Option citoyenne : enfin, une volonté de gouverner autrement

mercredi 7 juillet 2004, par Jacques LÉTOURNEAU

L’option citoyenne est la bonne. Le lancement par Françoise David d’une plaquette politique destinée
à ouvrir le débat sur la nécessité d’une alternative politique a de quoi réjouir les progressistes. Contrairement à certains militants et militantes syndicaux qui font le choix d’aller au Parti québécois pour « le renouveler », en créant SPQ libre, l’ancienne présidente de la FFQ ne sème pas d’illusions.

Françoise David assume ce que plusieurs citoyens et citoyennes souhaitent vivement : la création d’un parti qui veut rompre avec la logique néolibérale en prônant une véritable répartition de la richesse et la défense du bien commun. Voilà enfin une véritable façon de gouverner ! Un exercice du pouvoir qui trancherait avec 25 années de coupes dans les services publics et de réformes fiscales qui ont toujours favorisé les plus riches, les entreprises et les banques au détriment de la population.

Le PQ n’est pas celui qui pourrait assumer un tel mandat. Son chef et les principaux prétendants à sa succession peuvent, par pur opportunisme, saluer l’initiative de SPQ libre. Mais depuis longtemps, cette formation n’a plus les qualités requises pour assurer pleinement la solidarité sociale. Le caractère arc-en-ciel de cette formation dont la seule convergence
est la souveraineté du Québec handicape sérieusement tout virage vers une social-démocratie, même renouvelée.

À preuve, la gouvernance péquiste des années 1990 nous a
démontré la volonté des Landry et Bouchard à mettre en
œuvre un programme de désengagement de l’État. Ainsi,
leur volonté libre-échangiste, autant que l’objectif du déficit zéro, les fermetures d’hôpitaux, le non-règlement de l’équité salariale ou les travaux amorcés concernant la déréglementation sont du même acabit que les politiques antisociales et antisyndicales du gouvernement libéral version Charest.

Rappelons aussi que certaines législations adoptées par
les libéraux avant les Fêtes ont été élaborées dans les officines du gouvernement précédent. Notons les lois 7 et 8 interdisant à des travailleuses le droit de se syndiquer. Et le PQ n’avait-il pas lui-même affaibli l’article 45 du Code du travail en diminuant les droits des travailleurs ? L’inertie des deux gouvernements dans la mise en forme de la loi 112 visant à éliminer la pauvreté confirme aussi le manque de volonté quand il s’agit de passer à l’action.

Certes, les libéraux de Jean Charest gouvernent à droite, même très à droite. Cependant, sur le fond, comme on le voit, les accointances entre les deux façons de gouverner sont révélatrices.

Priorité à la question sociale

Il faut saluer cette volonté de faire de la question sociale le projet de société, la raison d’être de cette future organisation. Car toute la politique québécoise des 40 dernières années reposait sur la question nationale, occultant ainsi la question sociale. En posant le prérequis de la souveraineté à tout règlement de la question sociale, les nationalistes progressistes ont ainsi fermé le couvercle sur l’élaboration complète d’un projet de société le reléguant aux calendes grecques.

Certes, le déséquilibre fiscal est bien réel, mais il ne peut justifier à lui seul la constance et l’adhésion à un modèle idéologique qui prône les privatisations ainsi que le nivellement vers le bas des conditions de vie et de travail de la population.

À juste titre, Option citoyenne fait plutôt le choix d’annoncer au point de départ le caractère féministe, écologiste et altermondialiste de sa formation. La démarche s’annonce aussi innovatrice, certainement ouverte sur un leadership qui sera fort probablement différent des partis traditionnels, en raison notamment de la longue expérience militante et communautaire de celles et de ceux qui lancent cette opération. Si le parti voit le jour au terme du processus, il aura donc le mérite de mettre cartes sur table et de définir clairement le type de société que nous voulons.

Des questions auxquelles il faudra répondre

La démarche de consultation devra normalement amener les citoyens et les citoyennes à débattre du projet de société et des conditions de sa réalisation. Rapidement, trois questions se poseront à la jeune formation.

D’abord, la question nationale. Mme David a raison de ne
pas lancer l’opération en mettant l’accent sur cet aspect. Si le mouvement en émergence doit nécessairement se développer dans le sillage de la question sociale, ce serait effectivement une erreur de poser la question de la souveraineté d’entrée de jeu, comme une condition sine qua non à la réalisation du projet de société. Mais en même temps, il ne suffit pas de l’écarter pour assurer une certaine plénitude à son endroit. Aussitôt monté dans l’arène électorale, le politicien ou la politicienne de gauche devra annoncer ses couleurs. Un parti qui aspire à gouverner le Québec devra répondre
par un oui ou par un non à l’avenir de la nation québécoise. Nous croyons que par la force des choses, le débat sera inévitable et que rapidement le parti devra prendre position.

Maintenant, comment gouverner. La gauche trop souvent donné l’impression de reprendre la liste des revendications des mouvements sociaux pour en faire un
programme politique. C’est bien sympathique, car toutes
les questions sont au menu. Mais la réalité nous rattrape quand il s’agit d’expliquer comment, par exemple, seront financés les programmes, tout en assurant des conditions de travail de qualité, dans une conjoncture internationale où la souveraineté des États est soumise à la logique de la mondialisation des marchés.

L’exemple du Parti des travailleurs brésiliens est éloquent. Après avoir remporté les élections, non seulement le parti de Lula a dû faire face au problème de la pauvreté, mais il devait aussi assumer l’immensité de la dette du Brésil à l’endroit du Fonds monétaire international (FMI), hypothéquant sérieusement ses marges de manœuvre pour financer les programmes de lutte à la pauvreté. Plus près de nous, l’incapacité des
gouvernements sociaux-démocrates européens à dompter la
« bête » du capitalisme sauvage pose la problématique de la gouvernance et de la démocratie dans une société où la logique du profit fait la pluie et le beau temps. Un nouveau parti de gauche devra répondre à cette question.

Enfin, plus nous avancerons vers les élections, plus la
pression se fera sentir pour voter utile, c’est-à-dire voter pour battre les libéraux. Le déficit démocratique engendré par le mode de scrutin et la solution du « moins pire » (voter PQ) seront autant de facteurs qui rendront difficile l’exercice de création d’un nouveau parti. Pour notre part, nous croyons qu’une telle situation ne devrait pas nous empêcher d’aller de l’avant. Il s’agira de bien mesurer à la fois la tactique et la stratégie à déployer pour faire reculer le néolibéralisme. À la lecture du Bien commun recherché. Une option citoyenne, il apparaît évident que ce processus est bel et bien enclenché avec tout le sérieux requis.


L’auteur est secrétaire général du Conseil central du Montréal métropolitain (CSN) qui représente 87 500 travailleuses et travailleurs dans 585 syndicats.

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