Mesurer la qualité de l’éducation

lundi 10 décembre 2012, par Claude Vaillancourt

Le ministre Pierre Duchesne a commencé ses consultations dans le cadre du sommet sur l’éducation supérieure. Le premier sujet abordé a été la qualité de l’éducation. Beau sujet s’il en est un : qui ne voudrait pas que l’éducation transmise soit de grande qualité ?

Seulement, on peut se poser certaines questions. A-t-on souffert d’une crise qui a permis de constater que l’enseignement transmis dans nos universités n’était pas de qualité ? Nos diplômés seraient-ils des incompétents, ce qui fait qu’il faut absolument resserrer les critères de qualité ? Le problème de la qualité a-t-il été une préoccupation majeure lors de la grève étudiante du printemps dernier ?

Bref, pourquoi s’inquiéter de la qualité de l’éducation maintenant ? Surtout parce qu’il s’agit d’une tendance internationale. Dans plusieurs pays, on cherche à imposer une « assurance qualité », c’est-à-dire un moyen de mesurer la qualité de l’éducation supérieure. Cette mesure permettrait de vendre des universités à une clientèle internationale qui aurait ainsi des critères de comparaison. Ce projet n’a rien de noble, mais répond bel et bien à un objectif de contrôle du savoir et de marchandisation.

Mesurer la qualité pose toutefois un problème majeur : comment peut-on le faire ? Sur quels critères ? Selon quels objectifs ? En fait, la mise en place d’une assurance qualité a deux conséquences principales.

D’abord elle uniformisera les pratiques universitaires : en établissant des critères internationaux d’évaluation, on force les universités à s’y conformer. Tant au niveau de l’enseignement que de la recherche, les universités rivaliseront pour présenter un contenu et des projets semblables, forcément adaptés aux besoins du marché.

Ensuite, elle créera une hiérarchie entre université, avec en tête, les universités gagnantes, qui attireront une clientèle sélecte, qui seront plus riches, mieux financées et qui se vendront toujours mieux. Tant pis pour les autres, moins bonnes, fréquentées par des perdants.

Il existe actuellement quelques palmarès qui évaluent les universités. Ces palmarès se font à partir des critères mesurables. Parmi ceux-ci, la réputation, un critère absurde à cause de l’effet de surenchère : parce qu’elle est réputée, l’université continuera nécessairement à susciter envers elle des opinions favorables — à moins d’une transformation majeure, ce qui prendra du temps avant d’être connu.

Le nombre de publications et de citations dans des publications de la part des chercheurs de l’université est un autre un critère utilisé. Mais seules comptent les publications en anglais. Ce qui désavantage nettement les universités qui ont le malheur de pratiquer une autre langue. On calcule aussi nombre d’étudiants étrangers, même si ceux-ci sont souvent attirés par des campagnes de promotion suite à une volonté d’expansion qui n’a pas toujours à voir avec la qualité.

Remarquez que dans tous les cas, la qualité de l’enseignement est absente. Probablement parce qu’elle est impossible à évaluer selon des critères mesurables…

On peut imaginer que les critères de l’assurance qualité ne seront pas très différents. Et constater que tout cela va à l’encontre ce qui définit vraiment la qualité. C’est à dire une éducation diversifiée, égalitaire, accessible, indépendante, au service de la connaissance, développant l’esprit critique — et non pas clientéliste, au service d’une logique de marché, dans le but fournir à une clientèle un service rentable.

Les enjeux sont ici considérables. Souhaitons donc que le sommet sur l’éducation supérieure pose les bonnes questions sur la qualité, qu’il oriente le débat vers une réflexion sincère sur nos véritables besoins. Et qu’il ne serve pas du prétexte de la qualité pour rendre l’éducation conforme aux principes du néolibéralisme.

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