Le mouvement amazigh du Maroc milite pour la reconnaissance de ses droits

mardi 13 janvier 2004, par Marilyse COURNOYER

Reconnu comme un peuple accueillant, aux habits colorés et vivant au coeur de l’Atlas, les berbères (amazighs) apporte une touche bien particulière à la spécificité du Maroc. Toutefois, derrière tout ce « folklore » se cache une identité dont la reconnaissance officielle tarde toujours. Le mouvement amazigh, un réseau associatif fort, a fait de cette lutte son cheval de bataille afin de revendiquer ses droits.

« On a pris la relève car on sentait que la culture amazighe vivait son dernier quart d’heure, explique un membre de l’association Anarouz pour la défense des droits amazighs, Mbarki Lahoucin. Nous voulons vivre dans un monde de pluralité et de diversité dans lequel toutes les langues se côtoient. C’est notre patrimoine mondial et universel. »

La lutte du mouvement passe principalement par la reconnaissance de la langue amazighe dans la Constitution marocaine selon le même caractère officiel et national que la langue arabe. « Nous souhaitons qu’il y ait une égalité effective entre les langues et les cultures, soutient le vice-président du Réseau amazigh pour la citoyenneté (RAC), Khalid Ouassou. C’est ce qui permettra à une grande partie de la population marocaine de jouir de ses droits. »

Pour appuyer son opinion, M. Ouassou mentionne la situation dans les tribunaux où le degré de discrimination des citoyens amazighs est très élevé. Plusieurs d’entre eux ont eu des problèmes judiciaires pour la simple raison qu’ils ne maîtrisent pas l’arabe. Malgré la volonté royale d’offrir le service d’interprètes, cette mesure législative n’est pas encore généralisée, ce qui porte atteinte au principe de l’égalité entre les citoyens amazighs et arabophones devant la justice.

« Dans le domaine administratif, les droits des amazighs sont limités aussi puisque tous les documents au sein des ministères ne sont écrits qu’en arabe standard », explique M. Lahoucin. D’autre part, les organisations socioculturelles amazighes sont souvent victimes de la non-application de la loi en ce qui concerne le droit d’association et de réunion. La création de certaines d’entre-elles a été interdite arbitrairement et sans aucune explication. De même, lorsqu’une association est légalisée, rien ne garanti qu’elle pourra organiser ses activités culturelles de promotion de l’amazighité.

La constitutionnalisation des différentes composantes de la culture amazighe assurerait ainsi une protection légale à ces organisations. Cette reconnaissance n’est pas à négliger puisqu’il est généralement admis que plus de la moitié des Marocains sont berbérophones, faute de chiffre officiel.

Sur les bancs d’école

L’amazigh est une langue qui a tous ses attributs : son alphabet, sa grammaire et sa littérature. À travers le pays, on distingue trois dialectes : le tarifit, parlé dans le nord, le tamazight, utilisé au centre du pays et le tachelhit, parlé dans le sud. Depuis quelques décennies, cette langue n’a toutefois pas eu droit de cité dans le système éducatif du royaume.

« L’État marocain fait fi des recommandations de l’UNESCO, prises en session de 1962, qui préconisent l’insertion de la langue maternelle dans le système éducatif dès les premières années et l’utilisation de celle-là en vue de supprimer l’analphabétisme des adultes, soutient l’éditeur du journal Le monde amazigh, Rachid Raha. À propos de ce dernier point, le gouvernement marocain avait demandé à la Banque Mondiale une aide qui lui a été accordée récemment, d’une importante somme de 4 millions de dollars pour l’alphabétisation des adultes en langue arabe. Par contre, l’alphabétisation en langue amazighe n’a bénéficié d’aucune subvention. »

Depuis la rentrée scolaire 2003, le ministère de l’Éducation nationale a entamé son enseignement « expérimental » de l’amazigh dans 317 écoles, soit environ 5 % des établissements scolaires du royaume. Selon les projections du ministère, ce n’est qu’à l’horizon 2013 que l’enseignement de l’amazigh sera généralisé.

Toutefois, selon les membres du RAC, le choix de transcrire l’amazigh en tifinagh, une graphie autochtone vieille de 3000 ans, au lieu du caractère latin mondialement connu, retardera la diffusion et l’apprentissage de cette langue tant au Maroc qu’à l’étranger.

« Notre lutte est intimement reliée avec la question de la citoyenneté dans son sens global, souligne le président du RAC, Ahmid Arehmouch. Nous ne militons pas pour un État amazigh, mais plutôt pour un État de droit qui prendra en considération notre culture et notre identité dans toutes les politiques qui sont exercées. »

La création récente de l’Institut Royal de la Culture Amazighe (IRCAM), en octobre 2001, constitue sans aucun doute un grand pas dans la reconnaissance de l’amazighité du Maroc de la part du chef suprême de royaume. Les attentes des militants amazighs n’ont toutefois pas encore été entièrement répondues, ce qui porte à croire que la lutte du mouvement amazigh n’a pas fini de faire jaser.


L’auteur est stagiaire du programme Médias alternatifs d’Alternatives et est présentement au Maroc.

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