Journal des Alternatives

Refusons d’être complice d’un nouveau crime contre l’humanité !

Robert Sae , 2 avril 2019

Article d’abord paru sur le site de alainet.org.

Le 12 octobre 2018, William Brownfield, ex-ambassadeur des États-Unis au Venezuela, déclarait ceci : « Nous devons envisager ceci comme une agonie, comme une tragédie qui va se poursuivre jusqu’au dénouement final [...] et si nous pouvons faire quelque chose pour l’accélérer, nous devons le faire, mais nous devons le faire en sachant que ceci aura un impact sur des millions de personnes qui ont déjà des difficultés pour trouver des aliments et des médicaments [...]. Nous ne pouvons pas le faire et prétendre qu’il n’y aura pas d’impact, nous avons une décision à prendre qui est dure, la fin souhaitée justifie cette sévère punition ».

Quelle est cette « fin souhaitée » par les USA ? : renverser par tous les moyens, les plus vils soient-ils, les autorités légales et légitimes d’un pays qui refusent que leur pays soit pillé par les impérialistes occidentaux. Parler des difficultés alimentaires et sanitaires, des coupures d’électricité du peuple vénézuélien sans, à aucun moment, en mentionner les causes manifestes revient à relayer la campagne de désinformation menée par les agresseurs étatsuniens ! Malheureusement, cela a été le cas dans le supplément junior de FA destiné aux enfants de 8 à 17 ans qui donne une vision apocalyptique de la situation fabriquée par les médias occidentaux. Il est de notre responsabilité de porter à ceux-ci des compléments d’information qui leur permettront d’avoir une vision plus objective de la réalité. Les empires médiatiques, directement contrôlés par les multinationales, déversent un flot de désinformation à propos du Venezuela. Dans le même temps, les journalistes portant des informations objectives sont empêchés de remplir leur mission. Le journaliste canadien Arnold August a été interdit d’accès aux USA pour avoir publié un article mettant en cause leur politique à l’égard du Venezuela.

Les difficultés du Venezuela sont la conséquence directe d’une offensive subversive menée par les USA

Le pays connaissait une croissance régulière et importante du PIB qui a été stoppée net par le Décret de mars 2015 pris par Obama qui voyait en lui « menace inusuelle et extraordinaire » (sic !). Jusqu’alors des millions de gens sortaient de la pauvreté. Depuis, Donald Trump s’est déchaîné en multipliant des mesures coercitives en violation flagrante du droit international. Concrètement, il s’agit du blocage des opérations financières depuis ou vers le Venezuela, de l’interdiction imposée au système financier mondial de participer à toute opération d’achat, de vente, de négociation ou de renégociation de la dette souveraine du Venezuela, ainsi que toute opération concernant la dette de la compagnie pétrolière nationale PDVSA. Les filiales de PDVSA ne sont pas autorisées à rapatrier des bénéfices vers l’État vénézuélien. À cela s’ajoutent des mesures contre la cryptomonnaie Petro, contre les opérations de commercialisation d’or du Venezuela, etc.

Entre août 2017 et décembre 2018, les pertes pour le Venezuela ont atteint 23 238 millions de dollars et les valeurs des actifs gelés aux États-Unis 30 000 millions de dollars. À cause du blocus économique, le Venezuela n’a pas reçu 3 millions 930 tonnes métriques d’aliments en 2016 et 6 millions 150 mille tonnes métriques additionnelles en 2017. Des matières premières, des médicaments, des équipements médicaux ont été interdites à l’importation dans le but de provoquer une crise des services de santé. Deux exemples concrets : en 2017, blocus par la banque étatsunienne Citibank des fonds destinés à l’importation de 300 000 doses d’insuline, portant préjudice à plus de 450 000 patients ; et le blocus par la banque suisse UBS des transactions du Venezuela avec l’Organisation panaméricaine de la Santé (OPS) destinées à l’achat de vaccins pour le programme d’immunisation 2017.

À l’arme du blocus, les USA ajoutent le soutien à la subversion intérieure pour saboter l’économie du Venezuela. Les capitalistes qui contrôlent le commerce stockent les marchandises et augmentent exagérément le prix de vente des produits de première nécessité. Le gouvernement travaille à débusquer les produits cachés et impose des baisse de prix. D’énormes quantités d’aliments et d’essence vendus à bas prix au Venezuela, parce que subventionnés par le gouvernement, sont détournés pour être vendus en contrebande et au prix fort en Colombie par de prétendues « victimes affamées par le régime » (ex : sur le marché de Maico).

