Prochaine réunion du G8 à Évian, en France

Opérations de sécurité et mobilisations en vue

lundi 26 mai 2003, par Eduardo TAMAYO

Alors que sont encore toutes fraîches les séquelles de la guerre des États-Unis et du Royaume-Uni contre l’Irak, les mouvements et organisations sociales d’Europe préparent de grandes manifestations pour rejeter la réunion du G8 qui aura lieu à Évian, France, du 1° au 3 juin 2003.

Il est difficile de le prévoir, mais on calcule qu’entre 100 000 et 200 000 personnes participeront aux mobilisations dont le propos est de dénoncer l’illégitimité du G8, composé des sept pays les plus riches du monde (Etats-Unis, Italie, France, Royaume Uni, Japon, Canada et Allemagne) plus la Russie.

Le lieu choisi pour la réunion du G8, Evian, est une petite ville située sur les rives du Lac Léman, tout près des villes suisses de Genève et Lausanne. Les chefs d’Etats et de gouvernements du G8 et leur suite de ministres, conseillers, assesseurs, etc. seront logés dans des hôtels de luxe dans ces villes et dans d’autres, entourés et protégés par d’imposants corps de police, d’armée de terre et de l’ air.

Le 8 avril, les gouvernements de France et de Suisse ont signé un accord de coopération pour affronter le ¨Sommet du G8. Les autorités des deux pays sont en train de planifier la mise en marche d’ importantes opérations de sécurité et de contrôle qui s’étendront dans toute la région du Lac Léman. Du côté suisse on prévoit la mobilisation de 5 700 soldats, 4 650 policiers, dont le coût s’élèvera à 30 millions de dollars. Les autorités françaises ont interdit les manifestations à Evian et sont en train d’adopter des mesures de contrôle inhabituelles et exagérées pour empêcher toute personne " étrangère " de s’approcher de la ville pendant les journées du Sommet du G8. Ces mesures comprennent l’obligation pour les habitants d’Evian d’aller à la mairie pour obtenir une carte de circulation dans la ville pour le temps du Sommet.

Face à l’impossibilité de protester à Evian, les mobilisations auront lieu à Genève, Lausanne ou Annemasse (France). Les organisations et mouvements sociaux de la région transfrontalière de Suisse et de France sont en train de planifier pour le 1° juin, jour de l’ inauguration du Sommet du G8, une manifestation conjointe qui partira en même temps de Genève et d’Annemasse, pour confluer à la frontière des deux pays. Trois campements alternatifs sont organisés pour loger, nourrir et informer les manifestants qui viendront d’Italie, d’ Allemagne, du Royaume Uni, d’Espagne et d’autres pays européens. Auparavant il y aura des rencontres et des ateliers de réflexion sur des sujets qui vont de la crise en Argentine jusqu’à la situation au Moyen Orient, l’instabilité financière et l’industrie de l’armement, en passant par la " guerre de l’information ".

Le Sommet d’Evian a lieu dans une conjoncture marquée par la division dans les rangs du G8 au sujet de l’invasion et de l’occupation de l’ Irak. Comme chacun sait, la France, l’Allemagne et la Russie se sont opposées à la guerre des Bush et ont été exclues du partage du gâteau. La présence de George W. Bush au prochain Sommet du G8 est un facteur d’échauffement des esprits au sein du mouvement anti-guerre européen, qui a vu dans le Sommet d’Evian un élément favorable à la poursuite des mobilisations. A ce propos, il convient de signaler qu’une rencontre entre Bush et le président de Suisse, Pascal Couchepin, qui devait avoir lieu le 1° juin à l’aéroport de Genève, a dû être suspendue à cause des protestations du mouvement anti-G8 et des autorités de la ville de Genève elles-mêmes.

