LE SOMMET DES PEUPLES DES AMERIQUES, UN AN DEJA

Québec + 1

lundi 1er avril 2002, par Nadine PEDERSON

En avril 2001, l’attention du monde a été tournée vers Québec, lors du Sommet des Amériques, et de son vis-à-vis, le Sommet des peuples des Amériques, organisé par les représentants de la société civile. Un an plus tard, qu’en est-il ?

Pour les milliers de protestants amassés de l’autre côté du périmètre de sécurité, le « mur de la honte » était l’image même du manque de transparence entourant les négociations de la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA) que les chefs d’État de 34 des 35 pays du continent étaient venus négocier. Un manque de transparence empêchant la population de bien saisir l’impact de ce nouvel accord, tant sur le plan économique que social ou politique.

Secret

Grâce à des mobilisations intenses tout au long des semaines qui ont précédé la tenue du Sommet, les dirigeants politiques ont accepté de rendre publics les textes de négociations de la ZLÉA. Mais depuis la publication du document, en juillet dernier, les négociations ont continué de se poursuivre dans le plus grand secret.

« L’échéancier est demeuré le même. La négociation se poursuit, mais nous n’avons malheureusement pas réussi à avoir une réelle emprise sur le processus », affirme Vincent Dagenais, délégué syndical à la CSN, un des organismes membres du Réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC). « J’ai eu l’occasion de parler au ministre [du Commerce international] Pierre Pettigrew, il y a quelques semaines. Je lui ai demandé comment allaient les négociations et il m’a répondu que pour l’instant, rien n’avait bougé. Et quand j’ai eu l’occasion de poser la même question au négociateur en chef canadien, il a affirmé que tout allait bien et que les négociations avançaient. »

Confronté à ces deux différentes versions, Vincent Dagenais est persuadé que les négociations vont bon train : « Je ne crois pas qu’ils restent les bras croisés à ne rien faire. Au contraire. »

Le fait que les négociations entourant la ZLÉA se poursuivent à l’abri du regard du public n’est pas la seule préoccupation du délégué de la CSN. D’autres accords de libre-échange bilatéraux et sous-régionaux se négocient de la même façon dans le cadre du nouveau cycle de négociations lancé lors de la dernière rencontre ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en novembre dernier, à Qatar.

Mobilisation

Même s’il est difficile pour les organisations de la société civile de s’informer sur les développements à la table de négociations, la mobilisation se poursuit. Lors du contre-sommet organisé par l’Alliance sociale continentale (ASC) en avril l’an dernier, des milliers de délégués provenant de tous les pays des Amériques ont dénoncé ce « projet néolibéral, raciste, sexiste, inéquitable et destructeur de l’environnement ». Le Sommet des peuples fut aussi l’occasion de réfléchir à des alternatives possibles à la ZLÉA, et de proposer la mise en place de nouvelles voies d’intégration continentale basées sur la démocratie, l’égalité, la solidarité, le respect des droits humains et de l’environnement.

Dans le cadre du premier anniversaire de Québec 2001, les organisations québécoises se mobilisent encore une fois pour attirer l’attention sur les défauts inhérents au projet de la ZLÉA et au processus de négociation. Le 18 avril, le film de Carole Poliquin Le bien commun : l’assaut final, sera présenté au Musée de la civilisation à Québec. Les membres de l’Alliance sociale continentale se réuniront à Montréal le lendemain afin de discuter des différentes stratégies à adopter dans les mois à venir. Un forum public ouvert à tous se déroulera aussi à Québec, le 20 avril en après-midi.

L’Alliance sociale continentale, un réseau de syndicats, organismes communautaires et groupes sociaux, qui représente plus de 45 millions d’individus à travers les Amériques, poursuit la mobilisation contre la ZLÉA. La tenue d’activités est prévue pour la rencontre des ministres du commerce, qui se déroulera à l’automne en Équateur, de même que la mise sur pied d’un troisième Sommet des peuples lors de la rencontre des chefs d’État prévue en 2003, à Buenos Aires.

Entre les mois de septembre et mars l’an prochain, un nombre important d’organisations locales et de syndicats prévoient aussi la tenue d’une série de forums publics afin d’informer la population sur la ZLÉA et d’évaluer la perception de la population face au projet de libre-échange.

Rappel

Bref, les discussions sur le rôle et l’impact des accords commerciaux sur le continent et à l’échelle mondiale ne font que commencer. Vincent Dagenais rappelle la position du RQIC sur l’intégration continentale : « Nous ne sommes pas contre le commerce ou les échanges. Nous sommes contre ce genre d’accords commerciaux qui subordonnent l’ensemble des autres droits et libertés [...]. Nous avons avant tout besoin d’ententes qui favorisent la démocratie et le respect des droits et libertés. »


Traduction : Daphnée Dion-Viens, Alternatives.

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