Menaces sur la Syrie, un pays fragile

jeudi 17 février 2005, par Pierre BEAUDET

L’assassinat de l’ancien premier ministre libanais, Rafik Harari, risque de relancer la tension au Liban et en Syrie. Avant même que l’on sache qui est responsable, Damas est pointée du doigt par diverses capitales, dont Washington. Depuis sa réélection, le président Bush a averti à plusieurs reprises que la Syrie était dans sa ligne de mire, la qualifiant de pays de l’« axe du mal ».

Indéniablement, la Syrie passe actuellement à travers une grave crise. Depuis la mort du président Hafez Al Assad -qui a dirigé le pays d’une main de fer pendant plus de 25 ans- et l’intronisation de son fils Bashar Al Assad, rien ne va plus. Un éphémère « printemps de Damas » a jeté un peu d’espoir en 2002, lorsque des « réformateurs » au sein du régime et dans la société civile se sont manifestés avec l’appui du nouveau président pour avancer des idées en faveur de la démocratisation du pays.

Mais après quelques mois, les « dinosaures » du régime, bien implantés dans l’armée et les réseaux plus ou moins mafieux contrôlant une bonne partie de l’économie, ont contraint le nouveau président à stopper cette ouverture.
Autre point de vulnérabilité, l’économie syrienne. Une sorte de bric-à-brac dépendant de la capacité de la Syrie à se maintenir comme un pôle important dans la région. Or, depuis l’invasion de l’Irak, le rôle régional de la Syrie est devenu négligeable. Entre-temps, l’économie locale reste exsangue et sans grande perspective.

Le contentieux libanais

De cet affaiblissement, les États-Unis et leur allié israélien entendent bien profiter. En bout de ligne, l’idée étant d’imposer en Syrie un régime inféodé qui agirait dans la région selon le bon vouloir du condominium israélo-américain. Notamment pour mâter encore davantage les Palestiniens, ce qui signifierait l’éradication de la résistance au Liban. À commencer par le mouvement Hezbollah qui contrôle une partie importante du territoire libanais au sud de Beyrouth.

Dans cette foulée, les États-Unis ont fait endosser par le Conseil de sécurité des Nations unies, le 2 septembre dernier, la résolution 1559, demandant à la Syrie de cesser « d’intervenir au Liban » et de faciliter le « démantèlement et le désarmement des milices libanaises et non-libanaises ». Ce qui implicitement fait référence au Hezbollah et aux groupes palestiniens présents sur le territoire libanais.

Qui profiterait du retrait de la Syrie ?

L’enjeu est majeur. Avec quelque 15 000 soldats sur le territoire libanais, la Syrie exerce sur le Liban une tutelle acceptée par les pays occidentaux à l’époque où le Liban semblait vouloir devenir une sorte de Sierra Leone du Proche-Orient. Mais aujourd’hui, ce « service » rendu par la Syrie n’est plus apprécié par Washington.

Or, le retrait syrien risquerait d’aggraver la crise économique en Syrie même, puisque la tutelle en question rapporte au régime syrien des devises et permet d’alléger la pression en déversant au Liban des milliers de travailleurs syriens qui autrement se retrouveraient sans travail.

Damas qui a bien vu le jeu de la résolution 1559 a répliqué. Quelques jours après l’adoption de la résolution, le Parlement libanais a amendé la constitution du pays pour permettre au président, Émile Lahoud, de prolonger son mandat de trois ans. Très proche de Damas, Lahoud continue d’affirmer que la présence syrienne au Liban est un gage de stabilité. Selon le président libanais, Hezbollah n’a rien à voir avec al-Qaïda et agit comme un mouvement libanais, pour la défense de la souveraineté du Liban. En opposition à cette tutelle renforcée, des forces libanaises d’origine diverses se sont manifestées, dont l’ex-premier ministre Hariri.

Tout peut basculer

Entre-temps, la région devient à chaque jour plus volatile. Les Israéliens et les forces du Hezbollah s’affrontent souvent à la frontière sud du pays qui longe la Syrie et le Golan, cette partie du territoire syrien occupé par Israël depuis 1967.

Pour sa part, le président syrien, Bashar Al Assad, voudrait bien calmer le jeu, comme il l’a fait en aidant indirectement les Américains lors de l’invasion de l’Irak et plus récemment en conseillant aux insurgés irakiens de trouver un terrain d’entente avec les forces d’occupation américaines. Le gouvernement syrien voudrait également redémarrer les discussions pour parvenir à un accord de paix avec Israël, afin de mettre un terme à l’occupation israélienne du Golan et procéder à la démilitarisation de la frontière. Mais Ariel Sharon pense plutôt qu’il faille s’efforcer de précipiter la Syrie dans le gouffre, et non de l’aider à s’en sortir.

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