Journal des Alternatives

Rentrée (anti)sociale en France

Julien LUSSON, 26 septembre 2003

La rentrée s’annonce agitée, aux quatre coins de la France. Le premier ministre Raffarin entend poursuivre les réformes amorcées au printemps dernier, et les différents mouvements sociaux et syndicaux ont bien l’intention de s’y opposer.

Août 2003, sous un soleil de plomb, 250 000 personnes se réunissaient sur le plateau du Larzac pour faire entendre leur voix et leurs propositions, à la veille de la réunion de l’Organisation mondiale du commerce à Cancun, au Mexique. Ce rassemblement, organisé par la Confédération paysanne et le collectif Un monde solidaire, a été une immense réussite. Succès de masse qui réaffirme la capacité de mobilisation du mouvement et son ancrage populaire, mais également succès d’estime par la qualité des débats et des propositions faites lors de cette rencontre.

Le rassemblement du Larzac a été l’occasion de faire le point sur une situation sociale fortement dégradée, de tenter un bilan des actions et d’envisager les perspectives d’une rentrée que José Bové, le leader paysan, a promis « chaude ».

De Cancun, sur le plan international, à la poursuite de la politique anti-sociale de Raffarin, sur le plan français, elle a en effet tout lieu de l’être. Le premier ministre a annoncé son intention de poursuivre sur la voie engagée : décentralisation de l’éducation nationale, réforme de l’assurance-maladie, création d’un revenu minimum d’activité (obligation pour les chômeurs de reprendre une activité, à moindre coût pour l’employeur), suppression d’un jour férié pour financer les systèmes d’assistance aux personnes âgées (après sa gestion catastrophique de la canicule), augmentation des taxes indirectes en compensation de la baisse des impôts sur le revenu… Le tout donne le ton d’une offensive libérale et d’une régression sociale qui rappellent fortement l’offensive thatchérienne contre l’État-providence britannique et les syndicats.

Le climat social est donc très tendu aujourd’hui. Et pourtant, la question d’une nouvelle mobilisation reste incertaine : l’échec du printemps est dans toutes les têtes, les centrales syndicales sont divisées. Le rapport aux partis politiques est compliqué par la contestation du bilan gouvernemental de la gauche plurielle. Et si le lien entre le mouvement altermondialisation et les mobilisations contre l’offensive anti-sociale du gouvernement trouve une traduction évidente sur le plateau du Larzac, l’émiettement syndical et cette question du rapport au politique introduisent un élément d’incertitude supplémentaire.

Mais la portée de l’événement doit être mise en perspective dans son contexte social. Le printemps dernier a été marqué, en France comme dans d’autres pays d’Europe, par un large mouvement social dont les revendications n’ont pas abouti. La réforme des retraites proposée par le gouvernement, contre laquelle ce mouvement s’est organisé, a été finalement votée. La réforme de l’éducation, aux objectifs obscurs, si ce n’est le désengagement financier de l’État, a provoqué une longue grève du corps enseignant.

Dès le début de l’été, un nouveau conflit démarrait, celui des intermittents du spectacle, multipliant les actions contre les festivals. Le tout sur fond de répression syndicale et militante, conduite par un gouvernement ultra-répressif, dont le point d’orgue symbolique a été l’incarcération spectaculaire du leader paysan, José Bové.

Le problème n’est pas simple, mais à la vérité, il dépasse le strict cadre français. Les réponses, pas simples non plus, ne peuvent donc être imaginées sans un décloisonnement et une confrontation des acteurs, une rupture avec les logiques anciennes de la transformation sociale et un dépassement des mobilisations du seul cadre national. Le Forum social européen de novembre prochain, qui aura lieu à Paris-Saint-Denis, permettra-t-il d’avancer significativement dans cette voie ?

Julien Lusson, collaboration spéciale


L’auteur est permanent au CEDETIM, le Centre d’études et d’initiatives de solidarité internationale basé à Paris qui est un partenaire d’Alternatives (www.cedetim.org).