
Rassurez-vous, je vous ferai grâce de ne pas citer le célèbre mot de Goering, qui savait quoi dégainer et quand. Je vous inviterai néanmoins à vous interroger sur ce que cache derrière l’apparent consensus de nos dirigeants en ce qui a trait à l’espace dévolu à la culture à l’antenne de nos radios et télévisions publiques, cette peau de chagrin.
Je ne voudrais pas jouer les oiseaux de malheur, mais vous avouerez avec moi qu’il y a de quoi redouter le pire au lendemain des compressions budgétaires de près de 10 % infligées à Télé-Québec par le ministre Séguin en mars, elles-mêmes suivies de l’annonce de la mise sur pied d’un comité de travail « indépendant » chargé de réfléchir à l’avenir de l’antenne télévisuelle provinciale à l’heure où le mot « privatisation » est sur toutes les lèvres. Or, dans la foulée de ces inquiétantes nouvelles, on a appris que la Société Radio-Canada transformait sa Chaîne culturelle (qui, aux dires de ses détracteurs, n’avait plus de culturel que le nom) en une radio exclusivement consacrée à la musique, vingt-quatre heures par jour, from coast to coast - avec la promesse d’augmenter sensiblement la programmation à saveur « culturelle » de la Première chaîne.
On se serait donné le mot pour amorcer le musellement progressif du milieu culturel québécois qu’on n’aurait pas fait mieux, vous ne croyez pas ?
Quelque méchante langue aurait-elle prononcé le terme « bâillon » ?
Le roi se meurt ? Tout le monde s’en fout, tout préoccupé qu’on est à se pâmer sur les pitreries des uns, les scandales scabreux des autres et la p’tite vie plate des autres encore, retransmise sur nos p’tits écrans, en couleurs et en stéréo. Dans le cas des réseaux privés, depuis longtemps assujettis aux diktats de l’audimat et de la loi du marché, il y a longtemps qu’on a achevé l’adéquation entre culture et divertissement. Dans le cas des réseaux publics, tout porte à croire qu’on veut rentabiliser le temps d’antenne, en s’inspirant des formules gagnantes de Star Académie, Loft Story et tutti quanti. Après les partys karaokés hebdomadaires, gracieuseté de l’Oncle Guy (Cloutier), ce serait un pas de plus dans la bonne direction, pas vrai... ?
Je vous ai épargné le mot de Goering, mais je ne peux m’empêcher de citer cette autre perle, attribuée sans doute à tort aux Créditistes d’antan, qui ne déparerait pas le discours des idéologues chargés de décider du sort médiatique de la culture chez nous : « Nous sommes au bord du gouffre, nous allons faire un grand pas en avant... »