S’engager ailleurs plutôt qu’ici

mardi 25 novembre 2003, par Gil COURTEMANCHE

Je suis fasciné par notre capacité de changer le monde. Québec, Seattle, Gênes : autant d’étapes victorieuses pour ceux qui refusent la mondialisation du capital. Depuis, dans les grands forums mondiaux, on prend en compte les opinions des altermondialistes.

Nous parvenons sur les problèmes planétaires à créer de grands rassemblements, de grandes coalitions fondées sur des valeurs communes : la paix, la justice, l’égalité. Nous nous sommes opposés par centaines de milliers à la guerre en Irak, nous avons fait reculer l’Organisation mondiale du commerce (OMC), nous nous sommes mobilisés pour l’application du protocole de Kyoto, dans nos temps perdus, nous militons pour la sauvegarde des baleines. Nous sommes capables de détecter toutes les menaces globales et manifestons avec raison contre toutes les atteintes à la liberté en Algérie. Les journalistes emprisonnés (sauf à Cuba) nous interpellent, la pollution sur les plages de France nous scandalise, nous sommes à l’écoute du monde et nous prenons position. C’est bien.

Ici, chez nous, le gouvernement se prend pour le Fond monétaire international ou la Banque mondiale. Nous, ce sont les grands meurtres planétaires qui nous mobilisent. Donnez-moi une autre guerre américaine pour qu’on manifeste. Ici, on sacrifie les assistés sociaux sur le bûcher de l’équilibre budgétaire. Ici, on cherche un moyen de donner aux banlieues riches une façon de ne pas payer pour les coûts de la grande ville. Ici, on s’attaque à la sécurité d’emploi que les syndicats ont gagnée de hautes luttes. Ici, on pénalise les pauvres en augmentant les tarifs des garderies ou du transport en commun. Ici, on charcute dans les capacités de l’État d’orienter le développement économique. Ici, on abandonne la lutte contre la pauvreté, on coupe dans les budgets alloués aux bibliothèques scolaires. Ici, le gouvernement fait exactement ce que nous combattons quand cela menace la planète.

Alors reprenons pour ceux qui ne comprennent pas. Le gouvernement Charest, c’est l’OMC et la ZLÉA. Les mêmes principes, les mêmes tactiques, la même philosophie, la même bêtise commerciale et économiste. Mais ici, parce que c’est ici et que ce n’est pas le monde, nous sommes incapables de réagir comme nous l’avons fait contre la ZLÉA ou contre la guerre en Irak. Nous préférons nous battre collectivement contre les meurtres énormes qui se commettent à l’étranger que contre les petits meurtres qui se commettent ici, quotidiennement.

Après tant de succès à l’échelle planétaire, la société civile serait-elle incapable de remporter des victoires dans sa propre société ? Il semble bien que oui. Les combats d’ailleurs sont plus passionnants que les combats d’ici. Pourquoi ? Ils ne sont pas exigeants. Ils ne nous engagent pas dans notre environnement immédiat. Nous voulons changer le monde… pas le nôtre. Ce serait trop compliqué.

P.S. Je viens d’apprendre qu’à l’initiative de la CSN, les groupes sociaux, dont Alternatives, s’organisent pour descendre samedi, 29 novembre, sur Québec. Question de manifester contre la démolition de l’État que nous propose Charest et son équipe. C’est un début. Espérons que la population manifestera massivement et que ça ne s’arrêtera pas là.


L’auteur est écrivain et chroniqueur pour Le Devoir.

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