Journal des Alternatives

Province d’Aceh, en Indonésie

Miriam FAHMY, 28 décembre 2004

La province d’Aceh, située au nord de l’île de Sumatra, en Indonésie, couvre 12 % du territoire de l’île. Sa capitale, Banda Aceh, compte 400 000 habitants. Une guerre d’indépendance, qui embrase la région depuis 30 ans, a fait plus de 12 000 morts et de 100 000 à 300 000 déplacés. Djakarta refuse toute idée d’indépendance de la province de 4,2 millions d’habitants, riche en hydrocarbures. Les revenus de ces ressources naturelles sont rapatriés à plus de 90 % vers le gouvernement de Djakarta.

L’armée approvisionnerait des factions d’islamistes radicaux afin de susciter des conflits, faire l’amalgame entre rebelles et terroristes, et justifier une intervention lui permettant ainsi de contrôler la région. L’armée retire par ailleurs un intérêt économique à rester dans les zones de conflit, car cela lui permet de combler ses revenus, dont seul un tiers provient du gouvernement. Les opérations militaires visent surtout à procurer à l’armée les deux tiers manquants. Les militaires contrôlent ainsi nombre de compagnies exploitant des ressources naturelles - gaz, pétrole et mines - et signent de lucratifs contrats avec des entreprises nationales et multinationales telles qu’Exxon Mobil.

La guerre d’indépendance serait l’un des pires cas de violation de droits humains en Asie du Sud-Est. Plusieurs cas d’extorsion, de kidnappings, de tortures et de répression politique y ont été relevés.

Le tsunami

L’épicentre du tremblement de terre du 26 décembre 2004 a été localisé au large de la province, qui a été presque complètement rasée. Aceh est la plus durement touchée par le tsunami avec un bilan de 94 000 morts. Le gouvernement indonésien évalue à 400 000 le nombre de sans-abri et à plus de 12 000 le nombre de disparus.
Pour favoriser l’acheminement de l’aide humanitaire en Aceh, le gouvernement indonésien a d’abord levé les restrictions imposées aux étrangers souhaitant se rendre dans la province, entraînant ainsi l’arrivée de milliers d’employés et de bénévoles d’organisations non gouvernementales. Puis, il a à nouveau imposé des restrictions aux humanitaires et aux militaires étrangers, arguant la menace d’attaques de la guérilla. Il leur a accordé trois mois pour quitter le nord de l’île de Sumatra.

Chronologie

1953 : Première déclaration d’indépendance de la province d’Aceh, durement réprimée.

1962 : Statut d’autonomie partielle.

1966 : Coup d’État sanglant au cours duquel les militaires s’emparent du pouvoir.

1976 : Nouvelle déclaration d’indépendance, et entrée en scène du groupe armé Gerakan Aceh Merdeka (Mouvement Aceh libre, ou GAM). Massacre de l’armée indonésienne à Timor-Est.

1998 : Chute du dictateur Suharto.

8 novembre 1999 : Plus d’un million de personnes - presque 25 % de la population - ont manifesté à Banda Aceh pour réclamer un référendum sur l’autodétermination. Cette demande est rejetée par Djakarta.

2000 : Des pourparlers de paix débutent à l’initiative du Centre pour un dialogue humanitaire basé à Genève.

Mai 2000 : Un accord de cessez-le-feu est signé et prévoit une cessation immédiate des hostilités et la mise en place d’un gouvernement démocratiquement élu à Aceh dans le cadre de la fédération indonésienne. Des élections libres doivent avoir lieu en 2004.

Mai 2003 : La loi martiale est décrétée par le gouvernement de Djakarta. 50 000 soldats y sont stationnés en permanence. Depuis, la répression frappe durement la population civile.

Juillet 2004 : Tenue des premières élections présidentielles indonésiennes au suffrage universel direct. L’armée continue cependant de former un État parallèle qui contrôle de facto les zones en conflit.

26 décembre 2004 : Les tsunamis ravagent l’Asie du Sud-Est et en particulier la côte ouest de l’île de Sumatra. Les raids de l’armée se poursuivent malgré la catastrophe dans la province d’Aceh, en proie à un conflit civil depuis 30 ans. Des cas de discrimination sont rapportés dans la distribution de l’aide internationale ; certaines victimes doivent quémander du secours à leurs bourreaux.