Liaisons dangereuses entre le PQ et les conservateurs

lundi 21 janvier 2013, par Claude Vaillancourt

De prime abord, rien ne semble rapprocher le PQ et le Parti conservateur. Le PQ est un parti indépendantiste, qui se veut progressiste et de centre gauche. Le Parti conservateur est fédéraliste, très à droite, ultralibéral.

On se serait attendu à des étincelles entre eux, ou au moins, à quelques escarmouches. Pas du tout. Leurs relations ressemblent à un long fleuve tranquille : tant que l’un gouvernement n’empiète pas sur le territoire de l’autre, tout va bien. La paix est assurée par le peu d’élus conservateurs au Québec : les occasions de friction entre les individus sont plus rares.

Il est cependant plus surprenant de les voir collaborer main dans la main. Ce qu’ils font dans la négociation de l’accord économique et commercial global (AÉCG) entre le Canada et l’Union européenne. Tous deux s’entendent très bien pour déposséder le Québec d’une bonne part de sa souveraineté. D’un parti fédéraliste, ça peut se comprendre. D’un parti qui aspire à rendre le Québec indépendant, c’est plus surprenant.

Les négociations achèvent et déjà nous sommes en mesure de constater quelles seront nos pertes :
- Il est prévu dans l’accord que nous ouvrirons nos marchés publics aux multinationales européennes. Nous perdrons un levier important de développement local.
- Dans cet accord, les compagnies pourront poursuivre les gouvernements si ceux-ci adoptent des politiques qui affectent le bon roulement de leurs affaires. Les litiges seront tranchés par des tribunaux d’experts qui fonctionnent de façon non transparente.
- Le prix de la santé augmentera, parce qu’on a fait le choix de favoriser le médicament de marque plutôt que le médicament générique.

Qu’est-ce que nous gagnerons en échange de ces pertes ? Rien de concret, semble-t-il, sinon un accès déjà largement ouvert et disons-le, un peu abstrait à un marché de 500 millions de personnes.

En fait, on offre, par le biais de cet accord, une dangereuse protection aux investisseurs. En agissant ainsi, on croit pouvoir en attirer toujours plus pour développer le Québec, par le Plan Nord, notamment, qui ne semble pas vraiment mort. Ce qui est un très mauvais raisonnement : les investisseurs ne viennent pas dans un pays parce qu’ils se sentent protégés. Jamais dans un endroit comme le Québec, ils se sentiront vraiment menacés, sinon par d’éventuelles nationalisations (qui pourraient être un bien pour tous.) Ce qui les intéresse, c’est de réaliser de gros profits.

Le Parti québécois affirme faire confiance au gouvernement fédéral pour négocier des aspects aussi important que la protection du secteur de la santé, l’investissement et la culture. Il n’a soulevé aucune objection sur ce qui le tracassait lorsqu’il était dans l’opposition : l’ouverture des marchés publics et la question de l’investissement, entre autres.

La politique du PQ est en parfaite continuité avec celle du Parti Libéral. Les accords de libre-échange semblent être à l’abris des changements de gouvernements : le Parti Libéral du Québec, celui du Canada, le Parti conservateur et le PQ ont tous exactement les mêmes positions en matière de libre-échange.

Le négociateur en chef du Québec, Pierre-Marc Johnson, nommé par les Libéraux, conserve son poste avec le PQ. Et cela en dépit d’une apparence de conflit d’intérêt : il travaille pour un bureau d’avocats, Heenan Blaikie dont l’un des buts est justement d’offrir une expertise à des entreprises privées en matière de commerce international.

On peut alors se poser une question fondamentale : en cette matière, les accords de libre-échange, qui décide ? Les gouvernements ou les grandes compagnies ? Il semble malheureusement clair que ce soit les secondes.

Ce dont il faut se rappeler, c’est qu’un accord comme l’AÉCG est une grande perte de souveraineté. Nous le répétons, il limitera nettement le pouvoir de réglementer dans le domaine du commerce et de développer l’économie locale. Il ne faut donc pas se laisser endormir par les promesses d’une prospérité bien virtuelle de la part de nos gouvernements. Inquiétons-nous plutôt d’une importante atteinte à notre autonomie.

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