Slaxx ​— un film délirant et macabre, tout comme la fast fashion

mardi 22 septembre 2020, par Hélène R. Hidalgo

Avez-vous déjà entendu parler de jean tueurs et d’employés qui meurent assassinés par les vêtements qu’ils vendent ? Le slasher ​Slaxx​ nous transporte dans un univers entre comédie d’horreur, gore sanglant et critique engagée de l’industrie de la fast fashion​ (mode jetable).

Réalisé par la cinéaste montréalaise, Elza Kephart (Graveyard Alive : A Zombie Nurse in Love, 2003), ce film est né d’une idée discutée lors d’un road trip avec des amis, dont la co-scénariste Patricia Gomez Zlatar. « C’est parti d’une idée hilarante de pantalons tueurs ! », se souvient la réalisatrice. « À ce moment-là, Patricia travaillait chez Gap. C’est elle qui a suggéré que le scénario se déroule dans un magasin. On a fait beaucoup de recherches sur la ​fast fashion​ et c’est après avoir vu le documentaire « The True Cost » par Andrew Morgan, que l’idée pour le film s’est concrétisée et que j’ai voulu en faire un film politique. Mais à la base, c’était une idée complètement farfelue ! »

Si ce film fait rire aux éclats, la réalité des travailleurs et travailleuses dans les manufactures de vêtements en Asie du Sud et autres lieux de la production textile du Sud global est loin d’être réjouissante. « En regardant des documentaires, j’ai vraiment été hantée par les images de jeunes femmes qui travaillent dans des ​sweatshops​ dans des conditions de misère », explique Elza Kephart.

Tous piégés dans un ​sweatshop​, les corps des travailleurs et travailleuses deviennent eux aussi des marchandises. Dans ce film, c’est la jeune comédienne Romane Denis que l’on voit piégée dans l’espace restreint d’une grande chaîne de magasins de mode, soumise à la domination de son gérant et du système de consommation. Une autre présence féminine hante l’écran : celle de l’esprit d’une jeune travailleuse indienne de 13 ans qui s’incarne dans une paire de jeans pour exercer sa vengeance meurtrière.

Car dans plusieurs pays, les corps continuent de s’écrouler s​ous le poids de la demande toujours exponentielle par les pays du Nord pour les vêtements à bas prix. Le coût réel de ces vêtements continue d’être payé par les employé·es de l’industrie textile qui se trouvent à des milliers de kilomètres d’ici, leurs corps absorbés par un système de production délocalisé du Nord vers le Sud, soumis à de longues journées de travail, au manque de sommeil, exposés à des substances toxiques, à des particules de tissu, à de mauvaises conditions de travail, sans compter le harcèlement psychologique constant à l’intérieur des manufactures et les faibles salaires qui perpétuent la pauvreté.

Dans le monde, quelque 250 millions d’enfants âgés de 5 à 14 ans sont forcés de travailler dans des conditions de travail inhumaines, selon l’Organisation internationale du travail (OIT). Les chaînes comme Gap, H&M, Forever 21, Adidas, Nike et ASOS, ont basé leur modèle d’affaires sur l’exploitation des travailleurs et travailleuses soumis·es à des cycles de production toujours plus rapides et exigeants. « J’ai toujours eu un problème avec la machine de consommation et ​Slaxx​ est devenu un véhicule parfait pour tout ce que je trouvais qui n’allait pas dans la société de consommation », dit la réalisatrice.

En toute cohérence éthique, les jeans utilisés dans le film sont fabriqués avec du denim japonais et sont assemblés dans des conditions équitables dans des ateliers à Montréal par la compagnie canadienne Naked and Famous Denim. « J’ai visité leur fabrique et c’est vraiment très éthique », précise Elza Kephart. « Afin de diminuer les émissions de GES liées au transport, le film a également été filmé exclusivement à Montréal et ses environs. « Même les acteurs de Toronto sont venus à Montréal en train ! », rassure la réalisatrice.

Car la production de masse de vêtements a également un impact sur l’environnement et contribue énormément au réchauffement planétaire. L’industrie de la mode est responsable d’environ 10 % des émissions de carbone dans le monde chaque année, selon le GIEC.

« C’est une des industries les plus polluantes, en grande partie à cause du transport et de la production manufacturière. Le tissu est fabriqué à un endroit, les boutons proviennent d’ailleurs et tout ça est par la suite envoyé à un autre endroit pour que le vêtement puisse être assemblé, puis envoyé encore une fois dans les différents points de vente partout dans le monde. Alors ça produit beaucoup d’émissions », poursuit la réalisatrice.

Parallèlement à son travail cinématographique, Elza est activiste au sein d’Extinction Rébellion Québec et un groupe d’action climatique qu’elle a fondé au printemps dernier.

« Avant le coup d’éclat d’Extinction Rébellion en Angleterre à l’automne 2018, je n’étais pas du tout consciente de la gravité de la crise climatique. XR a vraiment été une porte d’entrée dans le monde de l’activisme. Récemment, on a fait une action d’affichage devant un magasin de mode au centre-ville et j’ai vu à quel point les gens ont été touchés. Je pense qu’il y a un engouement pour la dénonciation de la société de consommation et du capitalisme quand on fait ça de façon rigolote », dit Elza qui ne fait que multiplier les projets engagés et éveiller les consciences.

Slaxx​ sera dans les salles de cinéma jusqu’au 24 septembre.

Propos recueillis lors d’une entrevue avec Elza Kephart le 12 septembre au Cinéma du Parc.

Photo : Marlène Gélineau Payette

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