Le plaisir de « Todo Incluido »

jeudi 1er juillet 2004, par David HOMEL

« Todo Incluido », un film documentaire sur la vie d’un
hôtel touristique « tout compris » (d’où le titre), en
République dominicaine, a été diffusé sur les ondes de
Radio-Canada récemment. C’est un projet qui me tient à
cœur, car je dois vous dire tout de suite que je l’ai scénarisé avec Karina Goma, la réalisatrice du film.

« Todo Incluido », un film documentaire sur la vie d’un hôtel touristique « tout compris » (d’où le titre), en République dominicaine, a été diffusé sur les ondes de Radio-Canada récemment. C’est un projet qui me tient à cœur, car je dois vous dire tout de suite que je l’ai scénarisé avec Karina Goma, la réalisatrice du film.

Si vous vous attendez à un document de plus sur l’exploitation des Dominicains par l’industrie du tourisme, ce film n’est pas pour vous. Il ne parle ni de la prostitution juvénile, ni des coupeurs de canne à sucre haïtiens « importés » pour faire ce travail dur et ingrat.

« Todo Incluido » donne la parole à cinq travailleurs œuvrant dans l’industrie touristique à des niveaux différents. Il y a une femme de chambre, un préposé à l’entretien, un animateur. On entend aussi un jeune monsieur, style « premier de classe », qui dirige le service à la clientèle, et aussi une jolie mère monoparentale qui fait le service dans la salle à manger. Leurs déclarations pourraient vous surprendre.

Tous sont hautement convaincus des bienfaits du tourisme
dans le nord de la République dominicaine, une zone loin
de la capitale où l’activité économique est plutôt précaire. « Ce travail est réservé à ceux qui ont peu d’éducation », avoue Antonio, le préposé à l’entretien, qui lui aussi nettoie les chambres ; ce travail n’étant pas le domaine exclusif des femmes. Mais ce qu’apporte à Antonio ce travail - en plus du salaire qui fait vivre sa tribu - est une denrée rare et précieuse : un contact avec le monde extérieur. L’hôtel lui permet de briser son isolement en le mettant vis-à-vis de gens venus de partout. Ce qu’il voit comme un capital.

J’ai surtout apprécié les couleurs de ce film. Les couleurs de la peau. Nous sommes aux Caraïbes, au croisement de toutes les races, et la caméra nous montre avec beaucoup de finesse les belles variations dans les apparences. Souvent on dit de quelqu’un qu’il est noir, mais le mot est mal choisi. Dans ce film, « noir » a toutes les couleurs.

Ce qui m’a le plus étonné des propos des travailleurs
dominicains, ce sont leurs sentiments paternalistes pour
les touristes venus chez eux. Pour Felix l’animateur, pour Hostar le chef de service à la clientèle, le touriste est un être fragile qui craint le soleil, qu’il faut dorloter, un être timide qui ne sait pas vivre. Que ce soit dit à haute voix ou pas, la question tourne autour du plaisir. Les touristes n’ont pas beaucoup de plaisir dans leur vie, peut-être n’ont-il pas le droit... Une fois en République dominicaine,
sur la plage où le rhum coule à flot, libres, ils se
comportent comme des enfants. Des enfants qu’il faut
protéger contre leurs propres tendances à l’excès.

Le propos est original, et surprenant. Les travailleurs du Sud ressentent de la pitié envers les visiteurs du Nord. Les rapports de pouvoir sont renversés ; voilà le plaisir de « Todo Incluido », un film qui nous permet de voir des gens habituellement invisibles.


L’auteur est chroniqueur à La Presse et romancier.

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