » ?!?

De nombreuses études ont démontré récemment que la sécurité dans le monde était menacée par plusieurs phénomènes. La montée du terrorisme par exemple est liée à l’exacerbation de conflits complexes, à la décompositions d’états. Dans plusieurs cas dont le plus connu est l’Afghanistan, la misère se conjugue à l’absence de démocratie et conduit à l’extrémisme et la violence. Conséquemment, il est absurde de penser qu’on pourra assurer la sécurité des citoyens seulement en augmentant les budgets militaires. Ce qui ne veut pas dire que la défense nationale n’est pas importante. Mais si on veut lutter contre l’extension des conflits, la diplomatie, l’aide au développement, le redressement des inégalités sont autant de pistes qui sont indispensables.

Mon ami Georges W. Bush

Depuis 2001, l’administration Bush s’est lancée dans ce qu’elle définit elle-même de « guerre sans fin ». En utilisant les plus gros mensonges, elle a convaincu, temporairement au moins, l’opinion américaine qu’il fallait reconquérir le monde pour empêcher des attentats comme ceux que l’on a vus contre le World Trade Center. Tout cela découle d’une vision stratégique du monde que les néconservateurs américains ont concoctée il y a quelques années, et qui implique une offensive militaire tout azimut contre des parties importantes du monde, notamment celles où se trouvent des ressources énergétiques comme le Moyen-Orient et l’Asie centrale. On ne pourrait expliquer autrement l’augmentation extraordinaire du budget militaire américain qui dépasse $500 milliards par an, soit plus de 50% des dépenses militaires totales dans le monde. Pour accompagner cette démarche, Washington tient beaucoup à embrigader ses alliés, d’où la pression continue qui est exercée sur le gouvernement canadien. Récemment en refusant d’entrer de plain-pied dans le projet de bouclier antimissile, le gouvernement libéral a encore une fois irrité Bush. Mais le lobby proaméricain continue son travail. L’argument qui prévaut est que le Canada n’a pas « le choix » que d’aider nos voisins et amis américains. Pour cela, il faut bien sûr augmenter le budget militaire et participer aux opérations américaines. Comme par hasard, Stephen Harper parle le même langage.

Le Canada dans le monde

Pour la majorité des Canadiens, l’armée est là en principe pour assurer la protection de la population et donc du territoire. La guerre froide est terminée, il n’y a plus de menace nucléaire et bien que des conflits prolifèrent, les réponses la plupart du temps sont davantage politiques que militaires et doivent s’exercer sous le mandat de l’ONU. L’armée canadienne n’est donc pas là pour participer aux guerres américaines, celles en cours et celles qui s’annoncent, contre l’Iran ou la Syrie. Avant de dépenser plus d’argent pour le militaire, assurons-nous que notre politique extérieure soit équilibrée. Que nous soyons capables de tenir tête à la superpuissance américaine en s’appuyant sur la communauté internationale. Que nous puissions contribuer encore davantage à l’ONU et que surtout, nous rehaussions notre présence dans un monde avide de justice, de paix et de démocratie.

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