Les droits des mères célibataires au Maroc

vendredi 12 juin 2009, par Andréanne Gagnon

Photo : Parker Mah

« Notre perception d’un pays est très différente lorsqu’on s’y aventure une deuxième fois » [1]

Récemment diplômée, je cherchais justement ses mots d’encouragement pour acheter mon billet à destination du Maroc, ce pays qui m’avait accueilli pour un stage de quatre mois l’hiver précédent.

Arrivée en plein ramadan, je me suis lancée à la recherche de travail avec beaucoup de détermination. J’ai trouvé le poste que je recherchais : assistante à la directrice au sein de l’association Solidarité féminine (SOLFEM) à Casablanca. Lors de mon dernier séjour au Maroc, je n’avais pas exactement saisi les spécificités de la condition féminine dans ce pays maghrébin, qui vise à la fois la préservation des traditions et la modernisation par tous les moyens.

La lutte de SOLFEM pour les droits des femmes passe surtout par la défense des mères célibataires. Leur statut, associé à la naissance d’enfants hors mariage, diffère largement de la conception canadienne. Au Maroc, les mères célibataires sont jugées, rejetées par l’ensemble de la société. Selon les traditions, ces mères sont responsables d’avoir commis une faute. Il y a à peine dix ans, la police arrêtait des mères célibataires à la suite d’un accouchement. Quelles que soient les circonstances de la grossesse ou son âge, on considérait la jeune femme porteuse de hchouma et aar (honte et vilénie). Le célibat des mères a cessé d’être un tabou tout récemment grâce aux quelques associations qui s’y intéressent, comme SOLFEM.

Depuis sa création en 1985, l’objectif principal de SOLFEM est de prévenir l’abandon des enfants de mères célibataires par la réhabilitation socioéconomique de ces dernières. SOLFEM est présidée par Aïcha Ech-Chenna, figure emblématique de la lutte contre l’exclusion sociale des mères célibataires au Maroc. Elle fut l’une des premières militantes à ouvertement parler et agir en faveur des mères célibataires et de leurs enfants.

SOLFEM dispose de deux sites d’intervention à Casablanca. Les programmes offerts aux mères bénéficiaires se basent sur quatre axes d’intervention. En premier lieu, un service d’accueil, d’écoute, de suivi psychosocial et juridique est offert. Plusieurs modules de formation en alphabétisation, cuisine, pâtisserie, couture et initiation aux droits fondamentaux sont également offerts. Troisièmement, des activités génératrices de revenus sont mises sur pied, comme deux restaurants, cinq kiosques de vente et un service de pâtisserie gérés par les mères et encadré par le personnel. En dernier lieu, une garderie est à la disposition des mères bénéficiaires sur chaque site d’intervention, afin d’assurer les soins des enfants durant les heures de formation et de travail.

Aujourd’hui, SOLFEM est de plus en plus sollicité par les médias, par les instances étatiques ainsi que par son réseau associatif pour son travail de sensibilisation, d’éducation à la citoyenneté et ses recherches dans le domaine du droit des femmes. Les dernières études menées ont démontré que plus de 60 % des mères célibataires recensées vivent en milieu urbain : 45 % d’entre elles sont analphabètes. Ces statistiques témoignent de la pertinence de l’action menée par SOLFEM, qui ne répond pas seulement à une vulnérabilité de nature socio-économique, mais aussi à une urgence humanitaire. Le premier droit humain étant l’appropriation de son propre destin dans le respect d’autrui, l’amélioration de la situation des femmes célibataires commence avant tout par l’accès à l’éducation.

Plusieurs lueurs d’espoir m’incitent à contribuer aux projets de SOLFEM à long terme. Une preuve concrète : 100 % des mères accueillies à Solidarité féminine gardent leur enfant et sont déterminées à ne pas l’abandonner. Je travaille présentement sur l’alimentation et la restructuration du site Web.
Jetez-y un coup d’œil ! www.solidaritefeminine.org


Andréanne Gagnon a effectué un stage en 2008 au Maroc avec leForum des alternatives Maroc (FMAS). Ce stage a été effectué grâce à la collaboration d’Alternatives et de la Faculté des sciences sociales de l’Université d’Ottawa.

Le Forum des Alternatives Maroc a pour vocation première de contribuer à ériger un mouvement social démocratique, citoyen, fort et autonome. Il se définit comme une association de défense et de promotion des droits économiques, politiques, sociaux, civiques et culturels des groupes et des individus, sans distinction raciale, ethnique, linguistique, religieuse ou sexuelle.


[1Pierre Beaudet, directeur du programme de Développement international à l’Université d’Ottawa

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