Enjeux

Lent développement au Mali

mercredi 25 janvier 2006, par François L’ÉCUYER

Malgré d’importantes avancées au plan démocratique depuis la période de transition entamée en 1991, le Mali continue de connaître de graves problèmes de pauvreté qui touchent des millions de citoyens. Vaste pays enclavé de 13 millions d’habitants, le Mali est encore aujourd’hui, en raison de son faible développement social et économique, en proie à l’insécurité alimentaire, aux sécheresses et aux épidémies, qui ont de sérieuses répercussions sur la santé et les conditions de vie des populations.

Les dernières statistiques du Rapport sur le développement humain au Mali, compilées par le PNUD, se révèlent toujours aussi alarmantes :
- L’espérance de vie plafonne à 48,5 ans ;
- Moins d’un adulte sur cinq est alphabétisé ;
- L’indice de développement humain est en recul, passant de 0,380 en 2000 à 0,326 en 2002 ; le pays est aujourd’hui classé en 174e position ;
- 1/3 de la population n’a toujours pas accès à l’eau potable ;
- 73% de la population vit avec moins de $1 par jour ; 91% de la population vit avec moins de $2 par jour

L’accès à un revenu suffisant pour la très vaste majorité des foyers maliens - plus de 90% d’entre eux - révèle l’ampleur de la crise de la pauvreté au Mali. Le manque de revenus entraîne une série de conséquences désastreuses : malnutrition, impossibilité d’accès à l’éducation et aux soins de santé, plus grande vulnérabilité aux infections et aux maladies, stagnation de la croissance économique et du développement en général. C’est à une partie de ces enjeux que le présent programme compte s’adresser.

En dépit de cette situation des plus dramatiques, force est de nous réjouir de la réelle consolidation du processus de démocratisation entamé depuis la chute du régime militaire dictatorial de Moussa Traoré, chassé du pouvoir en 1991 suite à une vaste mobilisation des secteurs populaires, privés, étudiants et citoyens. Depuis ce jour,
- le Mali a connu deux alternances de pouvoir ;
- la pluralité des partis politiques est bien consolidée dans les mœurs politiques maliennes ;
- au-delà du processus électoral formel, le Mali a entrepris de vastes réformes de ses institutions et appareils gouvernementaux ;
- le processus de décentralisation et de dévolution des pouvoirs envers les gouvernements locaux est en marche ;
- au-delà de la vaste diversité ethnique, le sentiment national malien est reconnu par l’ensemble de la population.

Il faut, bien entendu, se réjouir de ces extraordinaires avancées de ce pays qui demeurait en proie à la dictature militaire il y a moins de quinze ans. Malgré tout, cet enthousiasme ne doit pas sous-estimer le travail qui reste à être accompli par la société malienne afin d’enraciner une démocratie reposant sur les notions de citoyenneté, de transparence, de bonne gouvernance et de respect des droits de la personne.

En effet, plusieurs signes de la relative fragilité de la démocratie malienne doivent être portées au jour :
- Aux dernières élections législatives, moins de 25% de la population a exercé son droit de vote ;
- Malgré le droit de vote, on constate de sérieuses lacunes au niveau de la compréhension des enjeux électoraux ; beaucoup de travail d’éducation populaire à la citoyenneté doit être accompli afin d’accroître la compréhension des mécanismes politiques nationaux et municipaux, notamment auprès des populations rurales ;
- On continue à noter de graves manquements aux principes de transparence et de bonne gouvernance dans la gestion des appareils publics ; malheureusement, la corruption demeure également un fléau au Mali
- Les violations des droits de la personne, notamment envers les femmes et les enfants, sont le lot quotidien d’une trop grande partie de la population malienne ;
- Les conflits communaux persistent dans certaines régions isolées, notamment entre éleveurs et agriculteurs.

Afin d’adresser ces lacunes en matière de démocratie, de bonne gouvernance et de citoyenneté, Alternatives propose un volet d’éducation à la citoyenneté et à la bonne gouvernance au cours du présent programme.

En dépit des importantes améliorations qui doivent être apportées au régime démocratique de ce pays, le Mali est perçu par nombre d’analystes et de gouvernements comme une source de stabilité et de démocratisation pour l’ensemble de la sous-région ouest-africaine. Les récents accords militaires conclus entre le Mali et l’Afrique du Sud - une autre importante source de stabilité, en Afrique australe cette fois - en témoignent.

Alternatives et ses partenaires maliens ont sensiblement renforcé leur collaboration au cours des cinq dernières années. En effet, suite à une implication active dans un pays voisin du Sahel - le Niger - entre 1995 et 2000, et ce à la demande de nos partenaires de la société civile nigérienne, Alternatives décida de s’implanter au Mali en 2000, afin entre autres d’appuyer le renforcement des liens et la mise en réseau de la société civile de l’ensemble du Sahel. C’est ainsi que le réseau de radios communautaires Kayira, présent dans 6 régions du Mali, fut identifié comme partenaire privilégié d’Alternatives au Mali.

Accroître les revenus pour réduire l’incidence de la pauvreté

Nous ne pouvons demeurer insensibles à l’extrême pauvreté répandue sur l’ensemble du territoire malien. Tel que mentionné plus haut, le manque d’accès à un revenu adéquat de la très grande majorité de la population malienne empêche celle-ci de satisfaire ses besoins fondamentaux. C’est pourquoi le Gouvernement malien, au sein de sa Stratégie nationale de lutte contre la pauvreté (SNLP), priorise la « promotion des activités génératrices de revenus, en particulier l’auto-emploi », comme l’un des principaux axes d’intervention.

C’est dans un esprit de cohérence des programmes qu’Alternatives appuiera, au cours de sa prochaine programmation triennale, un réseau d’organisations impliquées dans des activités génératrices de revenus auprès des populations vulnérables - femmes et personnes handicapées - dans les régions de Bamako et de Ségou.

Éducation populaire à la citoyenneté et aux droits de la personne

Le deuxième axe de notre programmation au Mali reconnaît les récentes avancées et le plein potentiel d’enracinement et de consolidation du processus de démocratisation du Mali. Toutefois, force est d’admettre qu’en matière d’éducation à la citoyenneté, aux droits humains et à la bonne gouvernance, la société civile malienne peut apporter un rôle essentiel pour renforcer les institutions démocratiques du Mali.

Ainsi, nous continuerons d’appuyer les programmes d’éducation civique des radios Kayira, à Bamako et dans cinq régions rurales du Mali. Ces programmes d’éducation à la citoyenneté prendront la forme de capsules, de débats radiophoniques, de lignes ouvertes, de reportages sur les enjeux démocratiques maliens et africains et d’émissions d’éducation populaire. L’ensemble des journalistes, employés et bénévoles des six radios communautaires Kayira sera mis à contribution.

Enfin, il est important de noter le rôle essentiel que les médias radiophoniques ont joué dans le processus de démocratisation au Mali et en Afrique en général. Dans un pays où seulement un adulte sur cinq est capable de lire, les radios communautaires se sont révélées être la courroie de transmission idéale pour rejoindre le plus grand nombre de citoyens. Par son utilisation des langues nationales, les radios communautaires Kayira remplissent un mandat d’éducation citoyenne crucial pour l’enracinement démocratique.

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