
Hiteshini a grandi à l’île Maurice, ce petit État insulaire situé au large de Madagascar, en plein cœur de l’océan Indien. Dès l’âge de 11 ans, elle quitte le pays avec sa famille, son père étant appelé à voyager dans le cadre de son travail pour les Nations unies. Elle le suivra aux quatre coins du globe, de l’Asie à l’Amérique, en passant par le continent africain pour ensuite se retrouver en Angleterre, où elle y poursuivra ses études universitaires.
Lorsque vient le moment de choisir une ville où elle entamera ses études doctorales en recherche chirurgicale, Hiteshini opte pour Montréal. Ses deux frères y sont déjà installés, son père désire poursuivre ses études à l’Université Laval et elle parle déjà l’anglais et le français, les deux langues officielles de l’île Maurice : « J’ai vécu à plusieurs endroits dans le monde et j’ai tout de suite eu une bonne impression en arrivant ici. J’ai trouvé la ville très accueillante, très chaleureuse. »
Mais même si elle est arrivée ici forte de son expérience de globe-trotter, Hiteshini avoue qu’elle était tout de même bien inquiète d’avoir à refaire sa vie, encore une fois, en terrain inconnu : « C’est toujours un peu effrayant, surtout au début. » Mais peu à peu elle s’installe, fait de nouvelles rencontres et s’adapte à son nouveau milieu. C’est ici qu’elle a rencontré son mari, originaire de Vancouver. Après une dizaine d’années passées au Québec, il n’y a qu’une chose à laquelle elle n’a pas pu s’habituer : la rigueur des hivers québécois ! « Et je crois bien que je ne m’y habituerai jamais... », lance-t-elle en souriant.
Privilégiée
Mais lorsqu’elle compare son histoire à celles des femmes qu’elle côtoie chaque jour dans le cadre de son travail, elle se considère privilégiée d’être arrivée ici dans de si bonnes conditions, bien encadrée, diplôme en poche, une université prête à lui ouvrir ses portes. Plusieurs n’ont pas eu cette chance, et elle en sait quelque chose. Hiteshini travaille depuis trois ans comme intervenante au Centre communautaire des femmes sud-asiatiques de Montréal, un organisme qui offre des services de base aux immigrantes et réfugiées en provenance de l’Inde ou du Sri Lanka, par exemple.
« Plusieurs personnes qui arrivent au Canada ont été victimes de violence et veulent refaire leur vie dans un pays sécuritaire. Mais, ici, ils doivent faire face à d’autres sortes de problèmes », explique-t-elle. Si Hiteshini affirme que le Québec offre des opportunités intéressantes à ceux qui ont réussi à s’y enraciner, elle constate quotidiennement comment l’adaptation reste difficile. L’intervenante n’hésite pas à dénoncer la « discrimination systématique » à l’égard des nouveaux arrivants : « Chaque jour, je suis témoin d’exemples de discrimination par rapport à la recherche d’emplois et d’appartements. C’est particulièrement difficile dans ce contexte de crise du logement. Les immigrants sont inévitablement écartés. » Et c’est justement son travail que de les aider à s’intégrer dans leur nouvelle société d’accueil.
Et après toutes ces années, est-ce qu’elle se sent ici chez elle ? « J’ai la chance de me sentir chez moi un peu partout, affirme Hiteshini d’une voix posée. Je serai peut-être éventuellement appelée à me refaire un chez-moi ailleurs, mais pour l’instant, ma vie, c’est ici. »