Les Cadets royaux de l’armée canadienne

jeudi 7 août 2008, par Normand Beaudet

Le Bureau des cadets refuse obstinément de reconnaître son mouvement comme un organe de recrutement des Forces canadiennes

Il souligne que ce « Mouvement jeunesse VOLONTAIRE » n’est pas un mécanisme de recrutement, mais un outil CIVIL permettant aux jeunes « de se familiariser avec les Forces canadiennes », et qu’il y a là une importante nuance. À ce jour, les informations recueillies par notre équipe de travail ne permettent pas de reconnaître cette nuance :

— L’armée finance ce « Mouvement d’intéressement à l’armée » à coup de près de 200 millions de dollars par année. Pour peu dire que l’intérêt des Forces pour ce « mécanisme d’intéressement » est manifeste.

— L’armée finance les diverses Ligues de cadets, ces fondations qui rendent
prétendument le mouvement civil. Revenu Canada considère les Ligues de
cadets comme étant des organismes de charité, et les autorise à émettre de
reçus pour exemption d’impôts. Cette réalité permet aux Corps de cadets de
ramasser des fonds qui servent souvent à financer des activités de
sensibilisation aux Forces canadiennes (participation à des spectacles
aériens, événements navals, visite de musées militaires, parades militaires,
compétitions de fanfares, compétitions de tir, etc.).

— L’armée fournit et finance toute une gamme d’infrastructures et
d’équipements, tant pour l’entraînement régulier des cadets dans les écoles
pendant l’année scolaire, que pour les camps d’été.

— L’armée fournit les infrastructures administratives pour les "Bureaux des
cadets ", qui gèrent souvent le mouvement à partir de bases militaires. Les
commandants régionaux des cadets sont des militaires de carrière qui
relèvent de l’autorité du Quartier Général de la Défense nationale.

— Plusieurs Corps de cadets dépendent d’un soutien et d’un
lien étroit avec leur unité de réserve régionale pour leurs activités. Ils portent aussi leurs couleurs, badges et nom de régiment.

— L’armée fournit les uniformes, calqués sur chacun des uniformes des trois
forces : cadets de l’air, de la marine et de l’armée de terre.

— La structure hiérarchique des cadets provient de celle de l’armée, tant
pour les cadets eux-mêmes, que pour leurs instructeurs.

— Les forces de réserve de l’armée inspirent le fonctionnement des Corps de
cadet au cours de l’année scolaire : l’horaire et le contenu des formations
sont similaires, à l’exception des notions de combat.

— Les forces régulières de l’armée inspirent le fonctionnement des camps
estivaux des cadets qui se font sur des bases militaires. On reproduit le
quotidien des " vrais de vrais militaires " grâce aux infrastructures et à
une gamme d’équipements mis à la disponibilité des jeunes. Les jeunes en
camp de vacance s’acclimatent au quotidien de la vie sur une base.

— Comme pour les militaires, les cadets se familiarisent avec les armes à feu,
apprennent à en prendre soin, à la monter, à la démonter, il y a même des
compétitions du genre. Certains cadets participent à des compétitions de tir
et deviennent "tireurs d’élite", comme c’est le cas pour les "snipers » de
l’armée. Ultimement, comme le militaire, l’enfant intègre l’idée que sa vie
peut dépendre de son arme.

- Les entraîneurs des cadets, qui font partie du Cadres des instructeurs
cadets
, étaient considérés comme membres de la réserve jusqu’en 2006.
Dorénavant, ils sont considérés comme faisant partie de « la cinquième
branche des Forces canadiennes ». C’est une question de sémantique, ils sont
toujours rémunérés par les Forces canadiennes, en fonction d’échelles
salariales similaires, bénéficient des mêmes bénéfices et on réfère aux mêmes mécanismes d’ancienneté et de hiérarchie que dans l’armée régulière.

En somme, tout comme les militaires, les cadets portent l’uniforme
militaire, sont soumis à la hiérarchie militaire en étant conditionnés à
obéir au doigt et à l’œil, simulent les missions armées que mènent les véritables soldats, sont en contact avec une panoplie d’équipements de combat (tanks, fusils d’assaut) et apprennent même de façon limitée, le maniement des armes. Plusieurs cadets soulignent l’importance de cette discipline prétendument volontaire.

Pour la majorité de la population, tout comme pour nous, malgré les
centaines de protestations reçues, il est très difficile de voir en quoi cet
organisme jeunesse peut être indépendant de l’armée. Pour ce qui est de la
différence, qui selon les membres du mouvement est ÉNORME entre un
« mécanisme d’intéressement" et un « mécanisme de recrutement » de l’armée, nous vous laissons le soin de porter vos propres conclusions.

Les prétendues nuances relèvent beaucoup plus de la novlangue Orwellienne
utilisée par l’armée, que d’une réalité factuelle.

Pour plus de renseignement :

www.antirecrutement.info

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