Plus un mensonge est gros, plus il a des chances d’être cru !

Comme tout cela ne suffit pas à mettre à genoux la révolution bolivarienne, une campagne de désinformation massive est menée pour préparer l’opinion à accepter une intervention militaire. Des vidéos sont fabriquées pour alimenter la propagation de fakenews. Des preuves filmées ont été diffusées par Telesur pour montrer que les gens ne buvaient pas l’eau des égouts et n’erraient pas dans les rues à la recherche de restes d’aliments traînant par terre. La preuve a été faite, reconnue par le New York Times, que les camions de la prétendue « aide alimentaire » avaient été brûlés par les partisans de Guaidó, la marionnette des USA. Bien sûr, les médias occidentaux n’ont pas fait de rectification.

Concernant le sabotage des installations électriques, les médias occidentaux se sont appliqués à semer le doute sur les déclarations du gouvernement vénézuélien, en ignorant les preuves fournies par lui et en faisant le silence sur les déclarations de Kalev Leetaru, collaborateur du magazine Forbes. Celui-ci considère « très réaliste » de penser que le gouvernement américain a effectivement lancé une cyberattaque contre le complexe hydroélectrique de Guri, qui a conduit à la panne d’électricité et il indique que ce type d’attaque est l’une des tactiques décrite dans son rapport 2015 comme une « alternatives efficace ». Quant aux pillages ! Ils ont eu lieu dans des centres commerciaux d’une seule des 23 villes capitales provinciales, dans une zone frontalière où se sont introduits des mercenaires étrangers.

Qui devons-nous soutenir ? Les peuples ou les prédateurs ?

Une chose reste sure cependant : les vénézuéliens, en majorité, restent fidèles à la révolution bolivarienne. Comment pourraient-ils oublier que 2 800 000 logements sociaux ont été construits depuis 2011, malgré le blocus, pour leur donner un logement digne et propre ? Occupés à promotionner les rassemblements des subversifs, les médias occidentaux ne répercutent pas honnêtement les manifestations gigantesques de soutien à la révolution (récemment encore les 16 et 23 mars). Les impérialistes ne cessent de se plaindre que « l’armée et les quartiers populaires n’aient pas encore basculé ». Aussi, la probabilité qu’ils interviennent militairement et qu’ils suscitent une subversion armée à l’intérieur est de plus en plus grande.

Nous assistons aujourd’hui à la réédition de la stratégie qui a permis aux USA de justifier toutes ses agressions barbares. Les empires médiatiques se mobilisent pour émouvoir l’opinion, diaboliser le chef d’État à renverser et enfin justifier l’intervention militaire. Hier, c’étaient les charniers de Timisoara en Roumanie, les armes de destruction massives en Irak, l’usage d’armes chimiques en Syrie (etc.) Aujourd’hui, c’est la famine du peuple vénézuélien causée par son président !

À qui fera-t-on croire que Trump et Macron se soucient des gens qui ont faim et qui n’ont pas de médicament ? N’y a-t-il pas des gens qui font les poubelles à Paris et à New York qu’ils pourraient aider ? 805 millions de personnes souffrent de famine dans le monde, essentiellement dans des pays dominés et pillés par les impérialistes occidentaux. Où sont leurs camions « d’aide humanitaire » ?

La vérité essentielle concernant le Venezuela se trouve dans le rapport au Conseil des droits de l’homme de l’ONU, présenté par Alfred de Zayas : « Par ses terribles effets sur la population, par les pénuries économiques qu’il produit et par son impact sur la vie sociale et sur la santé du peuple vénézuélien, le blocus économique et financier est un acte conscient de violation massive des droits de l’homme du peuple vénézuélien et doit être considéré un délit de lèse humanité ».

Refusons d’en être complices ! Luttons contre la désinformation ! Mobilisons-nous contre toute forme d’agression ! Défendons la paix dans notre région !


L’auteur est responsable aux affaires extérieures du CNCP, Martinique.

*Quelques corrections orthographiques et de ponctuation ont été apportées au texte original par le JdA.