Lente reconstruction en Angola

jeudi 26 juin 2003, par François L’ÉCUYER

Je me plais toujours à retrouver le murmure des villes africaines : le transistor du voisin, le chant des coqs de la cour derrière, le marché et la gare à taxis pas trop loin. Mais, après quelques heures à Kuito, sans entendre ni coq ni ndombolo des radios, un charme me manquait. J’aurais quand même pu m’en douter, tant le choc de l’après-midi avait été grand : pas une maison de la ville n’a été épargnée des rafales de kalachnikov. J’ignore si, en trois jours, j’ai vu une vitre qui tenait encore debout. L’eau et l’électricité, après un an d’accalmie, restaient à être rebranchées.

La ville de Kuito a été parmi les plus touchées au cours des 27 années de guerre civile qui a accablé l’Angola. Tout au long des années 90, les Forces armées angolaises et les rebelles de l’UNITA se partageaient la ville, chacun de son côté de la main qui séparait la ville en deux. Les quartiers résidentiels, le centre-ville, rien n’a été épargné. Les sentiers qui mènent aux campagnes éloignées sont, à l’occasion, bordés de pierres blanches, de toute beauté. Mais gare à toi, marcheur, de t’aventurer dans les herbes : le chemin est miné.

L’assassinat de Jonas Savimbi en février 2002 a marqué, ironiquement, la fin des hostilités. Le chef des rebelles, soutenu par Reagan dans son appui aux freedom fighters et par l’Afrique du Sud du président Botha sous l’apartheid, était le dernier obstacle à une paix durable. En reprenant les hostilités après avoir perdu les élections de 1992, Savimbi s’était aliéné presque tout support à l’étranger. La reprise du contrôle des provinces du nord-est, parmi les plus riches du monde en diamants, lui assurait tout de même des revenus atteignant le milliard de dollars par année. Malgré les ententes internationales banissant le commerce des « diamants de la guerre », la complicité de deux chefs d’État africains sans scrupules - Eyadeéma au Togo, Compaoré au Burkina Faso - permettait à Savimbi d’écouler les stocks pour acheter plus de tanks, plus de kalach’, plus d’obus.

En avril 2002, le gouvernement et les rebelles de l’UNITA signaient un cessez-le-feu. Aucun accro n’est survenu en plus d’un an. Des 4,5 millions de déplacés internes qui croupissaient dans les camps, la plupart ont déjà rejoint leurs villages, le gouvernement leur accordant un demi-hectare pour cultiver. Une tâche qui s’avère extrêmement difficile : les stocks animaliers ont été volés, les banques de semences sont inexistantes. Un défi énorme attend les agences internationales qui désirent aller au-delà de l’aide alimentaire d’urgence. Pour la province de Bié, où se trouve Kuito, environ 65 % de la nourriture de la population provient directement des sacs de maïs distribués par le Programme alimentaire mondial, me confirmait une responsable des Nations unies.

Plusieurs observateurs redoutent toutefois la présence d’OGM parmi les denrées distribuées. Les « graines suicide » d’arachides et de maïs - la fameuse technologie Terminator dont la nouvelle semence, qu’on utilise habituellement après la fin des récoltes, devient stérile pour cause de copyright - pourraient bientôt menacer dangereusement la durabilité des récoltes.

François L’Ecuyer, journal Alternatves


L’auteur est chargé de projet pour l’Afrique à Alternatives.

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