Les objectifs cachés dans l’achat de Pointe Lepreau

lundi 25 janvier 2010, par Nicole Béland

À l’heure où le Canada, les États-Unis, l’Allemagne, la France et tous les pays nucléarisés se demandent quoi faire avec leurs déchets nucléaires toxiques pour des milliers d’années ;

À l’heure où les cas de contamination radioactive rapportés par les médias se multiplient et où le géant nucléaire français Areva est accusé d’avoir sciemment exposé ses travailleurs et les populations locales du Gabon et du Niger à des taux de radioactivité très élevés ;

À l’heure où le monde fait face à une pénurie imminente d’uranium pour alimenter ses réacteurs et où la Chine construit de nombreuses centrales sans savoir où elle s’approvisionnera car ses maigres gisements ne suffisent même pas à ses besoins actuels ;

À l’heure où les ressources en eau doivent être protégées et où l’industrie nucléaire utilise et contamine d’immenses quantités d’eau pour refroidir ses réacteurs ;

À l’heure où les énergies vertes telles que l’éolien et le solaire font des avancées spectaculaires dans leur efficacité et sont devenues de véritables alternatives économiques ;

À l’heure où les investisseurs privés ne veulent plus assumer les risques financiers de l’aventure nucléaire et que tous les nouveaux projets de centrales sont refusés par la législation américaine ;

À l’heure où des études médicales indépendantes révèlent, hors de tout doute, les sérieux préjudices causés à la santé humaine par toutes les activités de l’industrie nucléaire, forçant ainsi de plus en plus de médecins et de groupes de citoyens à prendre position contre cette industrie ;

À l’heure où la menace de prolifération du plutonium pour l’armement nucléaire est à son apogée et qu’il est reconnu que les filières civile et militaire sont indissociables ;

Comment le gouvernement Charest peut-il considérer faire une bonne affaire en faisant l’acquisition de la centrale nucléaire de Pointe Lepreau, celle-là même qui a presque causé la faillite d’Énergie Nouveau-Brunswick ? Il est vrai que cette transaction avec Énergie NB pourrait permettre à Hydro-Québec de se positionner avantageusement pour exporter de l’énergie aux États-Unis. Toutefois, à la lumière des considérations énumérées ici, on peut se demander si le gouvernement vise d’autres objectifs non divulgués à la population ?

On peut penser que l’achat de Pointe Lepreau compliquerait la tâche de ceux qui réclament l’arrêt du projet de reconstruction de la centrale Gentilly II et son démantèlement pour enfin sortir complètement le Québec de la production d’énergie nucléaire.

De plus, le besoin d’approvisionnement des deux centrales nucléaires permettrait de justifier l’exploration et l’exploitation d’uranium à Sept-Îles, dans les monts Otish ou ailleurs sur le territoire québécois, sans considération pour ceux qui réclament un moratoire ou une loi interdisant ces activités.

Enfin, puisque le gouvernement du Québec devra gérer les résidus radioactifs de ses deux centrales, il pourrait décider d’aménager, sur son territoire, un site d’entreposage permanent des déchets nucléaires. Ce site pourrait, tant qu’à y être, recevoir les déchets radioactifs du reste du Canada et, pourquoi pas, d’autres pays qui payeraient le gros prix pour s’en défaire.

Décidément, le positionnement avantageux d’Hydro-Québec sur le marché nord-américain de l’énergie, c’est l’enrobage de grosses pilules d’iode difficiles à avaler.

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