Sommes-nous gouvernés par les minières et les pétrolières ?

mardi 11 octobre 2011, par Michel LAMBERT

Que peuvent avoir en commun Lawrence Cannon, André Boisclair et Lucien Bouchard ? Les trois sont d’anciens élus. Les trois, lors de leurs mandats respectifs prétendaient travailler pour la population et non pour les entreprises privées. Les trois sont aujourd’hui recyclés en promoteurs de l’industrie extractive !

Il n’y a plus de présentation à faire pour Lucien Bouchard, l’ex-premier ministre du Québec, qui en janvier dernier a pris la relève du mal aimé André Caillé à la tête de l’Association pétrolière et gazière du Québec (APGQ) pour défendre, presqu’aussi mal, le dossier des gaz de schiste.

André Boisclair, aussi ancien chef péquiste, et qui a été de surcroît ministre de l’Environnement (? ?!?), siège maintenant au Conseil d’administration de la compagnie albertaine Questerre Energy qui, elle aussi, lorgne le créneau du gaz de schiste au Québec.

Lawrence Cannon enfin est depuis peu à l’emploi de Gowling Lafleur Henderson, un Cabinet d’Avocats reconnu pour son travail en matière d’énergie, de pétrole et gaz et de droit minier… Cet ancien ministre conservateur, lieutenant québécois de Stephen Harper jusqu’aux dernières élections fédérales, siège depuis 2 semaines au Conseil d’administration d’ Oceanic Iron Ore Corp, une autre minière qui aligne son développement sur le Plan Nord de Jean Charest avec un projet d’extraction milliardaire dans la Baie D’Ungava.

On peut dès le départ s’interroger sur l’ouverture extraordinaire que la loi semble permettre à ces trois anciens députés de devenir aux lendemains de leurs mandats des lobbyistes attitrés de l’industrie extractive (rappelons s’il faut le faire qu’il est théoriquement interdit de faire du plaidoyer pour des entreprises après avoir été un élu… mais bon…). On peut même s’interroger sur l’indépendance de jugement que ces personnes avaient réellement lors de leur passage au gouvernement alors que leurs intérêts personnels et projets d’avenir, étaient visiblement alignés sur ceux de l’entreprise extractive.

Mais ces faits prennent toute leur incroyable signification quand on regarde plus globalement, mais aussi dans plusieurs secteurs, les choix politiques et économiques que font nos gouvernements, systématiquement en faveur des minières.

Prenons par exemple le secteur de la coopération internationale que je connais bien et où, clairement, l’ACDI qui a coupé de nombreuses organisations de droits humains détourne maintenant l’argent de la coopération vers l’industrie extractive.

Le 29 septembre dernier, à l’occasion d’un Sommet de dirigeants d’entreprises, Bev Oda, ministre fédérale de la Coopération internationale, annonçait quatre nouveaux projets pour une valeur de près de 27 millions de dollars pour soi-disant « aider les pays en développement en Afrique et en Amérique du Sud à gérer leurs ressources naturelles ».

Ces projets qui impliquent des ONG de coopération internationale canadienne, dont la crédibilité ne sera pas à la hausse dans les prochains mois, seront aussi exécuté avec la collaboration de trois des plus décriées minières canadiennes, notamment Rio Tinto Alcan, IAMGOLD et Barrick Gold. La dernière étant bien connue pour ces attaques contre la liberté d’expression, notamment dans le procès-baillon intenté à la maison d’édition Écosociétés.

Selon le site même de l’ACDI, chacun de ces projets vise « la formation professionnelle liée aux besoins du marché du travail », à « renforcer la capacité de l’administration locale à mettre en œuvre des plans de développement », à « développer le capital humain dans le secteur minier et ses sous-secteurs »… À peu de choses près, il s’agit de tentatives d’amadouer les communautés impliquées dans ces projets en Colombie, au Pérou, en Bolivie, au Burkina et au Ghana pour, bien sûr, empêcher ou minimiser les éventuelles oppositions locales.

Car opposition il y a. La plus notoirement décriée des minières est sans conteste Barrick Gold qui a constamment écrasée toute velléité d’oppositions locales à ces opérations que ce soit en Amérique latine ou en Afrique. Le dernier exemple, à sa mine de North Mara en Tanzanie, a fait l’objet récemment d’un long article dans le Globe and Mail (1). Le journal cite un rapport commandé par les Nations Unies qui conclu que « la communauté se sent flouée par l’établissement et le fonctionnement de la mine ».

En vertu de quelle logique le gouvernement conservateur de Stephen Harper peut-il justifier ces dons à des compagnies qui font littéralement de milliards de profits par année ? En quoi le fait de subventionner les efforts de relations publiques dérisoires de ces mastodontes, dans des localités ravagées par l’exploitation éhontée de leur ressources naturelles, est-il de la « coopération internationale » ? Non, il n’y a aucune logique. C’est l’intérêt pur qui domine. Celui des grandes firmes minières, financières ou commerciales qui soumettent nos gouvernements à leur bon vouloir.

(1)


Voir en ligne : Presse-toi à gauche

À propos de Michel LAMBERT

Co-fondateur en 1994 puis Directeur général d’Alternatives entre 2007 et 2020, Michel Lambert fut Président de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale de 2017 à 2020. Il a travaillé au rapprochement des groupes et organisations de la société civile, d’ici et d’ailleurs pour la promotion des principes de la démocratie, de l’égalité et de l’équité pour tous.

Il a tour à tour développé plusieurs des programmes de solidarité internationale d’Alternatives en plus de lancer et animer de multiples campagnes de justice sociale au Québec et au Canada. Il a dirigé l’antenne d’Alternatives en République démocratique du Congo entre 2002 et 2005 avant de prendre la direction de l’organisation en 2007.

Michel Lambert fut membre du Conseil de Gouvernance d’Alternatives International , du Conseil d’administration d’Alliance syndicats et tiers-monde. Il a aussi été membre des Conseils de l’AQOCI entre 2009 et 2013, de l’Association pour le progrès des communications (APC) entre 2008 et 2011 puis entre 2017 et 2020 et de Food Secure Canada entre 2009 et 2012

Il a représenté Alternatives au Conseil International du Forum social mondial et au sein de diverses coalitions québécoises et canadiennes dont notamment, les coalitions Pas de démocratie sans voix, Voices/voix. le Réseau québécois de l’intégration continentale - RQIC et plus récemment au comité de coordination du Front commun pour la transition énergétique .

Michel Lambert a joué un important rôle de mobilisation et de construction lors du Forum social des peuples tenu à Ottawa en août 2014 .

En 2018, il confondait Cultiver Montréal, le réseau des agricultures montréalaises.

En 2020, il a contribué à la création du FISIQ, le Fonds d’investissement solidaire international du Québec.

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