Les paysans mexicains s’organisent

jeudi 30 octobre 2003, par Marilyse COURNOYER

Massés sur les autoroutes du pays, bloquant la frontière entre le Mexique et le Guatémala, les paysans du sud-est mexicain tentent de résister aux projets de développement d’infrastructures de leur gouvernement. La plupart d’entre eux n’ont appris l’existence du Plan Puebla Panama (PPP) qu’au moment où ils ont été expropriés de leurs terres, qu’ils ont perdu toute autonomie ou qu’ils ont appris que leurs principales ressources stratégiques allaient être privatisées. Il n’en fallu pas plus pour que les regroupements sociaux s’organisent pour faire entendre leur voix.

Le Plan Puebla Panama est un projet d’infrastructures de vingt milliards de dollars qui se développe au Mexique ainsi que dans sept autres pays d’Amérique centrale. Le gouvernement mexicain prévoit la construction de barrages, de ports, d’autoroutes, d’aéroports et de systèmes d’électricité afin que la situation soit profitable pour les transnationales.

« Pour notre président, une région sous-développée signifie qu’il y a un manque de multinationales, souligne le cofondateur du Centre de recherches économique et politiques pour l’action communautaire (CIEPAC) de San Cristòbal de Las Casas au Mexique, Miguel Pickard. Il était à Montréal à l’invitation de l’organisation Social Justice Committee en octobre dernier. Le danger est que ce ne sont pas seulement les ressources naturelles qui peuvent être exploitées, mais les ressources humaines aussi. »

En effet, la région du Chiapas au Mexique par exemple, intéresse grandement les investisseurs puisqu’elle est classée quatrième mondiale pour sa richesse en biodiversité, regorgeant de pétrole, gaz naturel, eau et uranium. « On veut développer des infrastructures qui viendront remplacer ces besoins, explique M. Pickard. Selon nous, c’est le peuple qui peut développer la région. Il faut trouver les moyens d’améliorer les services de santé, d’éducation, de logement et d’alimentation. »

Forums régionaux

Immédiatement après que l’existence du PPP ait été révélée à la population, en février 2001, par le président mexicain Vicente Fox, des forums régionaux ont été organisés en Amérique centrale par la société civile. Les objectifs de ces rencontres : expliquer le PPP, établir des réseaux de solidarité, multiplier les forums et le plus difficile, planifier ensemble des actions coordonnées.

Partout en Amérique centrale, le besoin de tenir de telles rencontres se fait sentir. Des forums se déroulent et des milliers de personnes y participent. « Notre expérience nous prouve qu’en organisant des mobilisations de masse, on arrive à bloquer des projets du gouvernement », soutient M. Pickard.

Actions concrètes

En octobre 2002, des organisations se sont regroupées pour participer à des activités militantes. La frontière entre le Chiapas et le Guatémala a été bloquée par des lignes de piquetage qui se sont dressées des deux côtés de la frontière. Des cordons humains coupaient aussi la circulation sur 18 parties des autoroutes du Chiapas. « Ces actions avaient pour but de dire non à la construction de huit barrages qui sont prévus sur les rivières du Mexique le séparant de son voisin du sud , explique M. Pickard. Il en résulterait la submersion d’une centaine de milliers d’hectares ainsi que la destruction de villages et de sites archéologiques. Les gens sont vigilants et conscients, ils surveillent chaque développement ainsi que ses répercussions. »

D’autres actions importantes, mises en place par les réseaux, ont réussi à arrêter certains projets. Par exemple, à San Salvador Atenco au Mexique, une des dernière région rurale existant autour de la capitale du pays, le gouvernement voulait construire un nouvel aéroport international. « Les paysans étaient délogés et recevaient un prix inéquitable pour la vente de leurs terres, affirme la responsable des dossiers du Mexique et du Guatémala au Comité chrétien pour les droits humains en Amérique latine, Marie-Hélène Côté. Ils se sont donc réunis et ont manifesté dans la capitale avec leurs chevaux. Leur lutte qui fût assez longue a attiré l’attention médiatique. En août 2002, ils ont finalement réussi à faire avorter le projet de construction de cet aéroport. »

À Veracruz, sur le bord du golfe du Mexique, un autre projet du PPP était la construction d’une autoroute passant en plein coeur de la région montagneuse. Toutefois, cette forêt tropicale fournit 50 % de la consommation d’eau potable de la capitale. La population s’est donc mobilisée et a réussi a faire changer le trajet de l’autoroute.

Impacts de la résistance des paysans

« Face à la solidarité des paysans, le gouvernement réalise qu’il doit changer le contenu du PPP, souligne M. Pickard. Il doit repenser son plan de manière plus acceptable pour le peuple. Du moins, il ne peut plus faire référence au PPP puisque c’est comme agiter le drapeau rouge, invitant les gens à se révolter. »

Les alternatives pour l’amélioration de la qualité de vie dans les régions sous-développées se fondent sur l’avenir des paysans. Des idées telles que la production biologique et équitable ainsi que la mise sur pied de réserves écologiques et paysannes sont considérées bien qu’elles ne peuvent pas employer beaucoup de travailleurs. Des projets d’économie sociale se développent aussi comme par exemple, des plantations sociales.

Selon Marie-Josée Côté, une intensification des problèmes et de la mobilisation est à prévoir dans les prochaines années. « Les combats futurs feront face à des projets précis puisque le gouvernement ne parle déjà plus du PPP, conclut-elle. On commence juste à voir les résultats de l’ALÉNA (l’Accord de libre-échange des Amériques) qui existe depuis 1994, ça peut donc être long avant de connaître tous les impacts de la mondialisation. La situation est grave. »

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