Les Irakiens demandent la fin de l’occupation

jeudi 14 avril 2005, par Jonathan STEELE

Des milliers d’Irakiens sont sortis dans la rue pour brûler l’effigie de Saddam Hussein lors d’une gigantesque manifestation à Bagdad le 6 avril dernier. Mais la même symbolique était fort différente que celle qui fut filmée lors de l’arrivée des troupes américaines dans la capitale irakienne il y a deux ans. D’abord au lieu d’une poignée d’Irakiens entourés de soldats américains, on a vu 300 000 personnes qui ont brûlé à la fois Saddam et Georges W. Bush. Et on a entendu aussi de que demandaient les manifestants : « Les troupes étrangères doivent se retirer de l’Irak ! »

Une grogne généralisée

Pour la majorité des Irakiens à l’exception des Kurdes, la « libération » de l’Irak n’en fut jamais une. La fierté nationale froissée l’a emportée sur le soulagement de voir Saddam partir. Depuis, c’est la grogne devant les pénuries, le manque d’eau, les coupures d’électricité et la disparition des revenus tirés des ventes de pétrole qui semblent bénéficier aux entreprises étrangères et de rien donner aux Irakiens. L’attaque désastreuse contre Fallouja, les détentions sans procès, les victimes civiles, tout cela s’accumule. Il y aurait plus de 17 000 détenus dits « de sécurité ». On constate que l’opposition à l’occupation continue de croître, en dépit des déclarations des gouvernements américain et britannique qui prétendent protéger l’Irak. Lors de la manifestation du 6 avril, la majorité des participants étaient des chi’ites, qui sont venus notamment de l’immense banlieue de la capitale Sadr City. Or dans leur propagande, Bush et Blair prétendent que l’opposition est confinée aux sunnites, qu’elle provient des nostalgiques de Saddam ou des intégristes liés à Al-Qaeda.

Tout le monde uni contre l’occupation

Certes des sunnites étaient dans la manifestation, notamment ceux qui ont répondu à l’appel de l’Association des Oulémas, qui a des contacts avec la résistance armée. Ce fait était aussi à noter car les responsables de l’occupation parlent constamment d’un risque de guerre civile qui, selon eux, éclaterait si les troupes d’occupation se retiraient du pays. Moqtada al-Sadr, le chef religieux chi’ite qui a organisé la manifestation s’est joint au Congrès de fondation nationale, qui regroupe des nationalistes sunnites et chi’ites, et qui affirme le « droit légitime de la résistance irakienne de défendre la souveraineté de l’Irak », tout en rejetant « le terrorisme contre les civils, les institutions, les édifices publics et les lieux de cultes ». La question demeure la même que toujours, soit la fin de l’occupation. Seul le retrait des troupes mettra fin à la résistance et donnera aux Irakiens de rebâtir leurs vies.

La résistance continue de croître

Pendant ce temps, les commandants militaires américaines prétendent que les actes de résistance sont en décroissance. Mais aucun observateur indépendant n’a pu corroborer ces chiffres et même si cela était vrai, il pourrait s’agir d’une évolution temporaire. La réalité est que l’occupation est en échec. Des villes comme Mossoul peuvent éclater à tout bout de champ. Ramadi est une ville où les soldats américains ne pénètrent pas. Selon les projections actuelles, l’armée américaine doit retirer une partie de ses troupes, mais on parle d’un plancher de 100 000 soldats. Les Etats-Unis affirment que ce sont les conditions prévalentes qui vont déterminer le retrait et non un calendrier pré-établi. Le but est que des troupes irakiennes prennent le relais des forces d’occupation étrangères. C’est ce qu’a expliqué le secrétaire à la défense Donald Rumsfeld lors de son dernier passage à Bagdad au début d’avril, qui a également mis en garde les nouveaux élus irakiens de ne pas changer les responsables des ministères de la défense et de l’intérieur et de reporter à plus tard la rédaction de la constitution. Entre les lignes, il demande aux Irakiens de ne pas proposer de calendrier de retrait. Les Etats-Unis ont déjà indiqué qu’ils voulaient des bases militaires permanentes en Irak, comme en Afghanistan. Beaucoup d’Irakiens pensent comme Sadr à savoir que le gouvernement irakien a « le droit de ratifier ou d’annuler tout traité qui affecte la souveraineté nationale, l’unité du territoire ou la préservation de ses ressources ».


* Traduit de l’original publié en anglais dans le Guardian le 13-4-05. (j.steele@guardian.co.uk)

Vous avez aimé cet article?

  • Le Journal des Alternatives vit grâce au soutien de ses lectrices et lecteurs.

    Je donne

Partagé cet article sur :

  •        
Articles de la même rubrique

Articles de l’extérieur

Poing de fer contre la défense de la santé et de l’éducation publique

Plus d'articles :  1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10

Articles du même auteur

Jonathan STEELE

Ukraine’s Untold Story

Plus d'articles :  1 | 2

Articles sur le même sujet

Droits humains

Inquiétudes quant aux limites du droit de manifester au Québec

Plus d'articles :  1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10

Je m’abonne

Recevez le bulletin mensuel gratuitement par courriel !

Je soutiens

Votre soutien permet à Alternatives de réaliser des projets en appui aux mouvements sociaux à travers le monde et à construire de véritables démocraties participatives. L’autonomie financière et politique d’Alternatives repose sur la générosité de gens comme vous.

Je contribue

Vous pouvez :

  • Soumettre des articles ;
  • Venir à nos réunions mensuelles, où nous faisons la révision de la dernière édition et planifions la prochaine édition ;
  • Travailler comme rédacteur, correcteur, traducteur, bénévole.

514 982-6606
jda@alternatives.ca