Passion flamenca

vendredi 26 septembre 2003, par Catherine BINETTE

Photo : Dominic Morrissette ©

À le voir danser sur scène, on s’enthousiasme, mais lorsqu’il s’empare du micro, on craque. José Luis Perez nous transmet sa passion pour le flamenco, une tradition culturelle de son pays natal, l’Espagne. C’est à travers cet art qu’il a réussi à intégrer son identité québécoise à ses origines espagnoles.

« J’apprécie la joie de vivre des Québécois, qui se rapproche de celle des Espagnols », lance ce madrilène d’origine qui vit au Québec depuis l’âge de cinq ans. Ses parents ont quitté l’Espagne en 1977, deux ans après la chute de la dictature de Francisco Franco. Après 40 ans de fascisme, la transition vers la démocratie était ardue et les conditions économiques difficiles, ce qui a provoqué une grande vague d’émigration. La famille Perez, comme plusieurs familles espagnoles, a mis le cap vers le Canada.

Pendant ses premières années à Montréal, José Luis habite St-Léonard et baigne dans la culture italo-montréalaise. Il est en contact avec la communauté espagnole surtout lors des soirées de fiesta qui se déroulent dans les centres culturels espagnols pendant lesquelles chanson et danse flamenco enivrent la communauté locale. C’est seulement au début de ses années universitaires en ingénierie qu’il commence à se mêler davantage à sa société d’accueil. Son intégration s’est faite principalement à travers les loisirs : « Les gens sont plus faciles d’approche lorsqu’ils sont dans un contexte de plaisir, ça facilite les échanges », souligne-t-il. C’est d’ailleurs dans ses cours de flamenco que José Luis a rencontré des Québécois avec qui il partage la même passion et qui sont devenus de grands amis.

De l’ingénierie au flamenco

Entre sa famille espagnole, ses voisins italiens et ses amis québécois, José Luis en arrive à se questionner sur son identité. « Depuis toujours, j’affirmais avec fierté que j’étais Espagnol sans vraiment en comprendre la signification ». À l’âge de 27 ans, il part pour l’Espagne et réalise, avec déception, qu’il se sent étranger dans son pays natal. Contre toute attente, « c’est en Espagne que mon identité québécoise s’est confirmée, raconte-t-il. J’ai constaté des différences importantes entre les deux sociétés et c’est à ce moment que j’ai réalisé que j’étais vraiment Québécois. »
C’est aussi en Espagne que sa passion et son talent pour le flamenco se sont développés. Après une recherche d’emploi infructueuse en ingénierie, José Luis décide de se consacrer au flamenco. C’est alors qu’il rencontre celui qui deviendra son mentor : un chanteur de flamenco de grande renommée en Espagne, avec qui il prend des cours de chant. José Luis prend conscience de la dimension de son talent, qu’il avait toujours sous-estimé. Après trois années de formation, il retourne à Montréal avec le désir de vivre de sa passion.

En 2001, José Luis et trois autres artistes fondent la compagnie de danse Barrio flamenco (Quartier flamenco, en français). Leur objectif est de transmettre la passion du flamenco tant aux amateurs qu’aux professionnels. En plus de performer sur scène, José Luis travaille présentement sur son premier album. Il retourne souvent en Espagne pour s’inspirer des nouvelles tendances de flamenco. « Chaque fois que je voyage entre l’Espagne et le Québec, c’est comme si j’étais une courroie de transmission d’idées et d’opinions. » Une façon bien à lui de faire le pont entre deux cultures.

Catherine Binette, journal Alternatives

À propos de Catherine BINETTE

Amérique latine et Caraïbes

Catherine Binette a fait des études universitaires en gestion et en développement international à l’Université McGill. Il n’a fallu qu’une expérience de solidarité au sein d’une communauté autochtone de Oaxaca, au Mexique, pour confirmer l’intérêt qu’elle porte à la dynamique des mouvements sociaux et indigènes dans les Amériques. À l’emploi d’Alternatives depuis 2002, Catherine a d’abord travaillé comme chargée de projets et coordonnatrice du programme de communications et de mobilisation, ou elle s’est concentrée principalement sur le dossier du forum social mondial. Suite à un stage en économie sociale au Brésil, elle fait le saut dans l’équipe internationale et prend en charge les projets d’Alternatives dans les Amériques. Elle s’intéresse particulièrement aux pratiques novatrices d’économie solidaire et de développement local, ainsi qu’aux processus de transformation politique auquel nous assistons en Amérique du Sud.

Vous avez aimé cet article?

  • Le Journal des Alternatives vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.

    Je donne

Cet article est classé dans :

Partagé cet article sur :

  •        
Articles de la même rubrique

Volume 10 - No. 02

La Syrie dans l’ombre de l’Irak

Plus d'articles :  1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10

Articles du même auteur

Catherine BINETTE

Caméra au poing

Plus d'articles :  1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10

Articles sur le même sujet

Immigration

Un « Bandung du Nord » antiraciste, féministe et anticapitaliste

Plus d'articles :  1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10

Je m’abonne

Recevez le bulletin mensuel gratuitement par courriel !

Je soutiens

Votre soutien permet à Alternatives de réaliser des projets en appui aux mouvements sociaux à travers le monde et à construire de véritables démocraties participatives. L’autonomie financière et politique d’Alternatives repose sur la générosité de gens comme vous.

Je contribue

Vous pouvez :

  • Soumettre des articles ;
  • Venir à nos réunions mensuelles, où nous faisons la révision de la dernière édition et planifions la prochaine édition ;
  • Travailler comme rédacteur, correcteur, traducteur, bénévole.

514 982-6606
jda@alternatives.ca