Quand la vie est violence

mardi 27 septembre 2005, par François L’ÉCUYER

Chaos politique, pays sous occupation, violence généralisée. Les derniers mois en Haïti ont apporté leur lot de souffrances pour les populations. Que l’on soit riche ou pauvre, l’ensemble de la société haïtienne demeure otage des luttes sanglantes en cette île de Saint-Domingue.

Quand la vie est un rêve, premier moyen-métrage documentaire du cinéaste Charles Gervais, transcrit avec brio la dure réalité haïtienne depuis le départ forcé de Jean-Bertrand Aristide, promptement « évacué » par l’armée américaine alors que la moitié du pays était en insurrection. Par le parcours de trois jeunes choisissant l’exil, mais également par diverses entrevues d’hommes politiques, militaires et d’affaires, Gervais parvient à palper les multiples impacts de la dégénérescence politique des dernières années, pour toute classe sociale.

Jonas et Bobito ont englouti leurs minces économies afin d’embarquer sur un boat-people qui les mènera, avec un peu de chance, à Providenciales, petite île de la Caraïbe au nom prédestiné. Une femme, une « habituée » qui fera aussi le voyage, raconte la précédente dérive et l’échouage de l’embarcation sur une île inhabitée... Mais ces peurs ne parviennent pas à ébranler Jonas et Bobito, résolus à quitter la précarité sociale et financière de leur existence.

Hariel revient quant à lui de quelques mois passés en République dominicaine pour constater que, encore une fois, la situation s’est détériorée au pays. Le réalisateur le suivra à son retour en République dominicaine, pour constater que les Haïtiens, émigrés à la recherche d’un emploi, y sont tout autant victimes de racisme et de discrimination qu’en leur pays d’origine.
À l’opposé, de riches industriels se plaignent de ne pouvoir diriger leurs entreprises en paix, victimes des règlements de compte des gangs armés qui terrorisent la capitale. Rudolph Boulos, exilé en République dominicaine, critique le fait qu’Haïti « n’a eu que des gouverneurs de plantation » depuis son indépendance. Hans Rémi, un ancien des HEC, a vu son usine pillée et incendiée par les chimères, fidèles d’Aristide, dans les jours suivant son départ.

Quand la vie est un rêve ne prétend pas chercher l’origine des crises sociopolitiques à répétition que connaît Haïti. En laissant la parole à l’intellectuelle Danièle Magloire et à l’ancien ministre lavalas, Leslie Voltaire, on ne peut, au mieux, que constater la polarisation et l’éclatement de la classe politique haïtienne aujourd’hui. Et en entendant le général Prosper Avril, duvaliériste et ancien président, et Ravix Ravissant, chef d’une milice insurrectionnelle récemment abattu, demander tous deux le retour d’une « armée forte et responsable » pour « combattre l’insécurité en Haïti », on comprend que malheureusement, tout se perd et se gagne encore par les armes dans ce pays.


La première télévisuelle de Quand la vie est un rêve aura lieu dans le cadre de l’émission Zone Libre Documentaires, le 21 octobre à 21 h sur les ondes de Radio-Canada.

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