Journal des Alternatives

Regard sur la pauvreté

Marie-Paule BERTHIAUME, 28 novembre 2002

Un nombre croissant d’enfants canadiens vit une situation de pauvreté à mesure que se creuse l’écart entre les riches et les pauvres, révèle un rapport du Conseil canadien de développement social (CCDS) publié en novembre dernier. « Mais on ne peut pas discuter de la pauvreté chez les enfants sans parler de celle des parents », prévient Viviane Labrie, porte-parole du Collectif pour une loi sur l’élimination de la pauvreté, alors que le gouvernement Landry s’apprête à amender son projet de loi sur la pauvreté et l’exclusion sociale.

Lise Doré, une des membres du Collectif qui vit une situation financière difficile, ne croit pas que les gens sont conscients des subtilités de la pauvreté : « Quand mon fils me dit "toi maman, j’te le demanderai pas parce que t’as pas d’argent", je me demande pourquoi un enfant reconnaît la pauvreté alors qu’un adulte a du mal à le faire. »

Selon le rapport intitulé Le progrès des enfants au Canada, la famille canadienne typique change. De plus en plus d’enfants grandissent dans une famille monoparentale ou reconstituée, alors que les statistiques démontrent que les enfants s’épanouissent mieux lorsqu’au moins un des deux parents travaille à temps plein. Dans le cas contraire, les enfants ont moins tendance à être en excellente santé et à avoir de bons résultats scolaires. L’étude rappelle aussi l’importance pour les parents de pouvoir s’appuyer sur la communauté en soulignant le faible niveau de soutien social reçu par les familles pauvres.

Or, selon les informations obtenues par le quotidien Le Devoir, le gouvernement québécois examine justement la possibilité d’instaurer un barème plancher à l’aide sociale. Cette mesure pourrait faire l’objet d’un amendement au projet de loi 112, tout comme la possibilité d’inclure une « clause impact », qui obligerait le gouvernement à étudier les conséquences de ses décisions sur les personnes à faibles revenus. La nouvelle loi, qui vise à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale, devrait être votée d’ici la fin de l’année.

« Tout ce qui est annoncé reste encore assez flou, affirme prudemment Christian Dubois, du Collectif pour une loi sur l’élimination de la pauvreté. Reste à voir ce qui sera finalement adopté. » Les membres du Collectif, qui regroupe 28 organismes communautaires provenant de seize des dix-sept régions du Québec, ont rédigé une proposition de loi sur l’élimination de la pauvreté à la suite d’une importante consultation populaire impliquant des milliers de citoyens, dont plusieurs vivant dans une situation de pauvreté. En novembre 2000, le Collectif présentait sa demande, forte d’une pétition de plus de 215 000 signatures. Le gouvernement a étudié la proposition du Collectif pour annoncer au printemps son intention de légiférer sur la lutte contre la pauvreté. Selon Viviane Labrie, porte-parole du Collectif, la première version du projet de loi est décevante puisqu’elle laisse de côté les propositions concrètes et les mesures d’urgence proposées par le Collectif.

Dans leur mémoire, les membres du Collectif partagent leur désillusion concernant les luttes passées sur le terrain de la pauvreté, leur refus d’accepter la pauvreté comme un fléau inévitable et leur volonté de travailler à l’élaboration de mesures pertinentes visant à améliorer la situation des plus démunis. Pour y arriver, le Collectif s’appuie sur une série de huit recommandations et propose, entres autres, de consulter les personnes à faible revenu pour définir le concept de la pauvreté.

Le Collectif suggère aussi l’adoption des trois principes suivant : adopter une version améliorée de la loi avant les prochaines élections, prévoir l’argent nécessaire pour financer les mesures urgentes proposées par le Collectif et finalement, reconnaître la nécessité de travailler à une meilleure compréhension de la pauvreté. Car pour les membres du Collectif, le système actuel dénote une grande hypocrisie. « Quel genre d’accueil un parent peut-il donner à un enfant turbulent s’il n’a pas mangé depuis une semaine ? s’interroge Linda Roy, également membre du Collectif. Les gens auront beau blâmer les parents pauvres, mais qui se préoccupe d’eux ? »