Le G8 est né en 1975, à l’initiative du chef du gouvernement français Valéry Giscard d’Estaing, qui a invité les 6 pays industrialisés capitalistes les plus importants du monde à un " Sommet informel mondial sur l’économie mondiale ". Le G8, en réalité, a été fondé pour faire face aux pays du Tiers Monde qui à ce moment-là réclamaient un nouvel ordre économique international et des prix plus élevés pour leurs matières premières, pétrole inclus. Au début, dans ce groupe étaient l’Allemagne Occidentale, Les Etats-Unis, le Royaume Uni, l’ Italie et le Japon. Plus tard, à la demande des Etats Unis, le Canada en a fait partie. Plusieurs années après la chute du régime soviétique, la Fédération Russe a été invitée à y participer, quoiqu’ elle soit exclue des forums ministériels qui précèdent le Sommet.

Le G8 se présente comme un club informel sans pouvoir de décision irrévocable, sans règlement, sans siège ni secrétariat, qui ne fait pas concurrence aux Nations Unies, ni à l’Organisation Mondiale du Commerce, l’OMC, ni aux organismes internationaux. Cependant, ce club de potentats définit, depuis 1980, les orientations de la mondialisation néo-libérale qui favorise les intérêts des transnationales et des investisseurs, promeut l’élargissement du commerce mondial, les privations et la réduction de la dépense publique. Pour imposer ses politiques, le G8 s’appuie sur les institutions financières internationales, comme le Fonds Monétaire International et la Banque Mondiale, où il possède la majorité des actions, et sur l’Organisation Mondiale du Commerce qui, malgré sa façade d’organisme démocratique, accomplit au pied de la lettre ses " recommandations ".

" Le G8 prétend de fait jouer le rôle de gouvernement du monde, bien qu’il n’en ait pas reçu le mandat de la part des peuples du monde. C’ est donc une instance illégitime, qui cependant impose ses préférences et oriente la marche de la planète. Le G8 lance les politiques néo-libérales qui accélèrent la concentration des richesses, érodent le droit du travail, créent la précarité de l’emploi et des conditions de vie d’une grande majorité de la population, et favorisent les exclusions culturelles et la destruction de l’environnement ", signale un manifeste du Forum Social du Lac Léman, un des organismes qui appellent aux manifestations.

Et le Forum ajoute : " Alors que les pays du G8 refusent de lutter réellement contre la fraude financière, le blanchiment d’argent et les pavillons de complaisance, le G8, au nom de la lutte contre le terrorisme, légitime la guerre, le militarisme et la répression. Le G8 prétend vouloir lutter contre la pauvreté dans le monde, mais le programme de réduction de la dette des pays pauvres a été totalement insuffisant et soumis à des conditions inacceptables ; les plans du FMI mènent toujours des pays tels que l’Argentine à la faillite ; la libéralisation commerciale, avec l’approbation de l’OMC, est chaque jour plus défavorable aux pays du Sud ; et les apports financiers pour lutter contre le SIDA, le paludisme et autres pandémies sont loin de tenir leurs promesses face aux besoins exprimés. Enfin, les pays membres du G8 n’ont pris aucune mesure sérieuse pour la protection de l’environnement. "

Depuis 1975 le G8 s’est réuni 28 fois. Depuis près d’une quinzaine d’ années, on enregistre des mobilisations contre le G8. En 1989 (Paris), en 1996 (Lyon), en 1998 (Birmingham) et en 1999 (Cologne) des dizaines de milliers de manifestants ont exigé l’annulation de la dette des pays du Sud.

En juillet 2001, plus de 250 000 personnes se sont mobilisées à Gênes, Italie, malgré la forte répression policière qui a provoqué la mort de l’étudiant Carlo Giulliani.

Les protestations contre ce club des riches ont pris un nouvel élan ces dernières années avec l’émergence d’un mouvement social et citoyen mondial qui a adopté le slogan " un autre monde est possible ". Les journées contre le G8 à Evian, qui ont été définies comme " festives et pacifiques ", promettent de se poursuivre et d’abonder dans cette direction.


Traduction : Odile Bouchet et Sarah Colin

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