Théâtre

Molora

jeudi 29 janvier 2009, par Emmanuel Martinez

Il est rare de voir du théâtre d’Afrique du Sud et, qui plus est, du théâtre se basant sur un sujet aussi exceptionnel que la Commission vérité et réconciliation instaurée en 1995 par le gouvernement sud-africain. Cette commission visant à exposer la douleur pour permettre le pardon et éviter la vengeance a inspiré Yael Farber, la dramaturge et metteure en scène de la pièce Molora. « J’ai été impressionnée par la grâce des victimes qui ont pris part à cette commission et qui étaient assises en face des tortionnaires. Je me rappelle d’une femme qui s’est prononcée pour l’amnistie de celui qui avait tué son fils : “Si je lui pardonne, il retrouve son humanité, et par conséquent nous retrouvons tous notre humanité”, avait-elle dit. C’est ainsi que l’Afrique du Sud a évité un bang de sang avec la fin de l’apartheid », rappelle cette Sud-Africaine de 38 ans, installée à Montréal depuis trois ans.

Yael Farber va réellement prendre conscience quelques années plus tard de l’importance de cette commission. Précisément après le 11 septembre 2001. « J’ai été frappée par la réponse primaire de l’administration Bush : “si nous souffrons, quelqu’un d’autre doit souffrir” », mentionne Yael Farber, marquée par les cendres recouvrant New York après le drame. Le titre de la pièce, Molora, signifie d’ailleurs « cendre » en langue Sesotho.

Pour illustrer son propos, Yael Farber a choisi la tragédie grecque en transposant à l’Afrique du Sud le récit d’Électre et d’Oreste. Ceux-ci brûlent de venger leur père en tuant leur mère qui l’a assassiné. « Chez les Grecs, il y avait ce cycle de vengeance sans fin dans les familles. Je crois que l’exemple sud-africain montre qu’il est possible de briser ce cycle de violence », soutient la dramaturge. La pièce présente avant tout l’affrontement entre la fille, Électre, qui est noire, à sa mère tyrannique, Clytemnestre, qui est blanche.

Dans la plus pure tradition antique, le chœur habite la pièce. Il est composé de six femmes et d’un homme, le Ngqoko Cultural Group, un ensemble de musique traditionnelle xhosa. Leurs chants, leurs danses et leur musique avec des instruments traditionnels sont un délice en soi et servent merveilleusement à asseoir l’Afrique du Sud dans cette tragédie grecque jouée à Montréal !

Considérant ce qui passe au Moyen-Orient, cette pièce sur l’emprise de la loi du talion est d’actualité. L’Afrique du Sud pourrait d’une certaine manière servir d’exemple, car comme l’explique Yael Farber, « c’est un pays qui a regardé en arrière avec l’intention d’aller vers l’avant ».

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