Où est le « vrai » Parti Conservateur ?

vendredi 18 juin 2004, par Pierre BEAUDET

Depuis le début de la campagne électorale, Stephen Harper fait des efforts immenses pour changer l’image que l’ancienne Alliance a léguée aux Conservateurs. À entendre M. Harper, personne n’a rien à craindre. Les accusations à l’effet qu’un gouvernement conservateur changerait de cap sur toutes une série de questions (politique extérieure, avortement, droits de la personne), sont de la « propagande », affirme M. Harper. Mais qu’en est-il dans les faits ?

Libre choix et droit des femmes

Le porte-parole conservateur sur la santé, Rob Merrifield, a affirmé que les femmes qui voudraient un avortement devraient préalablement passer par un « conseiller », parce que « souvent, affirme-t-il, les femmes n’ont pas l’information ». Actuellement depuis le jugement de la Cour Suprême du Canada de 1989, les femmes ont le choix d’exercer leur jugement et personne ne peut décider à leur place. Merrifield en réalité revient en arrière sur cela et implique que la clause « nonobstant » pourrait être utilisée pour faire échec à la Charte des droits. M. Harper qui a bien vu que tout cela amenait le Parti Conservateur dans l’eau chaude, a par la suite affirmé que les remarques de Merrifield ne reflétaient pas la position officielle du parti et que de toutes façons, le libre choix des femmes et le droit à l’avortement ne faisaient pas partie de la campagne
électorale. Mais la mémoire est la faculté qui oublie.

Tout au long des dernières années, des membres influents du Parti Conservateur dont Merrifield se sont prononcés régulièrement sur cette question. Merrifield lui-même a appuyé son collègue Garry Breitkreuz qui a proposé
un projet de loi pour obliger les femmes à passer par une « consultation » avant d’être avortées. C’est bien après ce débat que Merrifield a été nommé par Stephen Harper lui-même comme porte-parole du Parti sur la
santé. La question bien simple est la suivante, est-ce qu’un gouvernement conservateur va maintenir la politique actuelle qui donne libre-choix aux femmes ?

Le Canada est-il un pays unilingue ?

Le cas de l’avortement soulève des questions sur l’orientation réelle des Conservateurs. Mais qu’en est-il du bilinguisme ? Encore là, M. Harper tente de réparer les pots cassés par le porte-parole officiel du
Parti sur les langues officielles, Scott Reid. Celui-ci a en effet affirmé au début de la campagne qu’un gouvernement conservateur abolirait la réglementation qui impose aux cadres de la fonction publique fédérale d’être bilingues et plus encore, que les service offerts par le gouvernement fédéral dans les deux langues officielles seraient réduits. M. Harper qui a sanctionné le député a dit qu’il ne reflétait pas le point de vue du Parti. Mais qui est M. Reid ? Avant
d’être nommé par Harper comme porte-parole conservateur,

Scott Reid avait écrit deux livres contre le bilinguisme, « Lament for a Notion » et « Canada remapped ». Ses thèses sont bien connues (et l’étaient bien avant
la présente campagne électorale) et peuvent se résumer de la façon suivante : le Canada n’est pas vraiment un pays bilingue et « on » (le Canada anglais) ne devrait pas payer pour l’attachement du Québec à la langue française. L’argumentaire de M. Reid est également à l’effet que le Canada anglais devrait favoriser la partition du Québec. Encore là, comment se fait-il que ce Monsieur a été nommé par Stephen Harper si ses
positions pour le moins controversées ne « reflétaient pas le point de vue du Parti Conservateur » ? Est-ce que les services actuellement offerts par le gouvernement fédéral en français seront maintenus ou non ?

Pour ou contre l’invasion de l’Irak ?

Qu’en est-il maintenant sur la politique extérieure et notamment sur la question de la guerre contre l’Irak. M. Harper affirme maintenant qu’il ne voulait pas vraiment que le Canada participe militairement à l’agression américaine. Le porte-parole conservateur sur la politique extérieure, Stockwell Day, (il a été confirmé plusieurs fois par M. Harper dans cette position) était pourtant plus direct. Il a dit simplement que les militaires canadiens auraient dû se battre avec leurs
« collègues » américains. Sans faire le lien directement avec la question de l’Irak, M. Harper s’engage à augmenter substantiellement les ressources de l’armée canadienne. Comment seront utilisées ces ressources dans l’avenir ? Est-ce que le gouvernement conservateur va
s’engager avec l’administration Bush dans sa « guerre sans fin » contre le reste du monde ? Quelle est donc la vraie position du Parti Conservateur sur cette question ?

Sur tout cela et sur bien d’autres choses encore, il y a anguille sous roche. Le Parti Conservateur qui n’a pas encore révélé son programme « officiel » transporte dans son bagage d’idées un certain nombre de propositions qui ne plaisent pas à la majorité des gens dans ce pays. Il
serait important que les gens sachent à quoi s’attendre lorsqu’ils auront voté le 28 juin.

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