Journal des Alternatives

Qu’est-ce qui ne va pas à Radio-Canada ? Chronique d’un conflit de travail annoncé

Les membres du Syndicat des communications de Radio-Canada, 1er mai 2002

En 1998, le Conseil canadien des relations de travail (aujourd’hui le CCRI) ordonnait la fusion de 11 unités syndicales tel que demandé par la direction de Radio-Canada. Qui dit fusion, dit vote d’allégeance syndical même si personne ne veut changer de syndicat. C’est la Fédération nationale des communications, affiliée à la CSN, qui a remporté le vote. Ainsi, le Syndicat des Communications de Radio-Canada a vu le jour. Il compte aujourd’hui 1 400 membres qui travaillent en information, aux sports, à la culture, aux multimédias et Internet, aux communications, aux archives, à la documentation, etc... dans les réseaux français et anglais, à la radio et à la télévision au Québec et à Moncton, ainsi qu’à Radio Canada International et à Radio Nord-Québec.

En même temps, d’importantes réductions budgétaires sont appliquées au réseau français du Québec et de Moncton, soit environ 440 millions de dollars, semant l’insécurité et l’inquiétude chez l’ensemble des employés.

C’est dans ce contexte difficile que s’est déroulé la négociation du premier contrat de travail unifié. En juin 1998, l’acceptation de la proposition patronale par un vote très serré montrait déjà des signes inquiétants de mécontentement. Certains membres soutenaient que le syndicat s’était écrasé malgré un mandat de grève générale, d’autres ont accusé le syndicat d’être trop radical. La partie était gagnée pour les patrons ! Il s’ensuivit une période de démobilisation dans les rangs syndicaux qui a favorisé la mainmise patronale sur toute l’organisation du travail. C’est dorénavant à coup de griefs qu’il fallait régler les problèmes.

Ajoutons à ce bref portrait, les nombreux changements dans la haute direction de Radio-Canada. Depuis 10 ans, les employés ont vu passer pas moins de quatre présidents : Gérard Veilleux, Tony Manéra, Perrin Betty et Robert Rabinovich. Des quatre, seul M. Manéra connaissait vraiment la boîte et avait le respect des employés. Il a démissionné, refusant de gérer la décroissance que lui imposait l’actuel gouvernement. Quel est l’avenir de la télévision et de la radio publiques ? La question est brûlante d’actualité et devra tôt ou tard être débattue.

Autres signes de mécontentement : l’enquête Hay

Un sondage commandé par la haute direction de Radio-Canada, au début de 2001, à la firme Torontoise Hay Group, auquel 5 050 employés ont répondu, dont 1 733 travaillant au réseau français, a indiqué un taux très élevé d’insatisfaction du personnel.

• 63 % des employés se disaient insatisfaits de leur employeur ;
• 62 % ne se sentaient pas respectés comme personne ;
• 83 % des employés estimaient que la SRC est mal gérée ;
• 90 % trouvaient que le moral n’était pas bon.

Enfin, 83 % des employés qui ont répondu au questionnaire pensaient que la direction de Radio-Canada ne prendrait pas de mesure pour corriger la situation... La suite des événements leur a donné raison.

Dans ces circonstances, pouvait-on en demander davantage aux employés ?