Journal des Alternatives

Parce que tout le monde à son mot à dire sur la ZLEA

Martin GIGNAC, 28 octobre 2002

C’est le 30 octobre qu’a été lancée la consultation populaire québécoise sur la Zone de libre-échange des Amériques (ZLÉA). Orchestrée par le Réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC), cette consultation vise à sensibiliser la population aux impacts de cet accord économique continental et à connaître son avis sur la question.

L’initiative s’inscrit directement dans la vague du référendum brésilien, alors que du 7 au 10 septembre, une consultation populaire s’est déroulée dans les 27 États du Brésil. Dix millions de personnes ont répondu à la question suivante : « Le gouvernement brésilien doit-il signer le traité de la ZLÉA ? » Les résultats du vote ont été unanimes. Le non l’a emporté avec plus de 98 % des suffrages. Grâce à ce mouvement, le peuple brésilien a fait entendre son mécontentement face à l’adhésion éventuelle de son pays à cet accord économique.

Ce mouvement populaire s’inscrit dans la continuité des consultations orchestrées par l’Alliance sociale continentale (ASC) lors du deuxième Sommet des Peuples des Amériques, qui s’est déroulé à Québec en avril 2001. Depuis cette rencontre, les consultations populaires sont devenues courantes. Que ce soit lors d’assemblées sociales au Pérou ou simplement dans différentes organisations au Chili, ce phénomène s’est répandu à la grandeur du continent. Le Mexique et le Canada anglais s’apprêtent aussi à tenir une consultation populaire du même genre.

Chez nous

Un rassemblement public s’est tenu à Montréal le 30 octobre pour souligner le lancement de ces événements, qui se dérouleront jusqu’à la fin mars 2003. Ce forum donnera l’occasion à la population de s’informer et de s’exprimer sur des thèmes importants, trop souvent abstraits à leurs yeux. Une campagne d’éducation populaire et de nombreuses séances d’information sont prévues afin de permettre aux citoyens de faire un choix plus éclairé lorsqu’ils seront appelés à se prononcer sur l’adhésion de leur gouvernement à la ZLÉA. Les résultats seront dévoilés en avril. D’ici là, de nombreuses mobilisations marqueront le quotidien québécois, à commencer par la journée de grève du 31 octobre dans les cégeps et universités du Québec.

Cette consultation est l’initiative du Réseau québécois sur l’intégration continentale (RQIC). Fondé en 1991, le RQIC est composé de 22 organisations, dont des syndicats, des organismes de coopération internationale, de défense des droits humains, des groupes de femmes.

Le réseau exige avant tout beaucoup plus de transparence de la part des gouvernements dans le processus de négociation de la ZLÉA, mais vise aussi la défense de l’intérêt du public, la protection des droits sociaux et humains, l’atteinte d’un niveau de vie décent pour tous, la réduction de la pauvreté et la protection de l’environnement tout en encourageant le développement durable.

C’est pour pallier le peu d’intérêt que portent les gouvernements envers les interrogations de la population, préoccupée par les questions entourant la négociation de la ZLÉA, que les organisations populaires prennent la relève haut la main. « Je crois que la consultation au Québec va faire avancer les choses, sinon on ne la ferait pas », affirme Roger Saucier du Centre international de solidarité ouvrière (CISO), organisme membre du RQIC.
Le Brésil a été le premier à damner le pion aux gouvernements en refusant d’attendre leurs initiatives pour informer et consulter la population sur les impacts de la ZLÉA. C’est maintenant au tour du Québec à faire de même. Selon Tania Vachon, chargée de projet pour les Caraïbes à Alternatives, et l’une des responsables de l’organisation de l’événement : « L’important, ce n’est pas le pourcentage de votes qu’on va atteindre en avril prochain. C’est plutôt de sensibiliser les gens aux enjeux mondiaux et aux conséquences néfastes de la Zone de libre-échange des Amériques ». Elle encourage la population à participer à cet exercice de démocratie populaire et à profiter de « l’opportunité offerte aux Québécois d’exercer leurs droits et devoirs de citoyens ».