Lettre ouverte à Lise Ravary

Madame Ravary : la Palestine est occupée !

samedi 6 août 2016, par Michel LAMBERT

Le Forum social mondial débutera ce mardi 9 aout à Montréal. Y sont attendues des milliers de personnes, pour la plupart des hommes et des femmes qui souhaitent construire un monde meilleur, un monde plus juste, plus respectueux des valeurs sociales et communautaires, un monde où on peut souhaiter la survie des écosystèmes, un monde enfin où femmes, hommes et enfants pourraient vivre avec dignité et respect, en se partageant équitablement le pouvoir ainsi que les ressources nécessaires pour vivre et s’épanouir. Pourtant, déjà des chroniqueurs de droite ont entrepris de salir l’événement par des accusations mensongères. Et une fois encore, pour le faire, on utilise la question palestinienne au détriment de toute réalité politique et historique du Moyen-Orient et pour le bénéfice unique de la défense de la position officielle de l’État hébreu. C’est l’approche de Lise Ravary dans sa chronique sur le FSM plus tôt cette semaine. Une approche que je tiens ici à dénoncer.

Une occupation militaire

Depuis 1948, faut-il le rappeler, ce pays qu’on appelle Israël occupe militairement la Palestine. Depuis soixante-huit années, des Palestinien.ne.s ont vu leurs terres confisquées, spoliées et leurs ressources détournées vers Israël et ses colonies de peuplement. Des milliers de personnes ont été tuées, blessées, emprisonnées au nom de l’annihilation de toute résistance palestinienne. Ceux et celles qui ne sont pas en prison, jeunes et vieux, hommes et femmes, sont quotidiennement, coincés entre les « check points », les brutalités des militaires, les vérifications, les humiliations, alors qu’Israël et ses alliés cherchent à prohiber même l’espoir.

Dans un texte récent appelant à un embargo militaire contre Israël , la militante bien connue Lorraine Guay rappelait : « Plus de 2,000 Palestinien.ne.s ont perdu la vie l’été de 2014. Plus de 11,231 Palestinien.ne.s furent gravement blessé-es et plus de 18,000 maisons détruites entièrement ou en partie. Des chiffres terribles, qui donnent froid dans le dos. Les images, quant à elles, sont choquantes, effroyables et souvent insoutenables. Les guerres d’Israël sont des actes d’agression et non d’auto-défense. Elles ne sont pas des cas isolés. Elles font partie d’une politique systématique de nettoyage ethnique, d’occupation, de colonisation et d’apartheid mise en place depuis la création de l’État d’Israël et dont l’objectif ultime demeure la disparition du peuple palestinien en tant que peuple. »

En 2005, près de 200 organisations palestiniennes lançaient la campagne internationale de Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) pour forcer Israël, comme on l’avait fait en Afrique du Sud, à respecter les droits humains des Palestinien.ne.s portant reconnus par le droit international.

Un détournement de la réalité

Le texte de Lise Ravary dans les pages du Journal de Montréal dénigre le FSM en partie parce qu’il aurait reçu des fonds publiques (c’est bien connu, à gauche, on ne paie pas d’impôt et les fonds publiques ne devraient en aucun cas encourager les réflexions progressistes), mais surtout, sa chronique vise à dénoncer les débats qui se tiendront au FSM sur la question palestinienne. Elle y est même allé d’une accusation formelle, lançant que des organisations participantes au FSM soutiendraient le terrorisme ! Sur Twitter le lendemain, elle en a ajouté, se permettant d’en nommer quelques unes.

Je connais mal chacune de ces organisations et je n’ai pas l’intention de débattre de telle ou telle prises de positions qu’elles pourraient avoir individuellement faite . Ce qui importe ici c’est de rappeler le fait de l’occupation militaire, du droit légitime à la résistance et du droit que nous avons d’être solidaire des Palestinien.ne.s opprimés. Au Québec et partout dans le monde, les militant-es progressistes reconnaissent ces droits. Si dans certaines hautes sphères politiques, ou si dans les grands médias, on maquille souvent la situation en la présentant comme un conflit entre deux États ou peuples qui seraient autrement égaux ; ailleurs, on se rappelle qu’il s’agit d’une occupation militaire et que n’est pas terroriste celui ou celle qui défend sa terre, sa famille ou son peuple devant un conquérant.

En traitant la résistance palestinienne de terroriste, en présentant même la solidarité avec les palestinien.ne.s comme inacceptable voire quasiment dangereuse aussi, Lise Ravary fait des amalgames faciles, profitant de ces temps où la question du terrorisme international, notamment à cause de la guerre avec l’État islamique en Syrie et en Irak, est au centre des préoccupations de tout le monde.

Ce racourci facile assimile toute résistance palestinienne, incluant même la solidarité internationale et la résistance non-violente telle que la campagne BDS, au terrorisme.

Il ne s’agit pas d’une erreur bien évidemment, Mme Ravary, choisi dans ses écrits une position pourtant fausse qui n’est pas au bénéfice d’une juste paix, mais bien uniquement en soutien à la politique de répression de l’État Israélien.

Lise Ravary au FSM ?

Le FSM se tiendra à partir de mardi. On y discutera de justice climatique, de l’austérité, du racisme et des droits, des questions femme, autochtone, de nouvelles formes de solidarité, ..... et bien d’autres choses encore. Nous discuterons bien évidemment aussi des droits des Palestinien.ne.s.

Madame Ravary, je me permet en tant que participant au Forum social mondial de vous demander de retirer votre chronique récente sur le FSM.

Et puisque comme nous, la paix doit vous intéresser, je vous invite à venir discuter avec nous d’une campagne légitime et non violente pour un embargo militaire complet sur Israël.


Voir en ligne : Atelier sur l’embargo militaire dans le cadre du FSM

À propos de Michel LAMBERT

Directeur Général

Co-fondateur d’Alternatives, et actuel co-Président de l’AQOCI, Michel Lambert est convaincu de l’importance de regrouper les groupes et organisations de la société civile, ici et ailleurs pour promouvoir les principes démocratiques, l’égalité et l’équité pour tous.

Il a tour à tour développé plusieurs des programmes de solidarité internationale d’Alternatives en plus de lancer et animer de multiples campagnes de justice sociale au Québec et au Canada. Il a dirigé l’antenne d’Alternatives en République démocratique du Congo entre 2002 et 2005 avant de prendre la direction de l’organisation en 2007.

Michel Lambert est membre du Conseil de Gouvernance d’Alternatives International et du Conseil d’administration d’Alliance syndicats et tiers-monde. Il a aussi été membre des Conseils de l’Agence québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) entre 2009 et 2013, de l’Association pour le progrès des communications (APC) entre 2008 et 2011 et de Food Secure Canada entre 2009 et 2012

Il représente enfin Alternatives au Conseil International du Forum social mondial et au sein de diverses coalitions québécoises et canadiennes dont notamment, les coalitions Pas de démocratie sans voix, Voices/voix et le Réseau québécois de l’intégration continentale - RQIC.

Michel Lambert a joué un important rôle de mobilisation et de construction lors du récent Forum social des peuples tenu à Ottawa en aout 2014

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